Israël tire sur des enfants, et les laisse se vider de leur sang

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Les parents d'Ali al-Ashqar pensent qu'Israël a empêché les médecins de soigner leur fils - Photo : Abed Zagout
Sarah AlgherbawiLes parents d’Ali al-Ashqar sont convaincus qu’Israël a empêché les médecins d’arriver jusqu’à leur fils pour le soigner.

Ali al-Ashqar venait de lancer une pierre quand on lui a tiré dessus. Le jeune homme de 17 ans s’est immédiatement effondré sur le sol.

Nabil Masoud se tenait à proximité. Avec deux secouristes, il s’est précipité pour essayer d’aider Ali.

« Mais le tireur d’élite israélien a commencé à tirer sur quiconque s’approchait de l’enfant », a déclaré Masoud. « Pendant environ 17 minutes, personne n’a pu parvenir jusque Ali. Il était clair que le soldat israélien voulait que l’enfant se vide de son sang et meurt. Et c’est ce qui s’est réellement passé. »

Finalement, les secouristes ont pu parvenir jusqu’à Ali. Mais c’était trop tard.

L’autopsie a confirmé qu’il avait reçu une balle dans la poitrine, qui était ressortie par le cou. Il avait également été touché par des fragments de balles tirées dans sa direction.

Ali a été tué lors de la Grande Marche du Retour le 6 septembre. Il se trouvait à environ 80 mètres de la clôture séparant Gaza d’Israël.

« Il souffrait tout le temps »

Surnommé Guérilla, Ali était un membre actif de la Grande Marche du retour, qui exige que les réfugiés palestiniens soient autorisés à retourner dans les foyers dont ils ont été expulsés en 1948. Il avait déjà été blessé cinq fois lors des manifestations, qui ont été lancées en 2018.

En juillet de cette année, Ali avait reçu une balle dans la jambe lors d’une de ces manifestations. Il devait subir une intervention chirurgicale pour sa blessure à la jambe à l’hôpital Indonesia, dans le nord de Gaza, le 7 septembre – le lendemain de sa mort.

Il se trouve que c’est à l’hôpital Indonesia que son corps a été emmené pour l’autopsie.

Depuis qu’il avait reçu une balle dans la jambe, Ali « souffrait tout le temps », dit son père Sami. « Il ne pouvait dormir qu’en prenant des antidouleurs. »

Ali avait trois frères et une sœur, il était l’aîné des garçons de la famille.

« Mon fils avait un fort tempérament, » dit Sami. « C’était davantage un jeune homme qu’un enfant dans sa façon de d’aborder la vie. Je l’ai toujours encouragé à devenir policier ; il avait la personnalité qu’il fallait. C’était plus qu’un fils, c’était mon ami. »

La plupart des membres de la famille al-Ashqar ont participé activement à la Grande Marche du Retour. Ils s’identifient pleinement à ses objectifs ; la famille est originaire de Barbara, village de la Palestine historique, qui a été nettoyé ethniquement par l’armée israélienne au cours des derniers mois de 1948.

« Ce n’était pas un accident »

Ali était très proche de sa grand-mère Fatima et lui avait rendu visite avant d’aller à la Grande Marche du Retour le 6 septembre.

Fatima a mené la procession aux funérailles d’Ali – comme elle l’avait fait lorsque son propre fils Iyad avait été tué par l’armée israélienne lors de la première Intifada.

Il y a des similitudes frappantes dans la façon dont les deux garçons sont morts.

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Fatima al-Ashqar n’a pas pu sauver son fils Iyad, qui a été abattu par l’armée israélienne en 1988 – Photo : Abd Zagout

Iyad a reçu dans la tête une balle tirée par un soldat israélien qui occupait Gaza en février 1988. Il faisait partie d’un groupe d’enfants et de jeunes qui jetaient des pierres sur les troupes israéliennes.

Quand sa mère a pu arriver jusqu’à lui, Iyad était déjà mort. Un autre enfant avait été blessé et gisait à côté de lui.

Fatima a utilisé son foulard pour arrêter l’hémorragie de l’enfant blessé.

« Je n’oublierai jamais ce qui s’est passé, dit Fatima. « Ali a été tué un vendredi. Et j’ai aussi perdu mon fils un vendredi. »

La mère d’Ali, Huda, est toujours sous le choc. « Quand j’ai appris ce qui était arrivé à Ali lors de la Marche, j’ai su qu’Israël l’avait tué délibérément », a-t-elle dit. « Ce n’était pas un accident. »

Huda doit donner naissance à un petit garçon dans deux mois. Elle a l’intention d’appeler son nouvel enfant Ali – en l’honneur du frère qu’il ne connaîtra jamais.

Près de 50 enfants ont été tués par Israël au cours de la Grande Marche du Retour.

Le gouvernement israélien a implicitement admis que les tireurs d’élite tirent pour tuer les manifestants de Gaza, y compris les enfants. En juillet 2018, Avigdor Lieberman, alors ministre de la défense d’Israël, a qualifié de « terroristes » tous ceux qui étaient morts, jusque-là, dans la Grande Marche du Retour.

Cet aveu – peut-être fait par inadvertance – est en totale contradiction avec la prétention d’Israël qui se targue de posséder « l’armée la plus morale du monde ».

« Ils voulaient qu’il meure »

Ali al-Ashqar était l’un des deux enfants tués par Israël le 6 septembre. L’autre enfant qui devait mourir s’appelait Khalid al-Rabai, il avait 14 ans.

Khalid s’était rendu à la manifestation à Malaka – zone à l’est de la ville de Gaza – accompagné de son ami Yahia Abu Shawaish. Les deux garçons ont passé une paire d’heures ensemble, mais se sont trouvés séparés plus tard dans l’après-midi.

Peu après 17 heures ce jour-là, les forces israéliennes ont tiré à balles réelles sur un groupe de manifestants, dont Khalid.

Mahmoud Musallam, secouriste, a entendu un manifestant crier à l’aide lorsqu’un enfant était tombé au sol.

« Au début, nous n’avons pas été en mesure de nous approcher de l’enfant blessé à cause des tirs intensifs », a déclaré Musallam. « Nous avons dû attendre environ 13 minutes avant de pouvoir l’atteindre. »

Les secouristes ont évacué Khalid de la scène. On lui avait tiré dessus et il avait perdu une quantité considérable de sang. Les secouristes ont vérifié s’il y avait des signes de vie, mais ils n’en ont pas trouvé.

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La famille de Khalid al-Rabai, un garçon qu’Israël a assassiné avec trois balles – Photo : Abed Zagout

« Un enfant d’environ 35 kilos a été abattu de trois balles », a déclaré M. Musallam. « Et ce qui est choquant, c’est que les Israéliens ont empêché les secouristes d’arriver jusqu’à lui. Ils voulaient qu’il meure. »

Khalid était le second fils de sa famille ; il avait trois frères et deux sœurs.

« Il portait des vêtements neufs que je lui avais achetés « , dit Rania, la mère de Khalid. « J’ai d’abord refusé qu’il les porte parce qu’ils allaient se salir. Mais il a insisté. Quand je lui ai acheté les vêtements, je ne m’attendais pas à qu’il soit enterré avec. »

Khalid voulait devenir footballeur professionnel. Il rêvait de gloire sportive lorsqu’il jouait au foot dans le quartier.

« Mon fils a été tué de sang froid », dit son père Iyad. « Israël l’a laissé perdre son sang jusqu’à ce qu’il meure. Je ne sais pas pourquoi. »

Sarah Algherbawi est une écrivaine et traductrice indépendante de Gaza.
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20 septembre 2019 – The Electronic Intifada – Traduction: Chronique de Palestine – MJB