Combien de Palestiniens devront encore mourir au nom de la “sécurité” d’Israël ?

Grande Marche du retour - Gaza - Photo: ActiveStills

Un jeune manifestant palestinien blessé par les tirs israéliens à la clôture séparant Gaza sous blocus des territoires israéliens [Palestine de 1948] - Photo: ActiveStills

Par Ramzy Baroud

Une grande campagne de l’armée israélienne prend d’assaut les médias sociaux. L’objectif non déclaré de l’initiative “#Untie_Our_Hands” est la volonté de tuer, sans avoir à rendre de comptes, davantage de manifestants palestiniens à la clôture de séparation avec la bande de Gaza.

La campagne est motivée par l’exécution d’un sniper israélien, Barel Hadaria Shmueli, tué du côté palestinien de la clôture le 21 août.

La question qui me vient immédiatement à l’esprit est la suivante : que veulent encore les soldats israéliens ? Ils ont déjà tué plus de 300 manifestants palestiniens non armés et en ont blessé et mutilé des milliers d’autres à la clôture de Gaza lors de ce que les Palestiniens ont appelé les manifestations de la “Grande marche du retour” entre 2018 et 2020.

Et ils l’ont fait en toute impunité. Personne ne leur “lie les mains”.

Cette “marche” est aujourd’hui relancée, même si elle a souvent lieu la nuit. Les jeunes Palestiniens en colère se rassemblent par milliers, criant des slogans contre l’occupation israélienne et, parfois, jetant des pierres sur les snipers israéliens déployés à près d’un kilomètre.

Des mois après le dernier assaut israélien contre Gaza – une guerre relativement brève mais toujours meurtrière entre le 10 et le 21 mai – le statu quo étouffant dans la bande assiégée n’a pas changé : le siège hermétique imposé par Israël, les snipers, les bombardements nocturnes réguliers, le chômage dévastateur, les verrouillages et le manque de tout, de l’eau potable au ciment et même aux médicaments contre le cancer… Tous sont encore une réalité quotidienne.

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Rien d’étonnant donc à ce que les Palestiniens de Gaza, en particulier les jeunes, aient désespérément besoin d’un moyen pour exprimer leur colère si justifiée face à cette misère permanente. D’où la reprise des manifestations de masse devant la clôture.

Les politiciens et les médias israéliens exagèrent intentionnellement la “menace” que représentent les manifestants de Gaza pour la “sécurité” d’Israël. Ils parlent de “ballons incendiaires” comme s’il s’agissait de bombes de 500 livres larguées par des avions de chasse. Ils se disent terrifiés à l’idée que les enfants de Gaza “franchissent la frontière”, une référence aux clôtures qu’Israël a établies illégalement autour de Gaza sans respecter aucune ligne de cessez-le-feu reconnue par les Nations Unies.

Cet appel à la peur fait un retour en force. L’exécution d’un sniper israélien est l’occasion pour les politiciens en Israël de se présenter devant leur électorat comme les défenseurs de l’armée et les champions de la “sécurité” israélienne. Une chasse aux sorcières politique est en cours contre ceux qui sont censés “menotter les mains de nos troupes”.

Naftali Bennett lui-même tenait ce genre de discours en 2019, bien avant qu’il ne devienne Premier ministre. “La Haute Cour menotte les mains des troupes [des Forces de défense israéliennes]”, avait-il affirmé, avant de jurer de “libérer les FDI de la Haute Cour.”

Un an plus tôt, Bennett avait donné plus de détails sur la façon dont il entend mettre fin aux manifestations palestiniennes à la clôture de Gaza.

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Répondant à une question lors d’une interview à la radio de l’armée israélienne sur ce qu’il ferait s’il était le ministre de la défense, il répondait : “Je n’autoriserais pas les terroristes à traverser la frontière depuis Gaza tous les jours… et s’ils le font, nous devrions tirer pour tuer. Les terroristes de Gaza ne devraient pas entrer en Israël… Tout comme au Liban, en Syrie ou ailleurs, nous devrions tirer pour tuer.”

L’accent mis sur le fait de “tuer” en réponse à toute forme de protestations palestiniennes semble être le dénominateur commun entre les responsables israéliens, les officiers supérieurs de l’armée et les simples soldats.

Ces derniers, qui sont à l’origine de la campagne sur les médias sociaux, semblent apprécier le temps passé à la clôture de Gaza. Selon leurs propres témoignages, les tireurs d’élite comptabilisent le nombre de Palestiniens qu’ils abattent, essaient de battre les records des autres et s’encouragent sur vidéo lorsqu’ils documentent un “tir net” contre un manifestant.

Cela illustre le niveau de violence horrible exercé contre ces Palestiniens, pour la plupart jeunes dont des enfants.

Les snipers israéliens agissent par paires. Une troisième personne, appelée “localisateur”, les aide à identifier leur prochaine cible. Eden est un sniper israélien qui, avec quelques autres, a livré son témoignage au journal israélien Haaretz, en mars 2020. Il est particulièrement fier d’une étape importante que lui et son équipe ont “franchie”.

“Ce jour-là, notre binôme a obtenu le plus grand nombre de résultats, 42 en tout”, a-t-il déclaré. “Mon localisateur n’était pas censé tirer, mais je lui ai donné une chance parce que nous approchions de la fin de notre relais, et il n’avait pas de genoux [à son ‘palmarès’]. Au final, vous voulez partir avec le sentiment d’avoir fait quelque chose, de ne pas avoir été un sniper uniquement pendant les exercices. Donc, après avoir eu quelques succès, je lui ai suggéré d’échanger [nos rôles]. Il a eu environ 28 genoux là, je dirais”.

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Ces témoignages sont en outre validés par des vidéos montrant des tireurs israéliens se réjouissant après avoir tiré sur des enfants palestiniens à la clôture. En avril 2018, une vidéo particulière de soldats en train de se réjouir, ainsi que le genre de dialogue qui indique que les Israéliens n’ont pas la moindre considération pour les vies palestiniennes, a été distribuée aux médias internationaux. Même CNN en a parlé.

Cette violence ne se limite pas à Gaza. Le débat sur la politique “tirer pour tuer” d’Israël dans le reste des territoires palestiniens occupés fait rage depuis des années. En 2017, Human Rights Watch a établi un lien entre l’augmentation du nombre de Palestiniens tués par des soldats à la gâchette facile et le discours violent émanant du gouvernement israélien lui-même.

“[HRW] a documenté de nombreuses déclarations depuis octobre 2015, faites par de hauts responsables politiques israéliens, dont le ministre de la police et le ministre de la défense, appelant les policiers et les soldats à tirer pour tuer des attaquants présumés, sans tenir compte du fait que la force mortelle est en fait nécessaire s’il s’agit de protéger la vie”, a déclaré l’organisation.

Le problème susmentionné a été mis en évidence lors du meurtre d’Abdel Fattah Al-Sharif, déjà blessé et couché sur le sol, dans la ville occupée d’Al-Khalil – Hébron – en mars 2016, et lors du meurtre d’Ahmad Erekat à un barrage militaire en Cisjordanie en juillet de l’année dernière.

Non seulement Erekat ne représentait aucune menace immédiate pour la vie des soldats d’occupation, mais en plus, selon une déclaration de 83 ONG palestiniennes et internationales, il “a ensuite été laissé se vider de son sang pendant une heure et demie, alors que les forces d’occupation israéliennes lui refusaient l’accès aux soins médicaux.”

Compte tenu du nombre disproportionné de victimes palestiniennes qui à certains moments remplissent les morgues de Gaza, il est impossible de comprendre ce que veulent réellement les soldats, leurs généraux et les politiciens lorsqu’ils disent “délier nos mains”.

L’apathie de la communauté internationale est encore plus déconcertante, alors que les Israéliens débattent du nombre de Palestiniens à tuer. Combien d’autres doivent mourir au nom de la “sécurité” d’Israël ?

7 septembre 2021 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique Palestine – Lotfallah

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