N-D de Paris, J. Assange, la planète, les migrants, etc…

Photo : Reseaux Sociaux
Julian Assange - Photo : Reseaux Sociaux
Daniel VanhovePourquoi l’incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris a-t-elle suscité une telle empathie de la part du public et de la plupart des médias face à une quasi indifférence constatée lors de l’arrestation de Julian Assange à l’ambassade de l’Équateur au cœur de Londres, quelques jours plus tôt ? Objectivement, entre les deux faits, s’il en est un qui aurait dû alerter les citoyens de manière massive, c’est sans conteste l’arrestation de J. Assange.

Or, au centre de la City, près de 7 ans après son enfermement contraint, lorsque les menaces d’expulsion se précisaient chaque jour un peu plus, il n’y a eu aucun mouvement de masse ou de rassemblement digne de ce nom qui aurait pu (peut-être) faire hésiter les autorités britanniques à intervenir comme elles l’ont fait. Et amener d’autres États à prendre le relais afin d’accorder enfin un asile politique à un journaliste qui n’a fait que révéler des vérités à propos des dérives criminelles de l’administration américaine, entre autres.

Aucun grand mouvement, aucun média, aucun parti politique, aucune association, syndicat ou ONG ne sont parvenus à mobiliser les citoyens sur les dangers d’une telle arrestation mettant à mal nos libertés fondamentales, si chères dans les discours de ceux qui n’ont de cesse de louer les « valeurs » inestimables de nos « démocraties » mais se comportent vis-à-vis d’elles comme des voyous, les fragilisant au fil du temps. Ainsi, l’arrestation de J. Assange s’inscrit en droite ligne dans ces pratiques gravissimes pour toute « démocratie » qui se respecte, actant du même coup des méthodes propres aux partis d’extrême-droite.

Comment les citoyens ne comprennent-ils pas que ces journalistes d’investigation et lanceurs d’alerte contraints de se cacher des gouvernements qui les poursuivent, se privent volontairement et en connaissance de cause de leurs libertés individuelles pour que nous puissions jouir des nôtres ?! Le fait même de devoir se cacher et vivre en clandestinité en dit long sur l’état de pourrissement avancé de nos « démocraties ».

Comment pendant sept ans, aucun Etat au monde n’est-il venu en aide pour épauler l’Équateur, isolé dans sa démarche et n’a jamais proposé de prendre le relais, offrant à J. Assange un asile politique comme la Russie l’a offert à Edward Snowden ?

Pire, début juillet 2013, rentrant d’une visite officielle à Moscou, la France, le Portugal, puis l’Espagne et l’Italie avaient refusé que l’avion du président bolivien E. Morales ne survole leurs pays (!) de peur qu’E. Snowden y soit dissimulé. L’Empire avait donné ses ordres, ses laquais se couchaient. Plusieurs pays d’Amérique latine avaient souligné l’humiliation que cela représentait à leur égard, de la part d’États vivant toujours dans leurs volutes coloniales.

Suite à l’arrestation de J. Assange, la réaction hypocrite a été de se tourner vers l’Équateur pour crier au scandale et pointer le nouvel ambassadeur nommé par le nouveau président comme seuls responsables de cette décision. Ce qui paraît pour le moins assez commode.

Sans doute l’actuel président de l’Équateur a-t-il peu de points communs avec son prédécesseur. Il a renoué avec le FMI et la Banque Mondiale pour un prêt de plus 10 milliards de dollars obtenus quelques heures après l’arrestation du journaliste. Ceci pourrait expliquer cela. Mais une fois ce constat dressé, pourquoi ce petit État devait-il à lui seul, faire face à la toute puissance américaine dont on sait bien la vengeance que son administration rêve d’infliger à J. Assange retenu tel un prisonnier pour avoir révélé les pires dérives et travers de l’administration US ?

En réalité, si nous avions vraiment conscience de l’état de délabrement de nos « démocraties » à la tête desquelles se trouvent de vrais voyous, il eût fallu sortir en masse et inonder les artères de nos villes, dans le monde entier.

Quand Notre-Dame s’est retrouvée dévorée par les flammes, des Parisiens se sont précipités pour assister à l’événement.

Certains se sont agenouillés, ont prié pendant que d’autres chantaient des psaumes et que sais-je encore. Les médias de tous les pays en ont fait leurs gros titres et les émissions radio & télé ont été modifiées pour mettre cet incident en ‘Une’ de leur programme. E. Macron, président d’une France qui n’a de cesse de rappeler le caractère laïc de l’État, est descendu sur les lieux, annulant une intervention télévisée pourtant attendue par les citoyens. Calculant déjà comment il allait pouvoir récupérer l’événement et rassembler un peuple qu’il n’a de cesse de diviser et dont une majorité le conspue.

Cela illustre, comme l’appellent certains, « la dictature de l’émotion » fonctionnant au quart de tour et à mille à l’heure. En quelques jours, ce « pays en faillite », d’après les plus hautes autorités, est parvenu à récolter pour près d’un milliard d’euros de dons. Les vieilles pierres passent avant les « sans-dents » puisque les unes sont source de revenus quand les autres sont « à charge » dans une société qui ne pilote plus qu’à vue financière.

Qu’y a-t-il de fondamentalement différent entre ces deux événements ? Lequel risque d’avoir un impact plus important que l’autre sur nos vies ? La différence de réaction entre les deux événements ne réside-t-elle pas dans ce que cela nous coûte vraiment au sens de notre engagement ?

En réalité, se battre pour que les lanceurs d’alerte – phares essentiels de nos « démocraties » malades d’un pouvoir mafieux, liberticide et policier – ne soient plus harcelés par les autorités et soient au contraire protégés dans nos pays nécessite une mobilisation de masse, exigeant des comptes de ceux qui ont la prétention de nous diriger. Un peu comme les Gilets Jaunes, encore que les chiffres restent décevants à l’échelle d’un pays comme la France. Preuve en est, la mobilisation qui se déroule de l’autre côté de la Méditerranée, et met dans les rues près de la moitié – vous lisez bien ! – de la population d’Algérie. Imaginez la moitié de la population française dans les rues, et l’on verrait sans doute d’autres résultats que les atermoiements d’un gouvernement qui perçoit bien la faiblesse du mouvement, avec tout le respect que j’ai pour ceux qui s’y sont engagés.

En d’autres mots, cela demande de notre part un engagement réel, un effort pouvant prendre parfois des mois avant d’obtenir gain de cause. Cela demande une assiduité et une endurance qu’il semble que nous ayons perdues. Mais, sortir dans la rue pour prier et chanter, et verser une poignée d’euros dans un élan général de solidarité bien orchestrée, combien cela coûte-t-il vraiment à ceux qui y participent, sachant que certains ont de suite flairé la possibilité de se faire un « pognon de dingue » sur une telle affaire ?

Il est à craindre que nous soyons devenus experts pour les causes qui ne nous engagent pas trop (le changement climatique, la planète, … en sont d’autres exemples, vagues causes dont les défenseurs ne vous diront pas que pour construire la charpente de leur cathédrale adulée, il a fallu abattre 21 hectares de forêt !) mais que dès qu’il s’agit de mouiller nos chemises, de nous y engager par de profondes remises en question de nos comportements quotidiens (l’usage inconsidéré du plastic par exemple) nous n’y accordons aucune attention. Se sentir concernés par un sujet, oui, mais surtout, qu’il ne nous coûte rien et ne bouscule pas trop nos petites habitudes.

En 2018, rien qu’en France, 566 SDF sont morts dans la rue, soit presque 2 par jour. Cela a-t-il suscité l’émoi, la solidarité, le versement d’une aumône de la part des belles âmes qui se sont répandues pour les vieilles pierres de Notre-Dame ? Et que dire des abus avérés dans l’Église sur des enfants dont les vies ont été brisées à jamais ? Y a-t-il eu un élan de solidarité pour les soutenir et exiger que l’Église leur verse des indemnités de compensation à hauteur des préjudices subis, en-dehors de quelques cas isolés ? Allons, tout cela manque de sérieux et ne revêt en fait, qu’un élan émotionnel aisé, parce qu’en termes d’engagement sur le terrain, il ne nous coûte rien !

Nos sociétés s’indignent pour des causes faciles, qui ne les dérangent pas trop, presque pour la forme, en mode « contestations-bobos »… qui ne changeront rien à rien tant que nous n’y mêlerons pas notre sueur et nos corps, puisque c’est bien tout ce qu’il nous reste, face à l’oppression que nous imposent nos gouvernements de délinquants !

Ce dimanche de Pâques 21 avril, 800 migrants se sont noyés d’un coup au large des côtes libyennes. Qui s’en est ému comme de Notre-Dame en feu ? Cela ne déclenche aucun mouvement de masse des populations pour exiger de nos riches Etats la cessation de leurs pratiques prédatrices pillant depuis des décennies les richesses de ces pays dont les populations vivent dans une misère que la plupart de nos belles âmes ne peuvent imaginer, ne laissant d’autre choix à ces miséreux que la tentative d’émigrer. Et quand certains arrivent chez nous, ils sont rejetés, traqués, poursuivis, chassés, emprisonnés. Et toute aide citoyenne est considérée comme « délit de solidarité ». Voilà où nous en sommes. Et il faut le voir bien en face pour arrêter de se raconter des histoires.

Cela n’est pas sans me rappeler que lors de l’Opération « Rempart de Protection » lancée par l’armée israélienne contre la population palestinienne en avril 2002, et se soldant par des milliers de morts et de blessés, ayant mis une fois de plus la région à feu et à sang, bombardant le QG du président Arafat à Ramallah, le Vatican n’avait réagi qu’après plusieurs semaines, quand cette armée d’occupation s’en était prise à la Basilique de la Nativité à Bethléem, la suppliant officiellement « de ne pas s’en prendre à ses murs » !

Chaque jour qui passe voit fleurir un nouvel article à propos de Notre-Dame de Paris. De son côté, Julian Assange est oublié. Plus personne n’en parle. Nos gouvernements s’en frottent les mains… tout peut continuer comme à l’habitude. Les bombardements sur des pays qui ne nous ont rien fait peuvent se poursuivre, le gotha verse sa larme sur Notre-Dame et les badauds applaudissent en chœur. Ne voyant pas que derrière cette mise en scène la Macronie peut sortir sans même passer par les habituels appels d’offres & soumissions, et insistant sur un délai de 5 ans pour sa réalisation, son projet immobilier qui attendait le bon moment pour faire de l’endroit le premier lieu touristique d’Europe, juste avant l’ouverture des Jeux Olympiques de 2024.

Une imposture de plus à l’ardoise des délinquants de l’État, et pour lesquels votent encore tant de citoyens. Décidément oui, l’on a bien les élus que l’on mérite !

a1* Daniel Vanhove est Observateur civil et membre du Mouvement Citoyen. Il a publié aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire : Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 et La Démocratie mensonge – 2008


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28 avril 2019 – Transmis par l’auteur.