A l’occasion du G20, le criminel en chef saoudien va-t-il devoir rendre des comptes ?

Photo : Nations Unies
Un médecin soigne des enfants blessés par une frappe aérienne à Saada, au Yémen, le 9 août 2018 - Photo : Nations Unies
Al JazeeraHuman Rights Watch a soumis une demande d’enquête à l’Argentine avant l’arrivée de Mohammed bin Salman au sommet du G20.

L’Argentine a été fermement sollicitée pour interroger le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman pour des crimes de guerre au Yémen et pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Human Rights Watch, basé à New York, a déclaré avoir soumis lundi la demande au juge fédéral argentin Ariel Lijo.

Sarah Leah Whitson, directrice de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré que le groupe de défense des droits de l’homme s’était rendu en Argentine parce que le prince Mohammed, également, connu sous le nom de MBS, assistera à l’ouverture du sommet du G20 cette semaine à Buenos Aires.

La constitution argentine reconnaît la compétence universelle en matière de crimes de guerre et de torture, ce qui signifie que les autorités judiciaires peuvent enquêter sur ces crimes et engager des poursuites, quel que soit le lieu où ils ont été commis.

« Nous avons soumis ces informations aux procureurs argentins dans l’espoir qu’ils enquêteraient sur la complicité et la responsabilité de MBS pour de possibles crimes de guerre au Yémen, ainsi que sur la torture de civils, dont Jamal Khashoggi », a déclaré Whitson.

« L’Argentine dispose d’une base extrêmement solide pour examiner de près un très grand nombre de documents et de faits. Les peuples du monde entier attendent désespérément que ceux qui commettent des crimes terribles soient tenus responsables », a-t-elle déclaré à Al Jazeera.

Ni le bureau de Lijo ni le bureau du procureur d’Argentine n’ont répondu aux demandes de commentaires.

Les médias argentins ont déclaré, selon des sources judiciaires, qu’il était extrêmement improbable que les autorités engagent leur action contre le prince héritier, le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite.

Le meurtre de Khashoggi, éditorialiste du Washington Post et critique du prince héritier, le 2 octobre au consulat de Riyadh à Istanbul, a mis à rude épreuve les liens qui unissent l’Arabie saoudite et l’Occident et a terni l’image du prince Mohammed à l’étranger.

La pire crise humanitaire au monde

Les cas de recours à la compétence universelle ont connu du succès, notamment en 1998, lorsque le juge espagnol Baltasar Garzon a été en mesure d’ordonner l’arrestation à Londres de l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet.

« La présence du prince héritier au sommet du G20 à Buenos Aires pourrait faire des tribunaux argentins un moyen de réparation pour les victimes d’abus ne pouvant demander justice au Yémen ou en Arabie saoudite », a déclaré dans un communiqué Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.

Depuis mars 2015, la coalition dirigée par les l’Arabie saoudite et les Émirats a mené de nombreuses attaques aériennes aveugles contre des civils au Yémen, frappant des maisons, des écoles, des hôpitaux, des marchés et des mosquées. L’alliance a également imposé au Yémen un blocus maritime et aérien qui a sévèrement limité le flux de nourriture, de carburant et de médicaments destinés aux populations civiles.

L’ONU estime qu’environ 14 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, font face à la famine.

Les États-Unis et d’autres pays occidentaux ont de plus en plus appelé à la fin des combats pour faire face à la catastrophe humanitaire en cours, la plus grave au monde.

Mis sur le grill par le Sénat

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et le responsable du Pentagone James Mattis, informeront les sénateurs américains mercredi de l’évolution de la situation en Arabie saoudite.

Bob Corker, président de la commission des relations extérieures du Sénat, a déclaré aux journalistes que Pompeo et Mattis répondraient au Sénat au complet à 11 heures (16h00 GMT) lors d’une séance à huis clos.

Photo : Asma Ajroudi/Al Jazeera
Des centaines de personnes se sont rassemblées ce 27 novembre au centre de la ville de Tunis, pour protester contre la visite du criminel saoudien – Photo : Asma Ajroudi/Al Jazeera

Corker a également exprimé l’espoir que la directrice de l’Agence centrale de renseignement, Gina Haspel, soit présente.

La semaine dernière, Trump a qualifié l’Arabie saoudite de « partenaire indéfectible » et a soutenu qu’il n’était pas clair si le prince Mohammed était au courant du plan visant à tuer Khashoggi.

Les tensions sur l’Arabie saoudite et le Yémen étant exacerbées, M. Corker a déclaré qu’il était crucial d’entendre « les autorités à ce sujet ».

Le briefing intervient alors que le sénateur libéral Bernie Sanders a pris la décision de présenter une résolution, dès cette semaine, visant à mettre fin à la participation des États-Unis à la guerre au Yémen, quelques mois après l’échec de ses premières tentatives.

Corker a signalé qu’un soutien plus large pouvait se manifester cette fois-ci.

« Je sais assez bien ce que les gens pensent de l’Arabie saoudite, et je dirais que nous sommes dans un moment très, très différent de celui où nous avions empêché que cela se produise », a déclaré Corker.

« J’examine les options qui s’offrent à nous pour nous assurer que nous traitons aujourd’hui de manière appropriée avec l’Arabie saoudite, sur de multiples problèmes. »

Le sénateur républicain Marco Rubio a également exprimé sa préoccupation, affirmant qu’il avait soutenu l’implication des États-Unis dans la guerre comme moyen de contrôler l’influence de l’Iran et parce qu’il croyait que la technologie américaine vendue à l’Arabie saoudite permettrait d’éviter les massacres de civils.

« Malheureusement, cela ne s’est pas passé ainsi », a déclaré Rubio.

Certains législateurs américains ont également appelé à une réponse ferme des États-Unis au meurtre de Khashoggi, notamment en bloquant la vente d’armes et en imposant des sanctions.

27 novembre 2018 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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