La presse occidentale participe activement à l’oppression des Palestiniens

Photo : Mohammed Zaanoun / Activestills.org
Des manifestants palestiniens se rassemblent près de la clôture de séparation au cours de la deuxième semaine de la Grande Marche du Retour, à l'est de Jabaliya, le 6 avril 2018 - Photo : Mohammed Zaanoun / Activestills.org
Ramzy BaroudLe terme « parti pris des médias » ne rend pas vraiment compte de la relation entre les médias dominants occidentaux et Israël à propos de la Palestine. La relation est, en effet, beaucoup plus profonde que la simple partialité. Ce n’est pas non plus l’ignorance. C’est une campagne calculée et sur le long terme visant à protéger Israël et à diaboliser les Palestiniens.

L’actuelle couverture honteuse des manifestations populaires dans Gaza prouve une fois de plus que la position des médias consiste, à n’importe quel prix et par tous les moyens, à masquer la vérité sur la Palestine.

La symbiose politique, les affinités culturelles, l’influence d’Hollywood et des groupes pro-israéliens et sionistes dans les cercles politiques et médiatiques, sont quelques-unes des explications que beaucoup d’entre nous ont toujours avancées pour expliquer pourquoi Israël est si souvent considéré avec sympathie et les Palestiniens et les Arabes de façon si négative.

Mais de telles explications ne suffisent plus. De nos jours, il existe de nombreux médias qui tentent de compenser une partie du déséquilibre, beaucoup émanant du Moyen-Orient mais aussi d’autres parties du monde. Les journalistes palestiniens et arabes, les intellectuels et les représentants de mouvements culturels sont plus présents que jamais sur la scène mondiale et sont plus que capables de faire face, sinon de vaincre le discours médiatique pro-israélien.

Cependant, ils sont largement masqués dans les médias occidentaux. C’est le porte-parole israélien qui continue d’occuper le devant de la scène, parlant, hurlant, théorisant et diabolisant à sa guise.

Ce n’est donc pas une question d’ignorance de la part des médias, mais de choix politique.

Même à la suite du 30 mars, quand des dizaines de Palestiniens à Gaza ont été tués et des milliers d’autres blessés, les médias américains et britanniques – pour ne prendre que ces exemples – auraient dû se demander pourquoi des centaines de tireurs d’élite et de chars israéliens devaient se déployer à la frontière de Gaza pour faire face à des manifestants palestiniens.

Au lieu de cela, ils ont évoqué des « affrontements» entre les jeunes de Gaza et les snipers, comme s’il était question de forces égales dans une bataille équilibrée.

Les médias occidentaux ne sont pas aveugles. Si les gens ordinaires sont de plus en plus capables de voir la vérité sur la situation en Palestine, des journalistes occidentaux expérimentés ne peuvent pas être aveugles à ce point. Ils savent… mais ils choisissent de se taire.

La maxime selon laquelle la propagande israélienne officielle ou hasbara est trop maligne ne suffit plus. En fait, ce n’est guère vrai.

Où est l’ingéniosité dans la façon dont l’armée israélienne a expliqué le meurtre de Palestiniens non armés à Gaza ?

« Hier nous avons vu 30 000 personnes », a tweeté l’armée israélienne le 31 mars. « Nous sommes arrivés préparés et avec des renforts précis. Rien n’a été effectué de manière incontrôlée; tout était précis et mesuré, et nous savons où chaque balle a atterri. »

Comme si cela ne suffisait pas, Avigdor Lieberman, le ministre de la Défense [fascisant] ultra-nationaliste d’Israël, en a rajouté à cet acte d’accusation en déclarant qu’il n’y avait « pas de personnes innocentes à Gaza », légitimant ainsi le meurtre de tout Gazaoui dans la bande assiégée.

La couverture médiatique injuste n’est pas alimentée par la notion simpliste d’ « Israël est malin, et les Arabes imprudents ». Les médias occidentaux participent activement à la défense d’Israël et à la remise en état de sa marque de fabrique en déclin, tout en démolissant minutieusement l’image des ennemis d’Israël.

Prenons, par exemple, la propagande sans fondement d’Israël selon laquelle Yasser Murtaja – le journaliste de Gaza assassiné de sang-froid par un tireur d’élite israélien alors qu’il couvrait les manifestations de la Grande marche du retour à la frontière de Gaza – était un membre du Hamas.

Tout d’abord, des « responsables sous couvert d’anonymat » en Israël ont prétendu que Yasser était « un membre de l’appareil de sécurité du Hamas ». Ensuite, Lieberman a fourni plus de détails (fabriqués de toutes pièces) selon quoi Yasser était sur la liste des employés rémunérés du Hamas depuis 2011 et « était un gradé ». Beaucoup de journalistes ont pris ces déclarations au pied de la lettre et les ont propagés, associant constamment au Hamas chaque propos sur la mort de Yasser.

Il s’est avéré que, selon le Département d’État américain, la start-up appartenant à Yasser à Gaza avait reçu une petite subvention de l’USAID, qui avait soumis la société de Yasser à une rigoureuse procédure de contrôle.

Plus encore, un rapport de la Fédération internationale des journalistes affirmait que Yasser avait été détenu et battu par la police de Gaza en 2015 et que le ministre israélien de la Défense était en train d’organiser une opération de dissimulation de la vérité.

A en juger par cela, l’appareil médiatique d’Israël est aussi erratique que celui de la Corée du Nord, mais ce n’est guère l’image véhiculée par les médias occidentaux, qui persistent à placer Israël sur un piédestal moral tout en avilissant les Palestiniens, quelles que soient les circonstances.

Mais l’approche des médias occidentaux à l’égard de la Palestine et d’Israël ne se limite pas à protéger et à rehausser l’image d’Israël tout en diabolisant les Palestiniens. Trop souvent, les médias s’efforcent de détourner l’attention des problèmes qui font que l’image d’Israël se détériore rapidement – comme c’est le cas en Grande-Bretagne aujourd’hui.

Pour rendre plus confus le discours sur la Palestine, l’occupant israélien avec le soutien inconditionnel du gouvernement et des grands médias britanniques, se sont violemment attaqués à Jeremy Corbyn, le très populaire dirigeant du Parti travailliste.

Les accusations d’antisémitisme ont pesé sur ce parti depuis l’élection de Corbyn en 2015. Pourtant, Corbyn n’a vraiment rien d’un raciste. Bien au contraire, il s’est opposé au racisme, tout en se se tenant aux côtés de la classe ouvrière et d’autres catégories défavorisés. Sa forte position pro-palestinienne en particulier, pourrait bien imposer un changement de vue sur la Palestine et Israël au sein d’un Parti travailliste revigoré et dynamisé.

Malheureusement, la contre-stratégie de Corbyn est presque totalement inexistante. Au lieu de publier une déclaration condamnant toutes les formes de racisme et de passer aux questions urgentes, y compris celle de la Palestine, il permet à ses détracteurs de déterminer la nature de la discussion, sinon tout le discours. Il est maintenant piégé dans une discussion sans fin, tandis que le Parti travailliste purge régulièrement ses propres membres pour un prétendu antisémitisme.

Considérant qu’Israël et ses alliés dans les médias et ailleurs, confondent la critique d’Israël et de son idéologie sioniste avec celle des juifs et du judaïsme, Corbyn ne peut pas gagner cette bataille.

Les supporters d’Israël ne sont en rien désireux de l’emporter. Tout ce qu’ils veulent, c’est simplement prolonger un débat sans objet pour que la société britannique fixe son attention sur ces faux problèmes et épargne à Israël une quelconque responsabilité pour ses actes.

Si les médias britanniques étaient, en réalité, désireux d’épingler le racisme et d’isoler les racistes, pourquoi alors y a-t-il si peu de débat sur les politiques racistes d’Israël qui ciblent les Palestiniens ?

Les médias continueront à fournir à Israël les marges nécessaires pour imposer ses politiques violentes contre le peuple palestinien, à l’abri de toute responsabilité morale. Ils resteront fidèles à Israël, plaçant une zone tampon entre la vérité et leurs lecteurs.

Il nous incombe de dénoncer cette sinistre relation, d’exiger des comptes aux médias dominants qui couvrent les crimes d’Israël, mais aussi en premier lieu à Israël pour avoir commis ces crimes.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

Articles du même auteur.

18 avril 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

1 Commentaire

  1. C’est bien dit concernant Corbyn ; il faut l’encourager, mais il doit aussi avoir tous les gens de son parti avec lui. Maintenant, il a encore son mot à dire, qu’il aille jusqu’au bout et de façon claire contre le sionisme. Je lui avais écrit il y a 2 ans bien que je ne sois pas anglaise.

Les commentaires sont fermés.