Anticipant les procès internationaux, Israël établit dans le secret sa liste de criminels de guerre

Photo : Mohammed Zaanoun
Les enfants de la famille Shabir ont été massacrés le 17 juillet 2014 dans une frappe aérienne israélienne - Photo : Mohammed Zaanoun

Par Ramona Wadi

La Cour pénale internationale (CPI) s’est mise en congé sans se prononcer sur la question de savoir si les responsables israéliens seront jugés pour crimes de guerre contre le peuple palestinien depuis 2014, date à laquelle Gaza a été ravagée lors de l’Opération Protective Edge.

Israël dispose maintenant d’un délai supplémentaire jusqu’à la date prévue du procès pour se préparer à toute action éventuelle prise par La Haye. Il a apparemment déjà établi une liste d’officiels susceptibles d’être poursuivis pour crimes de guerre.

Selon Haaretz, la liste contient les noms de 200 à 300 responsables israéliens, dont très probablement le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz.

La liste a été établie dans le plus grand secret, notamment parce que, comme le souligne Haaretz, « le tribunal est susceptible de considérer une liste de noms comme un aveu officiel israélien de l’implication de ces fonctionnaires dans les incidents faisant l’objet de l’enquête ».

La seule existence de la liste est susceptible d’être considérée comme un aveu de fait.

Cependant, ce qui doit changer au niveau international, c’est la reprise du discours sécuritaire d’Israël. La mention claire par la CPI de crimes de guerre, par opposition à des crimes de guerre présumés – cette dernière expression étant utilisée par de nombreuses organisations de défense des Droits de l’homme et par laquelle l’impunité israélienne a toujours été entretenue – devrait inciter à une nouvelle évaluation du comportement d’Israël et de sa violence d’État.

Lors de cette offensive militaire de 2014 contre les Palestiniens à Gaza, la communauté internationale s’est empressée de mettre en avant « le droit d’Israël à se défendre » alors même que des civils palestiniens étaient massacrés. Jusqu’à présent, l’ONU n’a jamais considéré les Palestiniens comme autre chose qu’un détail statistique servant de base à ses prétendues entreprises humanitaires.

Le fait dominant est qu’Israël est une entité coloniale, mais cela a été éliminé du discours diplomatique international, au détriment du peuple palestinien. D’où les divergences lorsque l’on parle des violations perpétuelles d’Israël contre les Palestiniens… En refusant d’inclure le contexte coloniale, la communauté internationale élimine les fondements de ce qui a maintenant été clairement décrit par la CPI comme des crimes de guerre.

La liste elle-même suggère une culpabilité, admise plus ou moins ouvertement par le fait même de son établissement. Si les enquêtes criminelles relèvent de la compétence de la CPI, il appartient à la communauté internationale de les mener à bien, plutôt que de se contenter de reprendre à son compte les excuses d’Israël pour sa violence.

L’annexion prévue de la Cisjordanie occupée en est un exemple. Les responsables israéliens craignent que la mise en œuvre des plans d’annexion ne soit préjudiciable à Israël, d’autant plus que l’expansion des colonies est considérée comme la preuve la plus solide des crimes de guerre.

Malgré cela, la communauté internationale ne s’est toujours pas unie contre la possibilité que de nouveaux crimes de guerre soient commis contre le peuple palestinien, et a limité sa réponse à des déclarations en boucle disant que l’annexion est contraire au droit international.

Israël n’a jamais, au grand jamais, tenu compte de ce genre de déclarations. La possibilité d’une enquête de la CPI, cependant, met en évidence qu’Israël sait qu’il a commis des crimes de guerre et se prépare à protéger les auteurs de ces crimes des poursuites internationales.

Si l’ONU se préoccupe réellement de la défense des Droits de l’homme, elle devrait saisir l’occasion pour s’abstenir de soutenir et de reprendre le discours d’Israël – qui lui-même viole le droit international – sur la sécurité et la « légitime défense ». Elle devrait adopter une position ferme contre Israël et son plan d’annexion et s’en tenir à l’admission claire par la CPI que l’expansion coloniale est un crime de guerre.

L’ONU, cependant, ne peut le faire sans tenir compte de sa propre complicité dans le maintien de la violence coloniale d’Israël, d’où l’absence d’un discours cohérent sur les Droits de l’homme qui soutiendrait une éventuelle enquête criminelle au niveau international.

* Ramona Wadi est rédactrice au Middle East Monitor. Écrivain, chercheuse et journaliste indépendante, elle est également critique. Ses écrits couvrent une série de thèmes en relation avec la Palestine, le Chili et l’Amérique latine. Elle contribue régulièrement au PalestineChronicle.com. Consultez son site internet.

21 juillet 2020 – Middle East Monitor – Traduction: Chronique de Palestine

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