Le New York Post et la Palestine

Photo : Nakba 1948 - archives
Nettoyage ethnique de la Palestine - Photo : Nakba 1948 - archives
Robert Fantina L’auteur de cet article ne lit pas le New York Post. Il veut le dire d’entrée de jeu, de peur que l’on puisse penser qu’il obtient des informations en lisant ce torchon. Il ne veut aucun malentendu sur ce point.

Cependant, de temps en temps, un article d’intérêt posté sur un autre site et initialement publié dans le New York Post, attire son attention,. Un tel événement malheureux s’est produit cette semaine.

L’article en question d’un certain Benny Avni est intitulé Pour obtenir un État, les Palestiniens devraient faire ce que les sionistes ont fait. De quoi intriguer cet auteur, c’est le moins qu’on puisse dire. Donc, avec une certaine appréhension, il a lu l’article en ligne.

Les mensonges et les omissions de cet article l’ont stupéfié. Il n’en mentionnera que quelques-uns :

« Le vote de l’Assemblée Générale de l’ONU du 29 novembre 1947, en faveur du partage de la Palestine n’a fait que prendre acte de la réalité. Les juifs avaient bâti leur état ; l’ONU a admis ce fait. »

Non, l’Assemblée générale a ordonné l’expulsion de plus de 750 000 Palestiniens, pour faire place aux Israéliens. Les Juifs n’avaient pas construit leur état. Ils possédaient environ 7% des terres en Palestine à cette époque. L’ONU voulait faire quelque chose pour la population juive, suite à la deuxième guerre mondiale. Qu’elle ait choisi de prendre la patrie de quelqu’un d’autre pour le faire est une tragédie toujours en cours.

« Au moment du vote pour le partage, un état était en place. »

Absolument faux. Quatre-vingt pour cent des Palestiniens ont dû être déplacés pour libérer de la place pour les Israéliens.

« Les Arabes, comme on les appelait dans le plan de partage de 1947, n’ont jamais vraiment entrepris les tâches requises pour devenir un état. »

La Palestine avait été un « état » pendant de nombreuses générations ; les Palestiniens n’avaient pas besoin d’entreprendre « les tâches requises pour devenir un état ». Il leur fallait résister à la prise de contrôle brutale, violente et immorale de leur nation.

« Au lieu de cela, ils ont lancé la guerre de 1948 pour défaire l’état juif naissant. »

Si les Nations Unies décidaient aujourd’hui de donner Manhattan aux réfugiés rohingyas, qui se font massacrer par dizaines de milliers dans leur patrie, les New-yorkais renonceraient-ils tout simplement à leur domicile, leurs affaires, leurs lieux de culte, leurs écoles et leurs universités? Seraient-ils prêts à laisser derrière eux des cimetières sacrés, des musées chers et d’autres lieux d’importance personnelle et culturelle? L’auteur en doute. Les Palestiniens n’étaient pas plus disposés à abandonner leurs biens, leur culture et leur mode de vie que les New-yorkais ne le seraient aujourd’hui.

« Mais voici la différence: en 1948, les sionistes ont déterminé qu’ils avaient toutes les éléments en place pour déclarer leur indépendance. »

Israël dissuade les autres nations de reconnaître la Palestine parce que, d’après Israël, la Palestine, n’est pas une nation auto-suffisante. C’est une déclaration exacte. Toutefois, la raison pour laquelle la Palestine n’est pas auto-suffisante c’est l’occupation brutale, illégale et immorale de la Cisjordanie par Israël, et le blocus tout aussi brutal et illégal de la Bande de Gaza, par Israël également. Le chômage y est parmi les plus élevés au monde, parce qu’Israël interdit l’entrée dans le pays aux fournitures de base nécessaires à la construction, à l’industrie et au commerce. Les agriculteurs palestiniens doivent obtenir d’Israël l’autorisation de planter ou de récolter des cultures sur leurs propres terres. L’autorisation est souvent accordée bien après la période de plantation, ou bien après que les cultures sont arrivées à maturation et ont pourri sur pied. S’ils peuvent planter et récolter en temps voulu, Israël interdit l’exportation des récoltes.

Il est interdit d’importer un matériau de base comme du béton, ce qui fait que des milliers de maisons et d’entreprises restent en ruines suite aux bombardements israéliens.

La raison pour laquelle la Palestine ne peut assumer sa place légitime au sein de la communauté internationale c’est parce que Israël l’empêche d’en avoir les moyens de le faire.

Par ailleurs, comment Israël a-t-il pu « prospérer » ? Ce n’est qu’avec des milliards et des milliards de dollars états-uniens. Si les États-Unis devaient donner des sommes équivalentes à la Palestine, au lieu de rien du tout, la Palestine serait, également, une nation dynamique et prospère.

« Dans les villes de Cisjordanie sous contrôle palestinien et dans la Bande de Gaza gouvernée par le Hamas, les divergences politiques sont résolues par la force. »

Voici une déclaration des plus énigmatiques. Le Fatah et le Hamas sont des parties séparées du gouvernement depuis plus d’une décennie. Si la force devait être utilisée pour résoudre ces « divergences politiques », le gouvernement aurait été uni depuis longtemps. Le fait que le Fatah soit la marionnette des États-Unis et d’Israël n’arrange rien.

« Mais dans ce qui s’appelait autrefois Palestine, un Etat juif prospérera, tandis que la partition, et la solution à deux États, attendra que les Palestiniens fassent preuve de cohérence ».

Non, ce qui s’appelait autrefois Palestine s’appellera de nouveau Palestine. Si Israël sous sa forme présente est un état « juif » – un état avec des lois spécifiques pour les Israéliens et des lois différentes pour tous les autres; un état dont les dirigeants prônent l’extermination des Arabes, et qui apprend à ses enfants à haïr– alors la réputation de plus en plus ternie de ce régime d’apartheid entache durablement toute l’identité juive.

La solution à deux états n’attend pas « que les Palestiniens fassent preuve de cohérence ». Elle attend que l’entité sioniste brutale dénommée Israël respecte le droit international et y adhère, se retire derrière les frontières décrétées (quoique immoralement) par l’ONU en 1947, et établisse un semblant de démocratie à l’intérieur de ces frontières, où les Israéliens et non-Israéliens, qu’ils soient arabes ou d’origine africaine, vivent sous les mêmes lois. Israël, aux politiques haineuses et haïssables, est à des années lumières de réaliser quoi que ce soit qui s’apparente de près ou de loin à la démocratie.

Il doit être évident pourquoi ce lecteur éprouve du dédain pour le New York Post. Toute publication soi-disant « d’information » qui publie un article contenant des distorsions et des mensonges, comme indiqué ci-dessus ne devrait pas être prise au sérieux par quelqu’un d’intelligent. Le soutien à Israël ne peut se maintenir que par des mensonges, que Benny Avni utilise abondamment dans cet article, et l’ignorance, dans laquelle se complaisent ses lecteurs. Des sondages montrent que le soutien à Israël chute rapidement partout dans le monde, même aux États-Unis, malgré les efforts de groupes de pression pro-israéliens puissants. Des articles tels que celui dont il est question ici font simplement partie des tentatives désespérées du sionisme de se réapproprier le récit, qui d’une manière ou d’une autre leur a échappé. Plutôt que de faire respecter les principes de justice, des droits de l’homme et du droit international, ils essaient de détourner l’attention en accusant la victime. En sa qualité de députée, de militante et d’universitaire palestinienne Hanan Ashrawi a dit « Les Palestiniens sont les seules personnes sur terre à qui l’on demande de garantir la sécurité de l’occupant, tandis qu’Israël est le seul pays qui exige protection de ses victimes. »

Le vent finit toujours par tourner en faveur de la justice. C’est ce que le monde voit se produire lentement en ce moment. Il se peut que la hasbara sioniste s’amplifie à mesure que ses auteurs se retrouvent acculés, mais elle ne peut arrêter la lente marche de la justice.

A3 * Robert Fantina est écrivain et journaliste, militant pour la paix et la justice sociale. Il vit au Canada et a écrit : Empire, Racism and Genocide : A History of U.S. Son site web

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1 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB