Réfugiés : un retour à Yarmouk sera-t-il bientôt possible ?

Photo : UNRWA/Taghrid Mohammad
L'UNRWA n'est plus en mesure de distribuer de l'aide humanitaire à Yarmouk depuis le 1er avril 2015. Des femmes et des enfants attendent ici une distribution de l'UNRWA en mars 2015. - Photo : UNRWA/Taghrid Mohammad
Ahmad MelhemLors d’une réunion tenue le 12 novembre, le gouvernement syrien a chargé le conseil provincial de Damas de réhabiliter l’infrastructure du camp de réfugiés de Yarmouk au sud de Damas et de rétablir les services en vue du retour des personnes déplacées.

Cette déclaration fait suite à une décision officielle syrienne autorisant les réfugiés à retourner dans le camp de Yarmouk. Le 6 novembre, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal al-Miqdad, a informé les organisations palestiniennes en Syrie de cette décision.

Bien que les autorités syriennes n’aient encore donné aucun détail concernant le processus de retour, cette décision a donné de l’espoir aux réfugiés palestiniens qui ont été déplacés du camp ces dernières années. Des opérations de déblaiement des décombres sont en cours dans le camp depuis le 15 septembre, après que le président palestinien Mahmoud Abbas se soit engagé à en assumer le coût.

Le comité chargé de superviser le déblayage des décombres a été formé avec l’approbation du gouvernement syrien et sous la supervision de l’Administration générale pour les réfugiés arabes de Palestine en Syrie, en coordination avec les organisations palestiniennes. Dans un communiqué de presse daté du 9 novembre, le comité a déclaré qu’il travaillait toujours à retirer les décombres restants dans les ruelles et allées du camp et que le processus de réhabilitation s’accélérerait dans les prochains jours.

Le 10 octobre, Mahmoud Khaled, membre du comité, a déclaré à Spoutnik : « Environ 40% des bâtiments du camp restent habitables et en bon état. Et tandis que 40% des bâtiments nécessitent des travaux de rénovation, les 20% restants doivent être nettoyés car ils sont complètement détruits.”

Ayham Hamada a quitté le camp avec sa famille le 17 décembre 2013 et vit depuis à Damas. Il semble optimiste quant à la perspective de retourner dans le camp, suite àla décision syrienne et aux opérations d’enlèvement des gravats.

« Moi-même et les habitants qui avons dû fuir le camp lorsque les combats ont éclaté entre l’armée syrienne et des milices armées telles que l’État islamique et Jabhat al-Nusra, nous voyons maintenant une lueur d’espoir », a déclaré Hamada à Al-Monitor.

« Je n’étais pas optimiste quant à notre retour car il existe de nombreuses zones libérées, telles que Daraya, dans lesquelles les habitants ne sont jamais revenus, car aucun travail de déblaiement n’a commencé. Mais nous sommes ravis de la décision syrienne. Nous avons bon espoir même si les opérations de réhabilitation et de reconstruction exigent de gros efforts de la part de l’UNRWA [Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient], de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine], du gouvernement syrien, de partis internationaux et d’hommes d’affaires. »

Et de conclure : « Les réfugiés pourront bientôt revenir, mais beaucoup d’efforts sont encore nécessaires, car des services de base tels que l’électricité, l’eau et les services de santé doivent encore être rétablis. »

Le camp de réfugiés de Yarmouk est le plus grand camp de réfugiés palestiniens en Syrie. Surnommé la « capitale de la diaspora », le camp a été créé en 1953 et avait accueilli plus de 200 000 réfugiés palestiniens avant le début des vagues de déplacements de personnes en décembre 2013. Aujourd’hui, le camp abrite une population des plus réduites qui a refusé de fuir les combats. Il y a 15 camps de réfugiés palestiniens en Syrie, dont 10 sont reconnus par l’UNRWA et 5 qui ne le sont pas.

Dans des déclarations publiées le 7 novembre, le département des affaires des réfugiés de l’OLP ainsi que l’UNRWA ont salué la décision du gouvernement syrien.

Ahmed al-Majdalani, membre du Comité exécutif de l’OLP, a déclaré à Al-Monitor que depuis la défaite de l’EI et son expulsion du camp en mai 2018, l’OLP était en contact avec le gouvernement syrien pour coordonner le processus de reconstruction et de réhabilitation du camp et assurer le retour des réfugiés.

Deux délégations palestiniennes se sont rendues à Damas au cours des deux derniers mois. Le 9 juillet, une délégation de l’OLP et une du Comité central du Fatah ont rencontré des responsables syriens, dont le Premier ministre syrien Imad Khamis et le ministre de l’Intérieur Mohammed al-Shaar. Les délégations ont discuté de la situation des réfugiés en Syrie. Bassam al-Salehi, membre du Comité exécutif de l’OLP, faisait partie de la première. Il a remis le 23 septembre à Miqdad une lettre d’Abbas au président syrien Bashar al-Assad. Cette lettre portait sur la nécessité de restaurer le camp de réfugiés de Yarmouk et de réinstaller les réfugiés, et il a également transmis les positions palestiniennes sur les développements politiques dans la région.

« À l’approche de la fin des travaux de déblaiements, la deuxième étape sera la restauration de maisons habitables », a déclaré Majdalani. Interrogé sur le coût de la reconstruction, il a déclaré : « Un comité technique visitera le camp, évaluera le coût de la reconstruction et déterminera les priorités en matière de restauration et de construction ». Ce coût sera conjointement pris en charge par l’OLP, l’UNRWA, le gouvernement syrien et des organisations internationales, ainsi que d’autres parties telles que l’Union européenne.

Le responsable de l’information du Front populaire de libération de la Palestine, Anwar Raja, a déclaré à Al-Monitor que la décision syrienne d’autoriser le retour des réfugiés dans le camp envoyait un message politique aux États-Unis sur la nécessité de préserver le caractère symbolique du camp pour les réfugiés, à un moment où l’administration Donald Trump veut affaiblir la cause palestinienne en réduisant les fonds pour l’UNRWA.

Il a déclaré que le fait que le gouvernement ait chargé le conseil provincial de Damas de réhabiliter l’infrastructure du camp montre que le gouvernement est sérieux, même si les préparatifs vont prendre un peu de temps.

Toutefois, cette vague d’optimisme chez certains réfugiés palestiniens est contrebalancée par le scepticisme qui prévaut parmi d’autres.

Mahmoud al-Shawish, âgé de 70 ans, a quitté le camp de réfugiés de Yarmouk dans la bande de Gaza en 2012. Il a déclaré à Al-Monitor: « Rentrer dans le camp est tout simplement impossible, d’autant plus que la sécurité doit être rétablie et que nous devrons en avoir l’assurance ».

Ayman Abu Hashem, qui a quitté le camp en 2012 et réside actuellement en Turquie, a déclaré à Al-Monitor : « La décision du régime syrien autorisant le retour des réfugiés dans le camp est une déclaration politique irréaliste. Lorsque 80% du camp de Yarmouk est détruit, il est tout simplement impossible pour les réfugiés de rentrer chez eux en raison du manque de maisons habitables. La moitié des habitants du camp de Yarmouk vit actuellement en dehors de Syrie et hésite à y revenir. »

Il a ajouté: « Le régime pourrait permettre à certaines familles de revenir juste pour le spectacle, et faire passer le message selon quoi il a assuré sa responsabilité de permettre aux réfugiés de rentrer. »

* Ahmad Melhem est un journaliste et photographe palestinien de Al-Watan News basé à Ramallah. Il écrit pour un certain nombre de publications arabes.

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23 novembre 2018 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

2 Commentaires

  1. Il faut certainement aider Damas afin qu’elle puisse mettre tout en œuvre pour rendre Yarmouk habitable, hygiénique et y assurer la sécurité. Pour les Palestiniens, ce camp ne doit être que provisoire; le but doit être de retourner en Palestine. Nous devons TOUS travailler à la libération de la Palestine, en chasser les occupants sionistes et démanteler l’entité sioniste. Là aussi l’aide internationale devrait intervenir, particulièrement l’aide des frères et sœurs Arabes et Musulmans qui devraient s’en faire un devoir. Que fait l’ONU, que fait la CPI, que font les religions devant ces détresses humaines, le manque de liberté d’autodétermination du peuple palestinien sur sa propre terre?

  2. Je voudrais juste rajouter qu’il ne faut pas sous-estimer la force intérieure et le courage des Palestiniens sur place pour ébranler l’entité sioniste, mais il faut les soutenir en tout, spirituellement, socialement, politiquement et militairement!

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