Quand le monde n’est plus que silence

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Apprendre le langage des signes - Photo : WeAreNotNumbers
Ghada AhmadAu cours des 10 dernières années, les trois guerres menées dans la bande de Gaza ont eu des effets dévastateurs sur la population de 2 millions d’habitants, que ce soit à petite ou à grande échelle.

Depuis la première guerre en 2008/09, explique Hedaya Abu Lehia, assistante technique à la clinique d’audiologie d’El-Amal, Gaza a constaté une augmentation de 30% des cas de déficience auditive. La raison, rapporte-t-elle, est l’exposition à de fortes explosions.

Yamen Abu Jame’, âgé de 10 ans, a perdu l’audition durant l’agression de 2014 sur Gaza. Lui et sa famille vivent dans l’est de Khan Younis, où les chars israéliens sont entrés.

« Ma capacité auditive était parfaite quand j’étais plus jeune, mais après la guerre, j’ai commencé à remarquer que je n’entendais pas bien mes professeurs dans la salle de classe », dit-il.

Puisque la surdité peut progressivement diminuer la capacité de parler, les parents de Yamen sont intervenus avec El-Amal pour l’équiper d’un appareil auditif.

Alaa Zaqout, âgée de 13 ans, a été diagnostiquée avec une déficience auditive après la guerre de 2008-2009, mais aux deux oreilles.

« Nous étions si proches lorsque notre maison à Al-Atatrah, au nord de Rafah, a été bombardée… Alaa a été victime du bruit de l’énorme explosion », se souvient sa mère. « Aujourd’hui, elle a peu d’ouïe. »

Les déficiences auditives sont également causées par la génétique, le vieillissement, l’infection et les malformations congénitales. Cependant, en raison de la détérioration de la situation économique dans la bande de Gaza, peu de résidents peuvent s’offrir des appareils auditifs dont le coût varie de 400 à 1000 dollars. C’est là qu’intervient El-Amal.

La El-Amal Rehabilitation Society est une ONG à but non lucratif qui a été créée en 1991 à Rafah après qu’une enquête sur le terrain ait révélé qu’un grand nombre de personnes sourdes vivaient dans la partie la plus au sud de la bande de Gaza, sans accès aux services de santé nécessaires.

L’ONG gère une clinique d’audiologie pour évaluer les degrés de déficience auditive, dispose d’un programme d’orthophonie pour préserver la capacité de parler de façon cohérente parmi les personnes sourdes, d’un jardin d’enfants et d’une école pour les enfants sourds jusqu’à l’âge de 15 ans. Le Club Anabel intègre les enfants sourds avec ceux qui ont une audition normale, et gère un centre d’éducation des adultes où sont enseignés la couture, la broderie, la cuisine, la menuiserie et la cosmétologie à tout le monde dans le quartier.

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Test auditif pour une patiente – Photo : WeAreNotNumbers

Cependant, l’éducation ne suffit pas si les malentendants ne peuvent pas obtenir d’emploi ou sont discriminés. Ainsi, El-Amal joue également un rôle de défenseurs de leurs droits.

Comme dans toute autre région du monde, l’incapacité de communiquer avec autrui peut entraîner l’ostracisme chez les sourds et se traduire par une mauvaise adaptation sociale et un manque de confiance en soi. Par exemple, la mère d’Alaa a essayé de cacher l’aide auditive de sa fille dans les cheveux de sa fille, et lui a dit de commencer à porter un hijab à l’âge de 10 ans (au lieu de 12 ans ou plus).

« Bien que je l’ai mise en garde contre les conséquences de sa décision, l’une des mères a même refusé une aide auditive à son fils afin que les autres ne se moquent pas de lui », explique Hedaya.

Néanmoins, avec l’aide d’El-Amal, de nombreuses personnes malentendantes réussissent à sortir de l’ombre. Par exemple, Sanaa Hashem, maintenant âgée d’une trentaine d’années, s’est inscrite à l’école El-Amal pour les sourds quand elle était enfant et, après l’obtention de son diplôme, elle y est devenue enseignante. L’école a commencé avec 15 étudiants et en a accueilli plus tard jusqu’à 183.

Reconnaissant les nombreuses difficultés pratiques auxquelles sont confrontés tous les Gazaouis qui essaient d’étudier, ou d’effectuer d’autres tâches à la maison, El-Amal s’associe à Rebuilding Alliance, un organisme international à but non lucratif qui fournit des lampes solaires pour les longues périodes de coupure d’électricité.

« Après avoir distribué ces petits équipements, que nous appelons Nur al-Amal (la lumière de l’espoir), nos enfants ont commencé à les utiliser pour éclairer la route quand ils allaient à l’école le matin », explique Dalal Qanan, qui s’occupe des relations publiques et avec les médias pour le compte de l’ONG.

Ce partenariat est essentiel, car une grave pénurie de financement a abouti au résultat que le personnel d’El-Amal n’a pas touché de salaire depuis huit mois.

« Mais nous ne pouvons pas arrêter de travailler, même quand il n’y a pas d’argent pour les salaires », explique Mosab Au Daqqa, directeur du centre d’éducation des adultes. « Nous appartenons à ce lieu et à ces gens. Nous travaillons avec amour. »avec amour

Ghada Ahmad, âgée de 25 ans, a étudié l’anglais à l’Université islamique de Gaza. Elle a travaillé comme bibliothécaire et traductrice pour le Centre d’études politiques et de développement, puis comme professeur d’anglais. « A Gaza, vous devez accepter des emplois que vous n’aimez pas,et prendre ce qui est disponible. Je n’ai pas de préférence pour l’enseignement, mais mes étudiants m’ont aidé à apprécier ce que je faisais », dit-elle. Ghada travaille actuellement comme traductrice au Collège universitaire des sciences appliquées. Voir l’ensemble de ses articles ici.

4 juillet 2018 – We Are Not Numbers – Traduction : Chronique de Palestine

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