Le Venezuela refuse d’être le 68ième gouvernement renversé par les États-Unis

Photo : Granma
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Tommy SheridanTout au long de mes onze années comme conseiller municipal et de mes huit années comme membre du Parlement écossais, j’ai défendu de nombreuses causes ; je me suis souvent retrouvé dans des cellules de commissariat, sur des lignes de piquets, dans des manifestations et j’ai fait l’objet d’attaques virulentes dans les grands titres et les éditoriaux des journaux.

J’étais fier de ces attaques qui me rappelaient les paroles de Keir Hardie, le député travailliste qui fut le premier dirigeant de la classe ouvrière. Il disait que lorsque la presse vous attaque, cela signifie que vous faites quelque chose de bien.

C’est peut-être cela qui m’a rendu très populaire auprès des étudiants journalistes en quête d’interviews pour leur cursus. Des conférenciers m’invitaient régulièrement à prendre la parole devant des étudiants journalistes. Je leur donnais alors le même conseil qu’aujourd’hui à quiconque s’intéresse au journalisme ou à la collecte d’informations : lisez John Pilger.

Pilger est le meilleur journaliste d’investigation de l’hémisphère occidental et se familiariser avec ses articles, ses livres et ses documentaires constitue la formation la moins chère et la plus appropriée que l’on puisse recevoir. Sans crainte ni détour, il dit la vérité au pouvoir et demande des comptes aux puissants d’une manière qui fait honte aux laquais et aux idiots utiles de la presse et des médias hégémoniques.

Le dernier article de John a été publié il y a quelques jours et détaille avec précision la véritable situation au Venezuela d’aujourd’hui et explique pourquoi le devoir de toute personne qui a encore une once de principes démocratiques et de valeurs progressistes est de soutenir à 100% le président démocratiquement élu du Venezuela, Nicolas Maduro, et le peuple du Venezuela. Je vous en conjure, ouvrez-vous l’esprit et améliorez votre compréhension de ce qui se passe vraiment dans les affaires internationales en le lisant tout de suite.

Dans son article intitulé « La guerre contre le Venezuela est construite sur des mensonges », Pilger nous emmène dans un voyage à travers l’histoire récente du Venezuela et une réflexion sur ses nombreuses visites dans le pays et ses échanges avec l’ancien président Hugo Chavez, sur les Vénézuéliens ordinaires dont la vie a été radicalement améliorée par la révolution socialiste bolivarienne qui a suivi l’élection de Chavez en 1998, et sur le contraste entre les opinions des pauvres et la haine au vitriol des élites qui refusent même l’idée que leurs privilèges et leur immense richesse bâtie sur un océan de pauvreté soient menacés.

Des gens qui ne savaient ni lire ni écrire et étaient dans l’incapacité d’obtenir des diplômes, sont aujourd’hui sortis du marécage de l’ignorance et capables de participer plus pleinement à la société. Les enfants et les personnes âgées qui mouraient prématurément parce qu’ils ne pouvaient pas accéder à des soins de santé coûteux vivent maintenant plus longtemps et en meilleure santé grâce aux soins de santé universels et gratuits mis en place par Chavez et reconduits par Maduro, sur le modèle cubain. Plus d’un million de nouvelles maisons ont été construites pour les pauvres afin de remplacer les taudis qui ornent les barrios entourant Caracas.

Chavez était sans doute l’homme politique le plus populaire de la planète. Certainement le plus légitime du point de vue démocratique car il avait remporté huit élections et référendums nationaux en huit ans. Nicolas Maduro était un proche de Chavez. Il a gravi les échelons du mouvement bolivarien, passant du statut de simple chauffeur de bus à celui de représentant syndical à celui de ministre du gouvernement sous Chavez, avant d’être élu son successeur en 2013 après sa mort du fait d’un cancer.

Maduro s’est présenté de nouveau aux élections en mai 2018. La plupart des élites et des gens de droite qui possèdent et contrôlent la presse et les médias ont appelé au boycott de l’élection. Ils ont échoué lamentablement. Seize partis y ont participé et six candidats se sont présentés aux élections. 9 389 056 Vénézuéliens ont voté, dont 6 248 864 pour Nicolas Maduro. En d’autres termes, Maduro a remporté près de 68% des plus de 9 millions de voix exprimées et Pilger cite l’un des 150 observateurs internationaux présents aux élections :

« L’élection a été tout à fait régulière. Il n’y a pas eu de fraude ; aucune des alarmantes déclarations des médias n’a tenu la route. Zéro fraude. C’est vraiment incroyable ».

C’est cette élection et ce président élu que Donald Trump, ce crétin, semi-illettré, misogyne, raciste, spécialiste des dépôts de bilan, déclare « illégitime ». Le gars qui a obtenu trois millions de voix de moins que son principal adversaire mais qui a quand même été élu accuse Maduro d’être illégitime ! Ça ne s’invente pas ! Imaginez que le roi Hérode vous fasse la leçon sur les soins à donner aux bébés ou que Quasimodo vous ordonne de redresser le dos ? C’est l’équivalent d’être qualifié de démocratiquement illégitime par l’inepte Donald Trump.

M. Pilger cite l’ancien président américain Jimmy Carter, qui a créé le Centre Carter pour superviser les élections dans le monde entier :

« Nous avons supervisé 92 élections et je peux dire que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde ».

Carter compare le système électoral vénézuélien au système électoral étasunien sous influence des milliardaires qui financent les campagnes électorales. Le système étasunien est « l’un des pires » au monde selon Carter.

Une fondation créée pour superviser les élections dans le monde entier affirme que le Venezuela a l’un des meilleurs systèmes au monde, mais parce que cet imbécile de Trump le qualifie d’illégitime, les toutous et idiots utiles internationaux s’empressent de se joindre aux sarcasmes de Trump contre Maduro. Quelle farce !

Trump est un politicien frauduleux et lunatique qui a le cerveau d’un petit enfant et pourtant des présidents et premiers ministres étrangers, y compris la Méchante May du Royaume-Uni, sont prêts à soutenir sa tentative illégale, antidémocratique et immorale de renverser le président élu du Venezuela. C’est une folie rendue possible par des manipulations médiatiques de la pire espèce.

Rappelez-vous les opérations sous faux drapeaux et autres mensonges qui ont servi de prétexte à des interventions illégales et immorales dans le passé. L’incident du Golfe du Tonkin en août 1964 fut présenté comme une « attaque non provoquée » contre deux navires de guerre américains qui justifiait une réponse rapide et massive contre le Nord Vietnam. Le feu de l’enfer est tombé du ciel sur ce pays avec 64 bombardements, causant d’incroyables destructions et pertes en vies humaines, et ces représailles ont donné le feu vert à l’envoi d’une force d’invasion de 500 000 soldats étasuniens au cours des trois années qui ont suivi. L’incident du golfe du Tonkin était un mensonge inventé de toutes pièces pour permettre aux États-Unis de justifier ce qu’ils avaient l’intention de faire de toute façon. Plus de 2 millions de civils au Nord et au Sud Vietnam sont morts dans cette guerre, ainsi que plus d’un million de combattants vietcong et plus de 58 000 soldats étasuniens. Tous ces morts et cette destruction épouvantables à cause d’un mensonge pur et simple.

L’invasion de l’Irak menée par les Étasuniens en mars 2003 reposait sur des « renseignements » fiables selon lesquels Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive (ADM) et probablement des armes nucléaires. Il a refusé de coopérer avec les inspecteurs nucléaires et les États-Unis n’ont eu, soi-disant, d’autre choix que de l’envahir et de le désarmer au nom des droits humains et de la démocratie. L’opération « Shock and awe » a été déclenchée. Le monde entier a été encouragé à soutenir l’invasion qui devait nous libérer de la menace de ces armes de destruction massive (ADM). Plus d’un million d’Irakiens ont perdu la vie. La grande majorité d’entre eux étaient des civils innocents. Il n’y avait pas d’ADM. Le gouvernement américain savait qu’il n’y avait pas d’ADM. C’était un mensonge inventé de toutes pièces.

En 2011, le Royaume-Uni et la France, avec l’appui des États-Unis, ont bombardé la Libye, une nation d’Afrique du Nord qui était très prospère à l’époque, soi-disant pour défendre la population contre les violations des droits humains et les atrocités présumées du président libyen Mouammar Kadhafi. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées, des millions de gens ont été déplacés et forcés de chercher refuge dans d’autres pays et un État-nation autrefois moderne, doté de ressources et de richesses abondantes, est maintenant un état failli avec le retour de l’esclavage, le commerce des êtres humains sur les marchés et les villages contrôlés par des milices et tribus brutales. Permettez-moi de citer un extrait du rapport de septembre 2016 du Comité des affaires étrangères de la Chambre des communes (anglaise, ndt) qui a étudié cette intervention militaire :

« En mars 2011, le Royaume-Uni et la France, avec l’appui des États-Unis, ont amené la communauté internationale à soutenir une intervention en Libye pour protéger les civils des attaques des forces de Mouammar Kadhafi. Cette politique n’était pas fondée sur des renseignements exacts. En particulier, le Gouvernement n’a pas vu que la menace pesant sur les civils était exagérée et que les rebelles comportaient une importante composante islamiste. Dès l’été 2011, l’intervention limitée visant à protéger les civils s’est transformée en une politique opportuniste de changement de régime. Cette politique n’était pas étayée par une stratégie visant à soutenir et à façonner la Libye de l’après-Kadhafi. Il en a résulté un effondrement politique et économique, des guerres entre milices et entre tribus, des crises humanitaires et migratoires, des violations généralisées des droits de l’homme, la diffusion des armes du régime Kadhafi dans la région et la croissance de l’État islamique en Afrique du Nord ».

Veuillez lire et relire ce Résumé du Rapport compilé par un comité composé de 6 députés conservateurs, 4 travaillistes et 1 député du Parti national écossais. Notez en particulier les mots que j’ai soulignés : « pas fondée sur des renseignements exacts », la menace pesant sur les civils était « exagérée », l’opération s’est transformée en une « politique opportuniste de changement de régime » qui a abouti à un « effondrement économique » et à une « crise humanitaire et migratoire ». Voilà ce que le Royaume-Uni a été conduit à faire en Libye par les États-Unis en 2011. Le renversement illégal, immoral et antidémocratique du gouvernement Kadhafi était basé sur un tas de mensonges.

Souvenez-vous de l’horreur qu’a suscitée l’annonce par les médias hégémoniques de l’attaque chimique du gouvernement Assad contre Douma, en Syrie, en avril 2018. Vous vous rappelez les images, qui sont arrivées en boucle dans nos salons, d’une salle d’hôpital et d’enfants qui toussent et qui halètent désespérément pour essayer de respirer ? Cette attaque a servi de base à l’administration Trump pour justifier de puissantes opérations de bombardement contre des cibles du gouvernement syrien à Damas. Des journalistes courageux et respectés sur le terrain, comme Robert Fisk, ont émis de sérieux doutes sur l’authenticité de ces attaques chimiques, mais ils ont été ignorés et ridiculisés par les médias hégémoniques et autres politiciens arrogants assis à des milliers de kilomètres de distance dans de confortables studios TV. Aujourd’hui, un journaliste de la BBC en Syrie, qui enquête scrupuleusement sur l’incident depuis plusieurs mois, vient de confirmer que l’attaque chimique avait effectivement été « mise en scène ». Encore un mensonge fabriqué de toutes pièces pour justifier des bombardements étasuniens.

Les États-Unis nous servent un mensonge après l’autre pour nous faire croire que leurs interventions militaires sont basées sur des préoccupations humanitaires alors qu’en fait, la seule préoccupation des Etats-Unis a toujours été l’intérêt des multinationales d’armement et des compagnies pétrolières, assorti d’une volonté stratégique d’exploiter sans limites la richesse et les ressources du pays visé. La guerre déclenchée contre le Venezuela n’a absolument rien à voir avec les droits humains et tout à voir avec les intérêts des multinationales étasuniennes. L’oligarchie étasunienne n’a que mépris pour la redistribution de la richesse et du pouvoir mise en œuvre par le gouvernement bolivarien du Venezuela et elle est terrifiée à l’idée que cela puisse s’étendre à d’autres nations et entraver son exploitation et son appropriation de leurs richesses minières et de leur pétrole.

Il faut être idiot pour croire qu’un pays qui soutient des régimes comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn, l’Égypte, Israël, le Honduras, et les Émirats arabes unis, qui fait du commerce avec eux et qui leur fournit des armes de guerre, se préoccupe des droits humains, vous ne croyez pas ? Alors réveillez-vous et suivez le pétrole. C’est le seul but de l’intervention et de la tentative de coup d’État au Venezuela.

Le blocage du pont Tienditas par des containers était un mensonge fabriqué de toutes pièces. Le pont a été fermé (*) il y a 18 mois par la Colombie et non par le Venezuela.

L’utilisation de gilets et d’insignes de la Croix-Rouge à la frontière avec la Colombie pendant le week-end pour donner de la crédibilité à l’histoire de l’aide humanitaire américaine était une mise en scène sans rapport avec la réalité. Ni la Croix-Rouge ni l’ONU ne se sont impliquées dans l’histoire de l’aide humanitaire ni ne reconnaissent sa légitimité.

L’histoire des camions d’aide incendiés par des militaires vénézuéliens comme celle des tirs à balles réelles sont des falsifications mensongères et une vidéo qui le prouve est maintenant disponible. Elle montre que le camion a été incendié du côté colombien de la frontière par des manifestants en Colombie et non par des gens au Venezuela.

Une étude qui porte sur dix ans de la couverture de la BBC sur le Venezuela réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université de l’Ouest de l’Angleterre pendant le mandat de Chavez a révélé un parti pris incroyable contre le gouvernement socialiste. Sur 304 rapports analysés, seuls 3 étaient positifs malgré l’éradication de l’analphabétisme, la réduction de moitié de la pauvreté, l’introduction des soins de santé universels gratuits, la construction de plus d’un million de nouveaux logements pour les pauvres et l’expansion massive de l’engagement et de la participation démocratiques.

La BBC est le porte-parole de l’establishment et de la classe dirigeante britanniques. Elle représente et défend les intérêts des riches et des puissants. C’est pourquoi elle diffuse constamment des reportages biaisés et malhonnêtes contre le gouvernement socialiste de Maduro.

Les États-Unis se fichent complètement des souffrances que la pénurie de médicaments et de nourriture engendrées par leurs sanctions, embargos et blocages des paiements internationaux du pétrole causent aux Vénézuéliens, ils ne pensent qu’à reprendre le contrôle de l’économie et du pétrole du Venezuela comme ils l’avaient avant Chavez, Maduro et la révolution Bolivarienne.

Si la tentative étasunienne de renverser le gouvernement élu du Venezuela et d’installer à sa place Guaido, le larbin de la CIA, venait à réussir, ce serait la 68ième fois qu’ils interviendraient pour renverser illégalement un gouvernement souverain. Il n’est pas étonnant que ceux à qui il reste un brin de jugeote et d’esprit démocratique ont bien compris que les États-Unis sont le pire état voyou de la planète et la pire menace pour la paix mondiale.

Maduro et le Venezuela méritent le soutien et la solidarité internationale. Ils refusent de se laisser intimider par la menace d’une intervention militaire étasunienne ou de violences économiques destinées à paralyser l’économie vénézuélienne. C’est un peuple fier et ils sont parfaitement conscients des vastes possibilités que leur a offertes la révolution bolivarienne. Ils ne renonceront pas à ces avantages acquis sans se battre. Le Venezuela n’est pas le Vietnam, mais ils se battront avec la même ingéniosité et la même ténacité que les Vietcong pour défendre leur territoire, et les Etats-Unis et Trump essuieront sans doute en 2019 une défaite aussi humiliante qu’en 1975.

Note :

(*) Le pont est fermé au milieu par une grillage à 100m de l’endroit où les containers ont été déposés pour la photo du coté vénézuélien. Le pont n’a jamais été ouvert depuis qu’il a été construit il y a 3 ans, suite à un différend avec le Venezuela.

26 février 2019 – SputnikTraduction : Dominique Muselet