Les Palestiniens ne sont plus dupes

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Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres (G) avec le président de l'AP Mahmoud Abbas - Photo: ONU
Rima NajjarEn tant que Palestinienne, l’allocution de Mahmoud Abbas, prônant deux États, saluée par la presse comme « Rare discours prononcé par M. Abbas à la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU », me laisse dubitative.

Tout en pensant que l’on peut atteindre les objectifs du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) au moyen de plus d’un compromis politiques, y compris le scénario à deux États dans la Palestine historique comme remède à sa partition violente en 1948, je suis sceptique quant à la capacité ou la volonté de l’ordre international de réaliser cet objectif sans compromettre les droits humains fondamentaux des Palestiniens.

Je vous invite à lire ma réponse à la question « Pourquoi est-il si difficile de réformer le Conseil de Sécurité des Nations Unies ? ».

M. Abbas s’adresse à un ordre mondial impuissant à tenir tête à Israël – ordre également déterminé à défendre l’identité juive d’Israël et à promouvoir sa sécurité nationale. Ce sont les mêmes acteurs qui ont, indubitablement, trompé le peuple palestinien au cours des longues décennies d’Oslo.

Comme le rapport de la CESAO sur l’apartheid d’Israël le fait remarquer dans l’introduction,

« Les politiques, pratiques et mesures mises en œuvre par Israël pour imposer un système de discrimination raciale menacent la paix et la sécurité de la région. Les résolutions des Nations Unies ont depuis longtemps reconnu ce danger et appelé de leurs vœux une résolution au conflit afin de restaurer et de maintenir la paix et la stabilité dans la région. »

La reconnaissance ne s’est pour l’instant pas traduite en mesures concrètes, pour ce qui concerne l’ONU du moins.

En outre, au lieu d’unir tous les segments du peuple palestinien (qui est fragmenté comme condition imposée par Israël) derrière l’objectif de libération, M. Abbas collabore avec Israël et ses alliés dans l’aggravation du dénuement infligé aux Palestiniens dans la Bande de Gaza, – ceci afin de les pousser à renoncer à leurs objectifs politiques.

De telles manœuvres politiques de la part de M. Abbas ont, comme l’a exprimé Karma Nabulsi, ont perverti l’objectif du peuple palestinien:

« Le but des Palestiniens est de s’unir pour pouvoir lutter pour libérer leur terre et y retourner, et rétablir leurs droits humains inaliénables dont ils ont été dépouillés de force – principes inscrits depuis des siècles dans des traités internationaux, chartes, et résolutions, et la justice naturelle. »

La création d’un État juif en Palestine a dépossédé les Palestiniens arabes, contre leur gré, de leur terre et de leurs biens, ainsi que de leur droit fondamental à l’autodétermination dans leur propre patrie au profit de l’autodétermination des juifs du monde entier.

A mon avis, sans aborder la question de la légitimité d’Israël en tant qu’état juif en Palestine, il est peu probable que les Palestiniens accèdent un jour à l’autodétermination dans leur propre patrie. Le droit du peuple juif à l’autodétermination dans un État qui lui est propre est un droit reconnu internationalement aujourd’hui, mais un droit qui doit être contesté, ne serait-ce que d’un point de vue démographique en Palestine.

Comme l’a écrit Albert T. Clay dans le numéro de février 1921 de The Atlantic :

« Aller voir certaines des colonies juives les mieux établies ne manquera pas de susciter de la sympathie pour le sionisme économique. Aucun observateur impartial des événements passés n’imaginerait dresser des obstacles sur la route de ces juifs qui, étant persécutés dans certains pays, préfèrent vivre dans une communauté exclusivement juive ; ou qui, par sentiment historique, aspirent à résider dans une communauté de culture purement juive sur la terre de leurs ancêtres. Seul un fanatique s’opposerait à ce que le plus grand nombre possible de ces personnes puissent réaliser leurs vœux ; toutefois, il ne faut pas perdre de vue que, selon les estimations des experts ce tout petit pays ne peut subvenir aux besoins que d’environ un million et demi d’habitants supplémentaires, qui, s’ils étaient tous juifs, ne représenteraient qu’un dixième des quinze millions de juifs du monde entier. »

Les Palestiniens n’ont jamais été en position de négocier dans leur tragédie et pourraient aussi bien déclarer forfait – et mettre un terme au régime colonial d’apartheid sioniste dans toute la Palestine historique. Nous avons gâché suffisamment de temps à accepter des « solutions » fragmentaires pendant le soi-disant processus de paix qui ne nous a rien apporté sinon indicibles souffrances et barbarie.

* Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée. Ses articles sont publiés ici.

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21 février 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB