Pourquoi Israël a peur du mouvement « Black Lives Matter »

BLM Palestine
Des militants de Black Lives Matter organisent une manifestation devant à l'Université de Harvard, le dimanche 7 décembre 2014 - Photo : Tess Scheflan/Activestills.org
Hilary AkedPourquoi Israël, un État hautement militarisé du Moyen-Orient, a-t-il peur de Black Lives Matter (BLM), une campagne contre la violence raciste et policière aux États-Unis ?

La réponse tient en trois éléments. Tout d’abord, les militants liés au mouvement des Black Lives Matter ont établi des parallèles directs entre la violence étatique et raciste vécue par les Palestiniens sous les coups de l’armée israélienne, et celle à laquelle sont soumis aux mains de la police américaine les Afro-Américains.

Faisant une connexion explicite, la campagne Black Lives Matter reprend le slogan « Quand je les vois, je nous vois ». De même, le groupe The Dream Defenders lié à BLM, a déclaré que « la lutte contre l’apartheid israélien » est « inséparable de la lutte contre le racisme en Amérique« .

En abordant ainsi les points fondamentaux des deux situations, les dynamiques racistes sous-jacentes sont mises à nu. Dans ce contexte, les pratiques israéliennes consistant à porter le blâme sur les victimes sont sévèrement compromises alors que les ennemis communs des mouvements pour la justice sont mis en évidence. Par exemple, il est connu depuis longtemps que la police américaine est formée par des Israéliens dans les opérations « contre le terrorisme ».

De même, les bombes de gaz lacrymogènes utilisées à Ferguson sont issues de la même société américaine que celle qui fournit ces soi-disant munitions « non mortelles » à l’armée israélienne pour être utilisées en Cisjordanie. Ainsi, la délégation BLM qui a visité le village palestinien de Bil’in en août avait organisé sa visite aussi dans le but de manifester son opposition aux marchands et fabricants d’armes qui tirent leurs bénéfices de la répression à travers le monde.

La deuxième raison pour laquelle Israël est terrifié à l’idée de ces initiatives, c’est que BLM apporte une nouvelle et plus large audience au mouvement de solidarité avec la Palestine. En particulier, il renforce les liens entre les communautés de couleur et la campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS).

Lorsque le Movement for Black Lives – un groupe qui chapeaute plus de cinquante organisations dont le réseau BLM et le Centre pour les droits constitutionnels – a publié plus tôt cette année sa plate-forme politique intitulée A Vision for Black Lives, il a qualifié Israël « d’État d’apartheid », notant que celui-ci a mis au point « plus de cinquante lois qui institutionnalisent la discrimination contre le peuple palestinien ».

Dans la partie traitant de politique étrangère, le mouvement a également parlé de « génocide » des Palestiniens par Israël, et appelé à la fin de l’aide militaire américaine, exprimant son opposition aux législations anti-BDS qui balaient les États-Unis.

Cela montre l’importance acquise par la solidarité avec les Palestiniens et le soutien à la campagne BDS, les deux s’inscrivant dans un programme plus large de politique progressiste. BLM peut difficilement être accusé de « singulariser » Israël car il met l’accent, bien évidemment, sur les États-Unis. Mais il appelle également à mettre fin à l’aide américaine au gouvernement égyptien et à se désinvestir de l’exploitation des combustibles fossiles.

Néanmoins certains sionistes libéraux américains ont exprimé leur grande inquiétude – affirmant qu’ils voulaient soutenir BLM mais qu’il trouvaient cela difficile compte tenu de la position officielle du mouvement sur Israël et la Palestine. Cette attitude révèle leur hypocrisie et leur soutien au système ethnocratique israélien.

Cependant, de nombreux juifs américains se sont en conséquence simplement éloignés des groupes pro-Israël et ils continuent à soutenir BLM, avec parmi eux Jewish Voice for Peace qui a approuvé l’ensemble de la plate-forme BLM et qui soutient la campagne BDS.

En revanche l’avocat pro-israélien américain Alan Dershowitz a critiqué BLM et a exigé que le mouvement « annule sa déclaration anti-Israël ». Il y a même eu des attaques et accusations de la part du American Jewish Committee disant que la position adoptée par BLM était « antisémite ».

Les accusations de racisme portées contre les gens de couleur qui font preuve de solidarité avec les Palestiniens semblent également être de plus en plus courantes au Royaume-Uni, où BLM a également vu le jour. Malia Bouattia – une militante anti-raciste de longue date et qui préside l’Union nationale des étudiants – a été prise pour cible à cause de commentaires critiques sur le sionisme.

Mais les expressions massives de soutien dans la défense de Bouattia suggèrent que les temps peuvent être en train de changer. Ceci est le troisième facteur sous-jacent de la crainte d’Israël face à BLM : une inquiétude lancinante que, sur le long terme, BLM puisse être un symptôme et un catalyseur d’un processus gigantesque de réalignement des rapports de force, enracinés depuis si longtemps selon des critères racistes des deux côtés de l’Atlantique.

Dans les années 1980 une augmentation du nombre de membres élus noirs au Congrès a contribué à la croissance du mouvement pour isoler l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui, un plus grand nombre d’institutions politiques représentatives, américaines et britanniques – ayant plus de gens de couleur dans des positions de responsabilité – pourrait influencer profondément la politique américaine et britannique au Moyen-Orient.

La perspective que soit mis fin à une politique d’impunité de longue date, est le spectre qui hante les partisans d’Israël lorsqu’ils assistent à la montée en puissance du mouvement Black Lives Matter.

Hilary Aked* Hilary Aked est un analyste et chercheur dont les études de doctorat se concentrer sur l’influence du lobby israélien au Royaume-Uni. Suivez-la sur Twitter: @Hilary_Aked

27 octobre 2016 – TheNewArab – Traduction : Chronique de Palestine