La jeune Ahed Tamimi maltraitée par ses geôliers (vidéo)

Photo : al-Qods al-arabi
Décembre 2017 - Manifestation à Beyrouth en soutien à Ahed Tamami - Photo : al-Qods al-arabi
Jaclynn AshliLa vidéo montre l’interrogatoire d’Ahed Tamimi dans un centre de détention israélien.

On y voit des interrogateurs israéliens se moquer de l’adolescente durant l’interrogatoire, essayant de la faire parler et faisant des commentaires sur la couleur de sa peau.

Cette vidéo montrant une partie d’une session d’interrogation israélienne avec Ahed Tamimi, activiste adolescent emprisonné, a été rendue publique lundi lors d’une conférence de presse à Ramallah, montrant les tactiques d’interrogatoire d’Israël sur une adolescente âgée de 16 ans.

La vidéo montre une partie d’une séance d’interrogatoire de plus de deux heures le 26 décembre, avec la mineure au centre de détention israélien Shaar Binyamin en Cisjordanie occupée.

Les interrogateurs israéliens utilisent des menaces verbales et des techniques d’intimidation pour contraindre Ahed à coopérer avec les autorités israéliennes.

On voit des interrogateurs israéliens commentant la peau claire d’Ahed. « Ma petite soeur est blonde et ses yeux sont comme les tiens », a dit l’un des interrogateurs dans la vidéo, et il a demandé à Tamimi si sa peau devenait également rouge quand elle allait à la plage.

Harcèlement et menaces sur les proches

Ces tactiques ont été utilisées « juste pour l’amener à interagir avec les interrogateurs », a déclaré Bassem Tamimi, son père, aux journalistes lors de la conférence.

Ils ont également intentionnellement déformé le nom de sa mère Nariman pour l’obliger à dire quelque chose.

Tout au long de l’interrogatoire, Ahed a répondu uniquement : « Je choisis de garder le silence ».

Les interrogateurs ont menacé d’arrêter ses amis et sa famille si elle ne parlait pas, nommant ses proches à Nabi Saleh par leur prénom.

« Nous allons arrêter tout le monde dans la vidéo », a déclaré l’un des interrogateurs israéliens.

Ils ont continué: « Je ne veux pas avoir à amener ces enfants ici … Vous dites quelque chose, peut-être que nous n’en aurons plus besoin. »

Au moins un des cousins ​​d’Ahed nommé par les interrogateurs, Osama Tamimi, âgé de 22 ans, a été kidnappé près de deux mois après que son nom ait été mentionné par les interrogateurs.

Au moins 20 autres habitants, dont la majorité sont mineurs, ont également été enlevés dans le village depuis l’arrestation d’Ahed.

Sa mère, Nariman, qui a été enlevée quelques heures après Ahed quand elle est allée prendre de ses nouvelles au même centre de détention, a également été au centre des interrogatoires.

L’un des interrogateurs s’est référé à une séance d’interrogatoire précédente avec la mère de Tamimi: « Je lui ai dit la même chose que je t’ai dit: ‘Tu es une mère, tu devrais être à la maison avec ton mari, avec tes enfants’. »

Ahed a été kidnappée en décembre après qu’une vidéo la montrant donnant et gifle et des coups de pied à des soldats israéliens armés devant sa maison dans le village de Nabi Saleh, ait été très largement diffusée.

Elle a ensuite été accusée par un tribunal militaire israélien de 12 supposés actes d’agression et d’incitation [à la résistance] aggravés.

Peu de temps avant l’incident, Ahed venait d’apprendre que son cousin était dans le coma après avoir été abattu à bout portant avec une balle en acier enduite de caoutchouc qui l’avait frappé au visage.

Ahed a eu 17 ans dans la prison HaSharon d’Israël, où elle est détenue avec sa mère.

Le mois dernier, Ahed a été condamné à huit mois de prison, y compris le temps passé en prison, après avoir accepté un accord de « plaider coupable » [afin d’éviter une peine trop lourde] dans lequel la mineure acceptait quatre des 12 accusations initialement portées contre elle.

Après son enlèvement, Tamimi est devenue un symbole au niveau international sur le traitement des enfants palestiniens dans les prisons israéliennes.

« Un modèle des tactiques israéliennes d’interrogatoire »

En raison de l’âge d’Ahed, les autorités israéliennes sont tenues de fournir une partie des minutes d’interrogatoires à l’avocat de la défense, selon Bassem, le père d’Ahed, qui a assisté à la conférence de presse.

Dawoud Yusef, coordinateur du groupe de défense des droits des Palestiniens Addameer, a déclaré à Al Jazeera que la vidéo est « un exemple typique des tactiques d’interrogatoire utilisés contre les enfants palestiniens qui sont poursuivis devant les tribunaux civils et militaires israéliens ».

Privation de sommeil et maintien en isolement

Ces tactiques comprennent des menaces verbales contre les enfants et leurs proches, la multiplication de longues heures de séances d’interrogatoire, l’utilisation de « violence de bas niveau » et des séances d’interrogatoire juste après la nuit où l’arrestation a eu lieu, alors que les enfants sont souvent privés de sommeil.

Dans le cas d’Ahed, au cours des 10 premiers jours d’interrogatoire, la mineure a été maintenue à l’isolement et a été transférée plusieurs fois entre les prisons israéliennes, ce qui peut causer un épuisement et un stress sérieux.

Selon Bassem, Ahed serait également incarcérée avec des criminels israéliens, qui la menaceraient et lui feraient peur.

À un moment donné, Ahed a été interrogée après avoir été privé de sommeil durant 40 heures. Les séances d’interrogatoire ont duré jusqu’à 12 heures, selon Bassem.

« L’effet prévu de ces techniques est de briser la capacité de l’enfant à résister aux interrogateurs, et de lui arracher une confession ou l’information désirée », a déclaré Yusef.

La majorité des enfants palestiniens cèdent sous les interrogatoires israéliens. La plupart signent une confession, souvent écrite en hébreu, langue que la plupart des Palestiniens de Cisjordanie ne comprennent pas, a déclaré Yusef à Al Jazeera.

Ces tactiques peuvent affecter les enfants longtemps après la fin des interrogatoires, a encore expliqué Yusef.

Addameer a documenté des cas où « les enfants sont incapables de dormir chez eux par peur de futures arrestations, incapables de se concentrer à l’école, et portent un sentiment d’angoisse écrasant sur eux-mêmes et la fragilité de la situation de leurs familles.

Un modèle de résistance

Cependant, dans le cas d’Ahed qui a grandi dans un village politiquement actif souvent pris pour cible par les forces israéliennes, celle-ci a refusé de parler pendant toute la durée de ses interrogatoires avec les autorités israéliennes.

Bassem Tamimi a déclaré que ces tactiques ont été utilisées sur Tamimi afin de « briser le symbole qu’Ahed a créé à travers sa résistance à l’occupation ».

« Nous voulons réitérer le message d’Ahed et le message de sa génération : nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des combattants pour la liberté de notre peuple », a déclaré Bassem Tamimi.

Cette vidéo montre comment Israël « cible l’enfance » des Palestiniens, a-t-il ajouté.

Grâce à la résistance d’Ahed, « nous voulons dire aux mères et aux pères que leurs enfants sont forts et qu’ils peuvent affronter et combattre cette occupation », a encore déclaré Bassem Tamimi. « Il n’y a pas de paix sous cette occupation et il n’y a pas de silence sous cette occupation. »

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9 avril 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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