La Palestine et son peuple feront les frais de la déloyauté de l’AP

Photo: Issam Rimawi via MEMO
L'ex-président palestinien Mahmoud Abbas et le président états-unien Donald Trump. - Photo: Issam Rimawi via MEMO
Ramona WadiNous ne savons toujours pas à quoi ressemble le soi-disant accord du siècle du président états-unien Donald Trump.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU mardi dernier, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’organisation internationale, Nikki Haley, n’a fait allusion qu’aux « détails réfléchis » et à la reconnaissance « que les réalités sur le terrain au Moyen-Orient ont changé de manière puissante et importante ».

Il n’en fallait pas plus pour que l’Europe lance l’avertissement suivant :

« L’UE est véritablement convaincue que la réalisation d’une solution à deux États fondée sur les frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux parties… est le seul moyen viable et réaliste de mettre fin au conflit et d’instaurer une paix juste et durable. »

La Russie lui a emboîté le pas, son représentant permanent auprès de l’ONU insistant qu’ « Aucun plan ne sera viable si l’on ne tient pas compte de la base internationalement reconnue du règlement du conflit au Moyen-Orient, aussi il est crucial de s’appuyer sur une solution à deux États. »

Le plan de Trump ne sera pas viable, mais le paradigme des deux États pas davantage. C’est irréaliste, et l’insistance internationale sur cette hypothèse a contribué à la poursuite de la colonisation israélienne du territoire palestinien. Pourtant, l’Autorité palestinienne invoque inlassablement la « solution à deux États », sans consulter le peuple palestinien dont les droits continueront d’être menacés, qu’en fin de compte ce soit l’accord de Trump ou le compromis à deux États qui soit imposé.

Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les acteurs politiques qui en profiteront aux dépens du peuple palestinien. Jusqu’à présent, le débat s’est concentré sur la question de savoir qui dominera le discours des pourparlers et les Palestiniens sont absents de cette équation.

Elle se réduit à une opposition entre le plan de Trump et l’hypothèse des deux états acceptée à l’échelle internationale, mais le plus important elle évacue les Palestiniens qui ont tout à perdre dans un cas comme dans l’autre. Les efforts constants pour énoncer ce que la Palestine implique et ce que les Palestiniens attendent des exigences internationales rendent le lien entre la Palestine et les Palestiniens plus tenu que jamais.

Le fait que la libération ne soit plus considérée comme une priorité par l’Autorité palestinienne prouve que les dirigeants légitimés par la communauté internationale ne manifestent aucune loyauté envers les revendications palestiniennes. Si la libération est considérée comme un objectif inatteignable, il est important de réexaminer le processus qui a dévalué ce qui aurait accordé ses droits au peuple palestinien, au profit de propositions délibérément évasives et de résolutions qui ont contribué directement à la colonisation permanente de la Palestine par Israël.

Il n’y a aucune chance que l’UE insiste pour l’imposition de deux états si le résultat accordait aux Palestiniens leurs droits. Pareillement, l’accord du siècle de Trump signifiera une autre forme de catastrophe ?

Pourquoi l’Autorité palestinienne est-elle disposée à tourner le dos à la proposition de Trump – à juste titre – tout en restant aveuglément attachée au cadre obsolète avancé par l’UE ? Il est possible de rejeter les deux pour la simple raison que ni l’un ni l’autre ne garantit de rendre la Palestine historique aux Palestiniens. Pourtant, le refus de l’Autorité palestinienne de s’engager auprès du peuple palestinien, et encore moins de relayer ses revendications, rend son existence négligeable si ce n’était le fait qu’elle crée une illusion de pouvoir empruntée aux entités qui exigent son assujettissement.

Entre-temps, les Palestiniens risquent de continuer à jouer leur rôle incongru pendant une longue période encore. Ils attendent pendant que les États-Unis et l’UE s’engagent dans une nouvelle bataille diplomatique avec l’Autorité palestinienne, qui défend fermement le droit de revendiquer des pertes politiques supplémentaires. Malheureusement, c’est la Palestine et son peuple qui paieront finalement le prix de la déloyauté de l’Autorité palestinienne envers eux.

Ramona Wadi* Ramona Wadi est rédactrice au Middle East Monitor où cet article a été publié en premier. Elle contribue régulièrement au PalestineChronicle.com.




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27 décembre 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB