Relations US-Corée du nord : des rappels nécessaires

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1950 - Une femme âgée et son petit-fils devant les débris de leur maison détruite à la suite d'un bombardement aérien américain sur Pyongyang. Les souffrances infligées par l'armée américaine à la population coréenne ont été innommables - Photo : Archives
Michael PembrokeCertains dans l’administration Trump ont la même tournure d’esprit que celle qui a saboté les pourparlers de paix avec la Corée du Nord durant 64 ans.

Contrairement à la perception générale, la question centrale à résoudre au sommet du 12 juin – et dans toutes les réunions ultérieures – entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un n’est pas la dénucléarisation de la Corée du Nord. La volonté de Pyongyang de se dénucléariser est déjà claire.

Ce qui n’est pas clair, cependant, c’est si les États-Unis sont prêts à donner à la Corée du Nord la garantie de sa sécurité, ce qui constitue sa principale demande. Il ne fait aucun doute que Pyongyang peut désactiver et démanteler son arsenal nucléaire. Ce n’est qu’une question de volonté de la faire.

Mais il ne le fera pas si les États-Unis exigent une dénucléarisation unilatérale, sans engagement réciproque. Pour paraphraser George Kennan, un diplomate américain de renom : Un concept de sécurité nationale qui ne concède pas la même légitimité aux besoins de sécurité des autres, est moralement condamnable.

En ce sens, le bilan historique des échecs des États-Unis en matière de paix et de sécurité dans la péninsule coréenne est décourageant. Les administrations successives des États-Unis n’ont pas réussi à offrir et à garantir un arrangement de sécurité acceptable pour Pyongyang et ont maintes fois évité les opportunités de conclure un accord.

Les récentes remarques du conseiller à la sécurité nationale John Bolton et du vice-président Mike Pence – qui ont rapidement provoqué une flambée de rhétorique et une suspension temporaire du sommet prévu – montrent que de telles attitudes existent toujours à Washington. C’est ce type de mentalité qui a poussé les négociateurs américains à choisir le langage du machisme, la posture sectaire et la confrontation par rapport au compromis, il y a 64 ans.

À la conférence de Genève en 1954, où l’URSS, la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France se sont réunis pour décider du sort de la péninsule coréenne et de ce qui s’appelait alors l’Indochine, John Foster Dulles (sous le président Dwight Eisenhower) a maintenu une position intraitable qui exigeait essentiellement quelque chose qui s’apparentait à la capitulation de ses adversaires.

Bien que l’armistice temporaire signé en 1953 par toutes les parties prenantes dans la guerre de Corée ait été fondé ultérieurement sur des négociations de bonne foi pour régler la question politique, Dulles refusa de négocier directement avec les Chinois. Le même s’est également fait un devoir de snober l’envoyé chinois, Zhou Enlai, en refusant de lui serrer la main et en quittant tôt la conférence.

En 1957, les États-Unis ont nucléarisé la péninsule coréenne

Puis, en 1957, les États-Unis ont unilatéralement abrogé l’article 13 (d) de l’armistice lorsqu’ils ont annoncé qu’ils proposaient d’introduire des armes nucléaires dans la péninsule coréenne. L’année suivante, il a déployé des missiles Honest John à armement nucléaire en Corée du Sud.

En conséquence, le rôle de la Commission de surveillance des Nations neutres, créée en vertu de l’armistice pour empêcher toutes les parties d’apporter des armes supplémentaires ou du personnel militaire dans la péninsule, fut miné et l’armistice – saboté.

Tout au long des années 1960 (sous les administrations Kennedy et Johnson), les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord étaient naturellement hostiles. En 1968, les Nord-Coréens ont intercepté et capturé l’USS Pueblo, un navire de renseignement de l’US Navy. Et en 1969, un avion espion américain a été abattu par un avion MIG-21 nord-coréen au-dessus de la mer du Japon, tuant 31 membres du personnel américain.

Dans les années 1970, la Corée du Nord a adopté une politique différente, qu’elle a poursuivie depuis. Elle a maintenu, comme elle l’avait fait en 1954, qu’un traité de paix était une formalité nécessaire à l’instauration de la sécurité dans la péninsule. Dans sa lettre de 1974 au Congrès américain, Pyongyang a publiquement invité les États-Unis à rejoindre des négociations pour un traité de paix, en lieu et place de l’armistice. Ni les administrations Nixon ni Ford n’ont pris de mesures connues en réponse à cette demande.

Par la suite, Kim Il-sung, alors leader de la Corée du Nord, a soulevé l’idée d’un accord de paix avec le président Jimmy Carter, mais rien n’en est ressorti. Et bien que la politique de Carter consistait à réduire le nombre de troupes américaines en Corée du Sud, le Pentagone s’y est opposé avec succès.

Lorsque le président Ronald Reagan a pris ses fonctions en 1981, il a augmenté le nombre de troupes américaines. Il était philosophiquement opposé à un traité de paix et a renouvelé son engagement en Corée du Sud. Son successeur, George H W Bush, a retiré les armes nucléaires déployées à l’étranger, a légèrement réduit le nombre de soldats américains en Corée du Sud, mais n’a pas sérieusement envisagé de négocier un traité de paix.
traduction
Le président Bill Clinton, qui était au pouvoir entre 1993 et ​​2001, s’est rapproché de tous ses prédécesseurs pour parvenir à une résolution du conflit coréen gelé. Le Cadre convenu en 1994 et le Communiqué conjoint entre Washington et Pyongyang en 2000 ont été des jalons importants. Mais en dépit de près d’une décennie d’implication pacifique de haut niveau, la relation a été stoppée par la politique étrangère belliciste de George W. Bush et sa décision d’inclure la Corée du Nord dans son imaginaire « axe du mal ».

En 2003, les États-Unis n’avaient toujours pas respecté l’engagement pris à l’article 2 du Cadre convenu de « parvenir à une normalisation complète des relations politiques et économiques ». La Corée du Nord s’est donc retirée du Traité de non-prolifération nucléaire. Des pourparlers à six ont été convoqués en 2003, mais l’administration Bush est restée hostile et les pourparlers n’ont pas été concluants.

La Corée du nord négocie en position de force

En 2006, Pyongyang a commencé les essais nucléaires qui ont continué jusqu’à l’année dernière. Lorsque l’administration Obama est arrivée au pouvoir en 2009, elle n’a pas dramatiquement réagi mais a préféré adopter une politique de « patience stratégique », s’appuyant sur des sanctions et espérant un effondrement du régime nord-coréen. Ce qui n’allait jamais fonctionner.

Dans le contexte de ces échecs permanents de Washington à apporter la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, la stratégie de Kim Jong-un depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011 est claire. En dépit de la certitude de subir des sanctions, il a augmenté le nombre d’essais nucléaires de son pays et les lancements de missiles balistiques intercontinentaux, mais en les associant à des demandes répétées pour un traité de paix. Entre 2012 et 2016, Pyongyang a publié au moins cinq déclarations officielles réitérant expressément la nécessité de conclure un traité de paix.

Cette stratégie a abouti à la position officielle du régime nord-coréen du 6 mars, présentée par le bureau du président sud-coréen. Selon la déclaration, la Corée du Nord n’aurait « aucune raison de conserver des armes nucléaires » si la « menace militaire contre le Nord était éliminée et sa sécurité garantie ».

La Corée du Nord est maintenant un état nucléaire. Son offre est sur la table et il négocie à partir d’une position de force. Le président Trump devrait avoir l’occasion de faire ce que ses prédécesseurs n’ont pas réussi à réaliser et proposer à la Corée du Nord la fin de l’état de guerre, la fin des relations hostiles et un traité de paix. La balle est à nouveau dans le camp de Washington.

10 juin 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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