La suppression de l’aide américaine impacte lourdement les ONGs palestiniennes

Photo : Abed Rahim Khatib/ Flash90
Des réfugiés palestiniens transportent des colis d'aide dans un centre de distribution de vivres des Nations Unies à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 janvier 2018 - Photo : Abed Rahim Khatib/ Flash90
Arwa Ibrahim & Maram HumaidLes travailleurs humanitaires palestiniens dénoncent la réduction de 200 millions de dollars de l’aide économique des États-Unis, quelques mois après la réduction de leurs contibutions à l’UNRWA.

Pour Nermin Saydam, une palestinienne de 35 ans travaillant dans une ONG, la décision des États-Unis de couper 200 millions de dollars d’aide économique à la Cisjordanie occupée et à la bande de Gaza assiégée est dévastatrice.

« Je ne m’attendais pas du tout à ce que cela m’arrive », a déclaré samedi cette mère de deux enfants, chef de projet du programme Gaza Envision 2020 de l’USAID.

Pour de nombreux travailleurs d’ONG, l’annonce vendredi que le président Donald Trump avait ordonné au département d’État de « réorienter » le financement vers des « projets prioritaires » sans autre précision, signifie moins de travail et moins de revenus.

Selon Saydam, « Gaza Envision 2020 » devrait fermer ses portes d’ici la fin du mois d’août en tant que l’un des nombreux programmes d’aide et de développement financés par les États-Unis qui seront affectés par la réduction de l’aide américaine.

En conséquence, Saydam, qui a contracté un emprunt important pour acheter un appartement quelques mois avant de signer un contrat de cinq ans avec le projet, devra trouver une solution pour faire face à des milliers de dollars de dettes.

« Maintenant que je n’ai plus de revenus, je suis confronté à une catastrophe vraiment grave », ajoute-t-elle, expliquant qu’elle ne serait plus en mesure d’assurer pour la banque ses versements mensuels de 550 dollars.

Cette décision intervient quelques mois après que les États-Unis, qui ont été le principal donateur de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient, appelé UNRWA, ont réduit de plus de 80% leur contribution annuelle de 360 millions de dollars, la limitant à 60 millions de dollars.

Elle suit également une autre décision de Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre dernier. Cette initiative a déclenché une colère mondiale et sapé les fondements des pourparlers de paix passés et à venir israélo-palestiniens, où le statut de la ville n’avait pas encore été déterminé.

Les Palestiniens ont rejeté les appels de l’administration Trump à revenir à la table des négociations, arguant que Washington avait renoncé à son statut de médiateur neutre.

Comme Saydam, Ruba Mohamed, âgée de 29 ans, qui était également employée plus tôt cette année par « Gaza Envision 2020 » en tant qu’agent de terrain, a été laissée pour compte.

« J’ai construit de grands espoirs et de grands rêves pour Gaza et moi-même grâce à ce projet », déclare Ruba, dont le contrat de cinq ans avec le programme « Gaza Envision 2020 » a été suspendu.

« Je voulais travailler et m’aider moi-même ainsi que mon peuple, en particulier les jeunes diplômés qui ne peuvent pas trouver d’emploi », dit-elle encore, affirmant que le projet visait à créer des opportunités pour les habitants de Gaza.

Avec 100 autres employés du projet, elle espérait que d’ici août, son travail reprendrait, mais la dernière décision de Trump a tué ces perspectives pour de bon.

« Cette décision est un choc et une déception pour nous », explique Ruba Mohamed. « Nous ne pourrons plus retourner au travail maintenant », ajoute-t-elle.

« Chantage politique »

Les responsables et les analystes palestiniens ont critiqué la décision des États-Unis, la décrivant comme une forme de moyen de pression politique et de chantage.

« C’est une preuve flagrante que le but réel de l’aide américaine est d’interférer dans les affaires internes d’autres peuples et de cibler leurs droits nationaux », a déclaré samedi le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saeb Erekat.

Erekat a déclaré que la décision américaine de réduire l’aide « est un signe que [Washington] avait abandonné ses obligations internationales », ajoutant que « le peuple palestinien rejetait toute aide conditionnelle ».

Accusant Trump d’utiliser « le chantage à bas prix comme outil politique », Hanan Ashrawi, une responsable de l’OLP, a déclaré dans un communiqué vendredi: « L’administration américaine a déjà fait preuve de perversité dans sa complicité avec l’occupation israélienne. »

« Maintenant, elle exerce une violence économique en punissant les victimes palestiniennes de cette occupation », a-t-elle ajouté, assurant que les Palestiniens ne seraient pas intimidés par la décision des États-Unis.

Dans une déclaration similaire, Hossam Zomlot, représentant de la délégation de l’Autorité palestinienne aux États-Unis, a déclaré que cette décision confirmait que l’administration Trump avait adopté le programme israélien sur le processus de paix.

« La décision ainsi que les coupes dans l’aide de l’UNRWA en début d’année soulignent l’abandon par l’administration Trump de la solution des deux États et l’adoption complète des objectifs du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

« L’utilisation de l’aide humanitaire et de l’aide au développement comme outil de chantage politique ne fonctionnera pas », a-t-il ajouté.

Commentant cette initiative, Omar Shaaban, un expert économique palestinien, a déclaré à Al Jazeera que bien que la décision de Trump aura un impact direct limité sur l’OLP, elle aura un impact considérable sur les projets de développement et d’aide, en particulier sur les employés travaillant dans ce secteur.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens a annoncé en juillet qu’elle supprimerait plus de 250 emplois en Cisjordanie et dans la bande de Gaza occupées après que les États-Unis aient réduit leurs financements.

Mohsen Abu Ramadan, un autre expert économique de Gaza, a déclaré à Al Jazeera que cette décision avait pour but de punir l’OLP pour ne pas avoir accepté le « deal du siècle« , faisant référence au plan de paix longuement concocté par Trump et son équipe, prétendant mettre fin au conflit de plusieurs décennies.

« Cette décision fait partie d’une série de décisions visant à reconnaître les colonies israéliennes et à limiter les moyens financiers des Palestiniens.

« La décision montre que le gouvernement américain souhaite affaiblir l’OLP et soutenir l’approche du gouvernement Netanyahu dans tout processus de paix ».

* Maram Humaid est une jeune journaliste de Gaza. Son compte Twitter : @MaramGaza


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25 Août 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine