Les réfugiés palestiniens en Syrie vont être durement affectés par les coupes budgétaires des États-Unis à l’UNRWA

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Le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, en Syrie, a été totalement dévasté durant la guerre civile - Photo : Al-Jazeera
Patrick StricklandAlors que le président américain Donald Trump retire son financement à l’UNRWA – l’organisation des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens – les Palestiniens en Syrie font face à des conditions « potentiellement mortelles », a déclaré le porte-parole de l’agence.

« Les Palestiniens sont parmi les plus touchés par le conflit [syrien] », a déclaré le porte-parole de l’UNRWA Chris Gunness, expliquant que 95% des 438 000 Palestiniens dans le pays déchiré par la guerre « ont un besoin crucial d’une assistance humanitaire soutenue ».

« La guerre en Syrie a dévasté des vies avec une cruauté incalculable : dans cette situation, de nombreux services fournis par l’UNRWA sont souvent vitaux », a déclaré M. Gunness à Al Jazeera, faisant référence aux cliniques improvisées, à l’aide d’urgence et au personnel enseignant de l’UNRWA qui chaque jour fournit un enseignement à 45 000 étudiants.

Près de 58% des Palestiniens en Syrie sont déplacés à l’intérieur du pays, avec plus de 56 600 d’entre eux bloqués dans des régions difficiles d’accès ou inaccessibles dans ce pays ravagé par la guerre, a-t-il ajouté.

Plus tôt ce mois-ci, l’administration Trump a annoncé que les États-Unis retiendraient indéfiniment 65 millions de dollars de ses 125 millions de dollars de contributions financières à l’UNRWA, provoquant l’indignation des Palestiniens et des organisations humanitaires.

Salim Salamah, directeur de la Ligue palestinienne pour les droits de l’homme en Syrie, a fait valoir que les réfugiés palestiniens en Syrie et ceux qui ont été doublement déplacés vers les pays voisins souffriront de cette décision.

« L’impact sera vraiment énorme et tragique », a-t-il déclaré à Al Jazeera.

« Pour les Palestiniens de Syrie, c’est une aide vitale, surtout dans un contexte où de nombreux Palestiniens n’ont pas accès aux services de base, même [ceux qui ont fui] au Liban ou en Jordanie ».

Salamah a ajouté: « Cela s’inscrit dans la longue tradition d’érosion de l’existence des Palestiniens … et c’est tragique ».

« L’enjeu est la dignité »

Plus tôt ce mois-ci, la porte-parole du département d’État américain, Heather Nauert, a osé prétendre que la décision n’était pas « destinée à punir qui que ce soit ».

Intervenant au moment de la décision, le Commissaire général de l’UNRWA, Pierre Krahenbuhl, a déclaré: « L’enjeu est la dignité et la sécurité humaine de millions de réfugiés palestiniens qui ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence et d’autres formes de soutien. »

L’initiative américaine s’est produite quelques semaines après que Trump ait accusé sur Twitter les Palestiniens de ne montrer « aucune appréciation ou respect » pour des centaines de millions de dollars d’aide américaine chaque année.

Jeudi, 21 groupes d’aide ont averti des « conséquences désastreuses » dans une lettre ouverte à l’ambassadeur américain auprès des Nations Unies Nikki Haley, au secrétaire d’État Rex Tillerson, au conseiller à la sécurité nationale HR McMaster et au secrétaire à la Défense James Mattis.

« Nous sommes profondément préoccupés par les conséquences humanitaires de cette décision sur l’assistance vitale aux enfants, aux femmes et aux hommes en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza », dit aussi la lettre.

Des millions de réfugiés palestiniens, y compris ceux qui ont été déracinés de leurs maisons pendant l’installation forcée d’Israël en 1948, ainsi que leurs descendants, sont répartis sur toute la carte du Moyen-Orient et encore plus loin.

« Les moyens de subsistance de base deviennent une monnaie d’échange »

En Syrie, cependant, les réfugiés palestiniens ont été pris dans les feux croisés de la guerre civile qui a commencé sous la forme d’un soulèvement contre le président Bachar al-Assad en mars 2011.

Plus d’un demi-million de Palestiniens vivaient dans des camps de réfugiés, des villes et des villages à travers la Syrie avant le début de la guerre.

Au moins 125 000 personnes dans la population d’avant-guerre, ont fui la Syrie et débarqué en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Europe et ailleurs, selon l’UNRWA.

Les habitants de nombreux camps palestiniens, tels que le camp de Yarmouk dans la région de Damas, ont souffert de raids aériens, de bombardements, de siège, de famine, de déplacements et de destructions généralisées dues aux combats entre les forces gouvernementales et les groupes armés.

Mercredi, le Groupe de Surveillance du Groupe d’action pour les Palestiniens de Syrie a annoncé que le nombre total de Palestiniens tués dans le camp de Yarmouk depuis le début du conflit a atteint 1 335.

Dans l’ensemble du pays, plus de 3 642 Palestiniens sont morts au cours des presque sept années de guerre, tandis que 1 651 autres seraient détenus et plus de 300 sont toujours portés disparus, selon le groupe.

Se référant à la décision de l’administration Trump de retirer son financement à l’UNRWA, Salamah a déclaré: « Je ne sais pas ce que l’on attend de nous si ce n’est que nous acceptions l’horreur de la guerre, du déplacement forcé et du manque de protection internationale. »

Il a conclu: « Même nos moyens de subsistance les plus élémentaires deviennent une monnaie d’échange. »

Patrick O. Strickland * Patrick O. Strickland est un journaliste et grand reporter américain indépendant spécialiste des questions de justice sociale et des droits humains au Moyen-Orient et spécialement en Palestine. Il écrit pour de nombreux médias notamment al-Jazira, Alternet, VICE News, Deutsche Welle, Syria Deeply, AlterNet, Electronic intifada, Socialist Worker etc …
Son compte Twitter : @P_Strickland_
même auteur.

25 janvier 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine