Grande Marche du Retour : un vendredi dédié à la « jeunesse rebelle »

Photo : Omar Sameer/Activestills.org
Photo : Omar Sameer/Activestills.org
Mohammed MoussaSans se laisser décourager par la violence israélienne, les manifestants de la Grande Marche du Retour à Gaza prévoient de démanteler la clôture de séparation elle-même, rapporte Mohammed Moussa.

La collaboration des jeunes et des organisations qui contribuent à la Grande Marche de Gaza a déclaré que le 27 avril serait le « vendredi des jeunes rebelles » – dédié aux 40 manifestants qui ont été abattus lors des manifestations à ce jour.

Plus de la moitié – exactement 27 – des personnes tuées étaient âgées de 30 ans ou moins.

Le dernier tué a été le journaliste Ahmed Abu Hussein, âgé de 25 ans, qui a succombé à ses blessures dans un hôpital à l’extérieur de Tel-Aviv mercredi après-midi.

Alors que la « marche » s’achemine vers son quatrième vendredi, les organisateurs se préparent à une escalade de la violence par les Israéliens, malgré leur volonté déclarée de manifester pacifiquement.

Le point culminant de la mobilisation sera le 15 mai – le lendemain de l’ouverture officielle de l’ambassade des États-Unis dans la ville de Jérusalem (la mission diplomatique américaine opère actuellement à Tel-Aviv), premier jour de la fête musulmane du Ramadan et 70e anniversaire de la Nakba, quand plus de 700 000 Palestiniens ont fui ou ont été forcés de quitter leur foyer pour faire place à la création de L’État colonial sioniste.

Selon Khaled al-Batsh, organisateur de la marche au camp d’al-Awda dans le camp de réfugiés de Jabalia, où vivait Ahmed Abu Hussein, les manifestants seront invités ce jour-là à se déplacer vers la clôture et à la déraciner.

Et tout en reconnaissant que la réponse sera probablement « plus sanglante » de la part des soldats israéliens, il insiste sur le fait que lui et les autres organisateurs continueront d’exiger que les manifestations restent pacifiques.

« Nous nous livrerons à des activités pacifiques pour revendiquer notre droit à retourner sur nos terres, contrairement aux affirmations des Israéliens, qui nous présentent comme violents », a déclaré M. al-Batsh, ajoutant que des ateliers de formation se tiendront dans les tentes le long de la clôture, afin d’enseigner l’importance de la tactique de la résistance non-violente.

Parmi les activités prévues demain, le « vendredi de la Jeunesse Rebelle », se trouve la libération de centaines de ballons portant les photos des manifestants tués.

Les responsables des forces israéliennes d’occupation affirment que les manifestations sont menées et contrôlées par le Hamas [résistance islamique], et croient ainsi pouvoir arrêter la marche en lançant une campagne de bombardements des représentations du mouvement du Hamas, des postes de police et d’autres installations.

Cependant, alors que les représentants du Hamas sont effectivement impliqués dans le comité d’organisation, al-Batsh et d’autres responsables insistent sur le fait que le mouvement Hamas ne contrôle pas les activités du dit-comité.

Ahmed Abu Erteima, membre du comité de coordination de la Grande Marche du Retour, a approuvé et déclaré : « En poursuivant [la mobilisation] tout au long de ces semaines – depuis le lancement des manifestations le 30 mars – nous avons montré au monde que nous protesterons jusqu’à ce que nous obtenions notre liberté et notre dignité ».

Les organisateurs demandent aux Nations unies et à son Conseil des droits de l’homme de lancer une enquête sur les 40 morts à ce jour, ainsi que sur les 5511 personnes qui ont été blessées.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, les blessés comprennent 3369 personnes traitées dans les hôpitaux. Les autres blessés ont reçu les premiers soins sur place même. La plupart des personnes nécessitant une hospitalisation ont été touchées par des tirs à balles réelles.

Outre les journalistes, le personnel médical portant des vêtements clairement identifiés a été pris pour cible. Le Centre Al-Mezan pour les droits de l’homme rapporte que 79 infirmiers ont été blessés à ce jour, dont cinq par des tirs à balles réelles. Vingt ambulances ont également été endommagées.

Le centre a confirmé que les opérations de ciblage ont été effectuées en plein jour sans aucun obstacle qui aurait pu gener la vision des snipers, de sorte que rien ne justifiait les tirs.

Abed Alrazaq Ibrahim, un infirmier âgé de 35 ans, était l’un de ceux pris pour cibles. « A 14h30 le vendredi 6 avril, alors que je transférais les blessés à l’est de Rafah, mes collègues et moi nous occupions d’un certain nombre de personnes qui avaient inhalé du gaz. « Après être entré dans l’ambulance, j’ai ressenti une douleur intense dans la jambe droite et j’ai mis ma main derrière le genou droit, j’ai trouvé du sang et j’ai réalisé que je saignais abondamment, alors j’ai appuyé ma main sur la plaie et dit à mon collègue Musa que j’étais blessé. »

La quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (1949) assure une protection spéciale pour l’évacuation et le transport des blessés des lieux d’affrontements et des personnes chargées de fournir des soins physiques et psychologiques.

« Les forces d’occupation doivent être tenues pour responsables », ont déclaré les organisateurs dans un communiqué commun.

Et ils ont le soutien de tous les manifestants. Khalid Hamodona, un manifestant de 40 ans qui se trouve dans l’un des camps avec sa femme et ses quatre enfants, a déclaré: « Nous appelons la Cour pénale internationale à ouvrir une enquête sur les crimes de l’occupation et nous demandons à la communauté internationale de nous assurer une protection internationale lorsque nous affirmons nos droits. »

* Mohammed Moussa écrit pour We Are Not Numbers dans la bande de Gaza.

26 avril 2018 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine