Gideon Levy est-il l’homme le plus détesté en Israël ou simplement le plus héroïque ?

Gideon Levy
Gideon Levy
Une interview par Johann Hari Cette entrevue date de 2010. Bien qu’elle évoque des « pourparlers de paix » en cours – véritable mascarade – elle reste d’une actualité terrible car la situation décrite par Gideon Levy n’a fait qu’empirer avec une colonisation ininterrompue des terres palestiniennes, le tout ponctué de massacres commis par Israël à l’encontre de la population palestinienne.

Gideon Levy est l’homme le plus détesté en Israël, et peut-être le plus héroïque. Ce « gentil garçon de Tel Aviv », enfant sérieux et sobre de l’état juif, a été pris pour cible par les Forces de Défense israéliennes à plusieurs reprises, a été menacé d’être « battu à mort » dans les rues du pays, et a fait l’objet de demandes de la part de ministres du gouvernement de le placer sous étroite surveillance car considéré comme « risque sécuritaire ». Et ceci parce qu’il a fait quelque chose de très simple, et que presque aucun autre Israélien n’a fait. Depuis trois décennies, il se rend presque chaque semaine dans les Territoires Occupés et rapporte ce qu’il y voit, franchement et sans propagande. « Ma modeste mission, » dit-il « est d’empêcher que de nombreux Israéliens puissent dire, ‘Nous ne savions pas.’  » C’est pour cette raison que de nombreuses personnes veulent qu’il soit réduit au silence.

L’histoire de Gideon Levy – et la tentative de ridiculiser, de supprimer ou de nier ses paroles – est l’histoire distillée d’Israël. S’il perd, Israël lui-même est perdu.

Je le rencontre dans un bar d’hôtel en Écosse, dans le cadre de sa tournée européenne de promotion de son nouveau livre, « The Punishment of Gaza ». Cet homme de 57 ans ressemble à un intellectuel d’Europe de l’Est un jour de repos – grand et large, vêtu de noir et parlant un anglais avec un accent d’une voix de baryton lyrique. Il semble tellement à l’aise dans le monde des festivals du livre et du café noir qu’il est difficile, au début, de l’imaginer la dernière fois qu’il était à Gaza – en novembre 2006, avant que le gouvernement israélien ne modifie la loi pour l’empêcher d’y aller.

Ce jour-là, il a fait un reportage sur un assassinat, l’un des centaines qu’il a rapportés au fil des ans. Alors que vingt jeunes enfants arrivaient dans leur bus scolaire à la maternelle Indira Gandhi, leur institutrice de 20 ans, Najawa Khalif, leur faisait signe de la main – et un obus israélien l’a frappée et elle a été pulvérisée devant eux. Il est arrivé le lendemain, et a trouvé les enfants traumatisés en train de dessiner les morceaux de son cadavre. Les enfants étaient « étonnés de voir un Juif sans armes ». Ils n’avaient jamais vu que des soldats et des colons.

« Mon plus grand combat, dit-il, est de restituer aux Palestiniens leur humanité. Il y a toute une machine de lavage de cerveau en Israël qui chaperonne vraiment chacun d’entre nous depuis la petite enfance, et je suis un produit de cette machine autant que les autres. [On nous inculque] quelques récits qu’il est très difficile de briser. Que nous, les Israéliens, sommes les seules et ultimes victimes. Que les Palestiniens sont nés pour tuer et que leur haine est irrationnelle. Que les Palestiniens ne sont pas des êtres humains comme nous… Vous obtenez ainsi une société sans aucun doute moral, sans aucun point d’interrogation, sans pour ainsi dire de débat public. Élever la voix contre tout cela est très difficile. »

C’est ainsi qu’il décrit la vie de Palestiniens ordinaires comme Najawa et ses élèves dans les pages de Ha’aretz, le journal officiel israélien. Les récits se lisent comme des nouvelles de Tchékhov de gens pris au piège, dans lesquelles rien ne se passe, et tout se passe, et la seule issue est la mort. Un article s’intitulait « Le dernier repas de la famille Wahbas ». Il a écrit : « Ils s’étaient tous assis pour déjeuner à la maison : la mère Fatma, enceinte de trois mois ; sa fille Farah, deux ans ; son fils Khaled, un an ; le frère de Fatma, le Dr Zakariya Ahmed ; sa belle-fille Shayma, enceinte de neuf mois ; et la grand-mère de soixante-dix-huit ans. Une réunion de la famille Wahba à Khan Yunis en l’honneur du Dr Ahmed, de retour six jours plus tôt d’Arabie Saoudite. On entend un grand boum à l’extérieur. Fatma saisit à la hâte le plus petit et tente de s’échapper vers une pièce intérieure, mais un autre boum suit immédiatement. En plein dans le mille, cette fois. »

C’est à l’aide de petits détails biographiques qu’il rétablit leur humanité, la tirant de l’obscurité du nombre sans cesse croissant de morts. Les Wahbas avaient essayé pendant des années d’avoir un enfant avant qu’elle ne tombe finalement enceinte à l’âge de 36 ans. La grand-mère a essayé de soulever le petit Khaled du sol : c’est là qu’elle a compris que son fils et sa fille étaient morts.

M. Levy utilise une technique simple. Il demande à ses compatriotes israéliens : que ressentirions-nous si c’était à nous qu’une puissance militaire largement supérieure faisait cela ? Une fois, à Jénine, sa voiture s’est trouvée coincée pendant une heure derrière une ambulance à un poste de contrôle. Il a vu qu’il y avait une femme malade à l’arrière et a demandé au chauffeur ce qui se passait, et on lui a dit qu’on faisait toujours attendre les ambulances aussi longtemps. Furieux, il a demandé aux soldats israéliens ce qu’ils éprouveraient si c’était leur mère qui se trouvait dans l’ambulance – et ils ont eu l’air déconcertés d’abord, puis en colère, pointant leurs armes sur lui et lui disant de la fermer.

« Je suis toujours étonné de voir à quel point les Israéliens savent peu de choses sur ce qui se passe à quinze minutes de chez eux », dit-il. « La machine de lavage de cerveau est si efficace qu’essayer de défaire ce qu’elle fait, c’est presque comme vouloir reconvertir une omelette en œuf. Elle rend les gens si ignorants et cruels. » Il donne un exemple. Au cours de l’opération Plomb durci, le bombardement israélien de Gaza sous blocus en 2008-2009, « un chien – un chien israélien – a été tué par une roquette Qassam et a fait la une du journal le plus populaire en Israël. Le même jour, des dizaines de Palestiniens ont été tués, deux lignes leur étaient consacrées en page 16. »

Parfois, l’occupation lui semble moins tragique qu’absurde. En 2009, le clown le plus célèbre d’Espagne, Ivan Prado, a accepté d’assister à un festival de clowns à Ramallah, en Cisjordanie. Il a été détenu à l’aéroport d’Israël, puis expulsé « pour raisons de sécurité ». M. Levy se penche en avant et demande : « Le clown envisageait-il de transférer les vastes réserves de rires de l’Espagne à des éléments hostiles ? Des blagues explosives aux djihadistes ? Une plaisanterie dévastatrice au Hamas ? »

Pourtant, l’absurdité a failli le tuer. Au cours de l’été 2003, il voyageait en Cisjordanie dans un taxi israélien clairement identifié comme tel. Il explique : « À un certain moment, l’armée nous a arrêtés et nous a demandé ce que nous faisions là. Nous leur avons montré nos papiers, qui étaient tous en ordre. Ils nous ont envoyé sur une route – et une fois sur cette route, ils nous ont tiré dessus. Ils ont dirigé leurs tirs vers le centre du pare-brise. Visant la tête. Pas de coups de feu en l’air, pas d’ordre au mégaphone de s’arrêter, pas de tirs dans les roues. Tirer pour tuer tout de suite. Si ça n’avait pas été un taxi blindé, je ne serais pas là maintenant. Je ne pense pas qu’ils savaient qui nous étions. Ils nous ont tiré dessus comme sur n’importe qui d’autre. Ils avaient la gâchette facile, comme toujours. C’était comme fumer une cigarette. Ils n’ont pas tiré seulement une balle. Toute la voiture était criblée de balles. Savent-ils qui ils vont tuer ? Non. Ils ne le savent pas et s’en fichent. »

Il secoue la tête en signe de profonde perplexité. « Ils tirent sur les Palestiniens comme ça tous les jours. Vous n’en avez entendu parler que parce que, pour une fois, ils ont tiré sur un Israélien. »

« Qui vivait dans cette maison ? Où est-il maintenant ? »

Comment Gideon Levy est-il devenu si différent de ses compatriotes ? Pourquoi offre-t-il de l’empathie aux Palestiniens alors que tant d’autres n’offrent que des balles et des bombes ? Au début, il était comme eux : sa dispute avec les autres Israéliens est une dispute avec lui-même jeune. Il est né en 1953 à Tel-Aviv et, jeune homme, « j’étais totalement nationaliste, comme tout le monde. Je pensais- nous sommes les meilleurs, et les Arabes veulent juste tuer. Je ne remettais rien en doute. »

Il avait quatorze ans pendant la guerre des Six Jours, et peu après ses parents l’emmenèrent voir les Territoires Occupés nouvellement conquis. « Nous étions si fiers d’aller voir la tombe de Rachel [à Bethléem] et les Palestiniens, nous ne les voyions tout simplement pas. Nous regardions à travers eux, comme s’ils étaient invisibles « , dit-il. « Cela avait toujours été ainsi. Enfants, nous étions passés à côté de tant de ruines [de villages palestiniens qui avaient été ethniquement nettoyés en 1948]. Nous ne demandions jamais:  » Qui vivait dans cette maison ? Où est-il maintenant ? Il doit être vivant. Il doit être quelque part. Cela faisait partie du paysage, comme un arbre, comme une rivière. » La vingtaine bien entamée, « je voyais des colons abattre des oliviers et des soldats maltraiter des Palestiniennes aux postes de contrôle, et je me disais : « Ce sont des exceptions, qui ne font pas partie de la politique gouvernementale ».

M. Levy dit avoir changé à cause d’un « accident ». Il a effectué son service militaire à la radio de l’armée israélienne, puis a continué à travailler comme journaliste, « alors j’ai commencé à aller souvent dans les Territoires Occupés, ce que la plupart des Israéliens ne font pas. Au bout d’un moment, peu à peu, j’en suis venu à les voir tels qu’ils sont vraiment. »

Mais est-ce tout ? Beaucoup d’Israéliens se rendent dans les territoires – notamment les troupes d’occupation et les colons – sans état d’âme. « Je pense que c’était aussi dû- vous voyez, mes parents étaient des réfugiés. J’ai vu ce que cela leur avait fait. Donc je suppose que… J’ai vu ces gens et j’ai pensé à mes parents. » Le père de M. Levy était un avocat juif allemand originaire des Sudètes. A l’âge de 26 ans – en 1939, alors qu’il devenait évident que les nazis étaient déterminés à organiser un génocide en Europe – il se rendit avec ses parents à la gare de Prague, où ils lui firent leurs adieux. « Il ne les a jamais revus et n’a plus jamais entendu parler d’eux », dit M. Levy. « Il n’a jamais su ce qui leur était arrivé. S’il n’était pas parti, il n’aurait pas survécu. » Pendant six mois, il a vécu sur un bateau rempli de réfugiés, refoulés de port en port, jusqu’à ce qu’ils parviennent finalement en Palestine, alors sous mandat britannique.

« Mon père a été traumatisé sa vie durant », dit-il. « Il ne s’est jamais vraiment installé en Israël. Il n’a jamais vraiment appris à parler autre chose qu’un hébreu approximatif. Il est venu en Israël avec son doctorat et il lui fallait gagner sa vie, alors il a commencé à travailler dans une boulangerie-pâtisserie et à vendre des gâteaux au porte en porte sur son vélo. Cela a dû être une terrible humiliation d’être docteur en droit et de frapper aux portes pour offrir des gâteaux. Il a refusé de reprendre une formation d’avocat. Il est devenu un employé sans grade. Je pense que c’est ce qui l’a brisé, vous savez ? Il a vécu ici soixante ans, il avait sa famille, son bonheur, mais il était vraiment un étranger. Un étranger, dans son propre pays… Il a toujours été indigné par certaines choses, des petites choses. Il ne comprenait pas comment les gens osaient téléphoner entre deux et quatre heures de l’après-midi. Ça le scandalisait. Il n’a jamais compris le concept du découvert bancaire. Chaque Israélien a un découvert, mais s’il apprenais que quelqu’un avait un découvert d’une livre, il en était scandalisé. »

Son père ne parlait « jamais » de chez lui. « Chaque fois que j’essayais de l’encourager à en parler, il se fermait. Il n’y est jamais retourné. Il n’y avait rien [à retrouver], tout le village avait été détruit. Il y a laissé toute une vie. Il a laissé une fiancée, une carrière, tout. Je suis vraiment désolé de ne pas l’avoir poussé davantage à parler parce que j’étais jeune, donc je manquais d’intérêt. C’est ça le problème. Quand on commence à s’intéresser à l’histoire de ses parents, ils ne sont plus là. »

Le père de M. Levy n’a jamais vu de parallèle entre le fait qu’on ait fait de lui un réfugié et que la création de l’État d’Israël ait fait des 800 000 Palestiniens des réfugiés. « Jamais ! Les gens ne pensaient pas comme ça. On n’en a jamais parlé, jamais. » Pourtant, dans les territoires, M. Levy a commencé à voir des reflets fugitifs de son père partout – chez les hommes et les femmes brisés qui n’ont jamais réussi à se poser, rêvant pour toujours de rentrer chez eux.

Puis, lentement, M. Levy a commencé à se rendre compte que leur tragédie s’infiltrait encore plus profondément dans sa propre vie – dans le sol sous ses pieds et dans les briques mêmes de la ville israélienne où il vit, Cheikh Munis. Elle a été construite sur les ruines d’un des 416 villages palestiniens qu’Israël a rayé de la surface de la terre en 1948 « , dit-il. « La piscine où je nage tous les matins était le bassin d’irrigation dont ils utilisaient l’eau pour arroser les vergers d’agrumes du village. Ma maison se trouve sur l’un des vergers. La terre a été  » récupérée  » de force, ses 2 230 habitants ont été encerclés et menacés. Ils ont fui, pour ne jamais revenir. Quelque part, peut-être dans un camp de réfugiés dans une pauvreté terrible, vit la famille du fermier qui a labouré la terre où se trouve maintenant ma maison. » Il ajoute qu’il est « stupide et erroné » de comparer cette situation à l’Holocauste, mais il dit que l’homme est un réfugié traumatisé tout aussi sûrement que l’a été son père – et même maintenant, s’il a atterri dans les territoires, lui et ses enfants et petits-enfants vivent sous blocus, ou occupation militaire violente.

L’historien Isaac Deutscher a un jour proposé une analogie pour la création de l’État d’Israël. Un Juif saute d’un immeuble en flammes et atterrit sur un Palestinien, le blessant horriblement. Peut-on blâmer l’homme qui saute ? Le père de M. Levy fuyait vraiment pour sauver sa vie : c’était la Palestine, ou un camp de concentration. Toutefois, M. Levy dit que l’analogie est imparfaite – parce que maintenant l’homme qui saute, soixante ans plus tard, fracasse toujours la tête de l’homme sur lequel il a atterri sur le sol, et bat ses enfants et petits-enfants aussi. » 1948 est toujours là. 1948 est toujours dans les camps de réfugiés. 1948 réclame toujours une solution », dit-il. « Israël fait exactement la même chose en ce moment… il déshumanise les Palestiniens là où c’est possible, et procède à un nettoyage ethnique partout où c’est possible. 1948 n’est pas fini. Loin de là. »

L’arnaque des « pourparlers de paix”

Le regard de M. Levy traverse le bar de l’hôtel où nous sommes assis et le Moyen-Orient, comme si les sables secs du désert du Néguev s’avançaient vers nous. Toute conversation sur la région est maintenant dominée par une série de mythes de propagande, dit-il, et le plus fondamental est peut-être la croyance qu’Israël est une démocratie. « Aujourd’hui, nous avons trois types de personnes qui vivent sous administration israélienne « , explique-t-il. « Nous avons des Israéliens juifs, qui jouissent d’une démocratie totale et de pleins droits civils. Nous avons les Arabes israéliens, qui ont la citoyenneté israélienne, mais qui sont victimes de graves discriminations. Et nous avons les Palestiniens dans les territoires occupés, qui vivent sans aucun droit civil, ni droit de l’homme. Est-ce là une démocratie ? »

Il se cale sur son siège et demande d’un ton grave, comme s’il parlait d’un ami en phase terminale : « Comment peut-on dire que c’est une démocratie alors qu’en 62 ans pas un seul village arabe n’a été construit ? Je n’ai pas besoin de vous dire combien de villes et de villages juifs l’ont été. Pas un seul village arabe. Comment peut-on dire que c’est une démocratie alors que des recherches ont montré à maintes reprises que les Juifs et les Arabes reçoivent des peines différentes pour le même crime ? Comment peut-on dire que c’est une démocratie alors qu’un étudiant palestinien peut difficilement louer un appartement à Tel-Aviv, parce que quand on entend son accent ou son nom, presque personne ne veut lui louer ? Comment peut-on dire qu’Israël est une démocratie alors que… Jérusalem investit 577 shekels par an et par élève de Jérusalem-Est [palestinienne] et 2372 shekels par an et par élève de Jérusalem Ouest [juive]. Quatre fois moins, seulement à cause de l’origine ethnique de l’enfant ! Chaque partie de notre société est raciste. »

« Je veux être fier de mon pays, dit-il. « Je suis un patriote israélien. Je veux que l’on fasse ce qui est juste. » Cela l’oblige donc à souligner que la violence palestinienne est – en vérité – beaucoup plus limitée que la violence israélienne, et généralement une réaction à celle-ci. « Les vingt premières années de l’occupation passèrent tranquillement, et nous n’avons pas levé le petit doigt pour y mettre fin. Au lieu de cela, sous le couvert du calme, nous avons bâti la gigantesque entreprise de colonisation criminelle », où la terre palestinienne est saisie par des fondamentalistes religieux juifs qui prétendent qu’elle leur a été donnée par Dieu. Ce n’est qu’alors – après une longue période de vol et après que leurs tentatives de résistance pacifique se furent heurtées à une violence brutale – que les Palestiniens sont eux-mêmes devenus violents. « Que se passerait-il si les Palestiniens n’avaient pas tiré des Qassam [les roquettes tirées sur le sud d’Israël, y compris les villes civiles] ? Israël aurait-il levé le siège économique ? Sottises. Si les habitants de Gaza se tenaient tranquilles, comme le voudrait Israël, leur cas disparaîtrait de l’actualité. Personne ne penserait au sort du peuple de Gaza s’il n’avait pas eu recours à la violence. »

Il condamne sans équivoque les tirs de roquettes sur des civils israéliens, mais ajoute :  » Il y a un contexte aux Qassam. Elles sont presque toujours tirées après une opération d’assassinat de l’IDF, et il y en a eu beaucoup. » Pourtant, l’attitude israélienne est la suivante, « nous sommes autorisés à bombarder tout ce que nous voulons, mais ils ne sont pas autorisés à lancer des Qassam ». C’est un point de vue résumé par Haim Ramon, le ministre de la Justice à l’époque de la Seconde Guerre du Liban : « Nous avons le droit de tout détruire ».

Même les termes que nous utilisons pour parler de l’opération Plomb durci sont faux, soutient M. Levy. « Ce n’était pas une guerre. Il s’agissait d’une agression brutale contre une population sans défense et emprisonnée. On peut qualifier de boxe un match entre Mike Tyson et un enfant de 5 ans, mais la disproportion, oh, la disproportion. » Israël « a souvent pris pour cible des équipes médicales, [et] a bombardé une école gérée par l’ONU servant d’abri aux résidents, qui se sont vidés de leur sang pendant des jours car l’IDF empêchait leur évacuation en tirant et en bombardant… Un État qui prend de telles mesures ne se distingue plus d’une organisation terroriste. Ils disent pour se justifier que le Hamas se cache au sein de la population civile. Comme si le Ministère de la Défense à Tel Aviv n’était pas situé au cœur d’une population civile ! Comme s’il y avait des endroits à Gaza qui ne sont pas au cœur d’une population civile ! »

Il appelle toute personne qui se préoccupe sincèrement de la sécurité d’Israël de se joindre à lui pour dire la vérité aux Israéliens dans un langage clair. « Un véritable ami ne prend pas en charge la facture des médicaments d’un toxicomane: il l’emmène plutôt en cure de désintoxication. Aujourd’hui, seuls ceux qui dénoncent la politique d’Israël – qui dénoncent l’occupation, le blocus et la guerre – sont les véritables amis de la nation. » Les gens qui défendent le cours actuel d’Israël « trahissent » le pays « en l’encourageant » sur le chemin du désastre. « Un enfant qui a vu sa maison détruite, son frère tué et son père humilié ne pardonnera pas facilement. »

Ces prétendus « amis d’Israël » sont en réalité des amis du fondamentalisme islamique, estime-t-il. « Pourquoi doivent-ils donner aux fondamentalistes encore plus d’excuses, plus de colère, plus d’opportunités, plus de recrues ? Regardez Gaza. Gaza était totalement laïque il n’y a pas si longtemps. Maintenant, vous pouvez difficilement obtenir de l’alcool aujourd’hui à Gaza, après toute cette brutalité. L’intégrisme religieux est toujours le langage vers lequel les gens se tournent par désespoir, si tout le reste échoue. Si Gaza avait été une société libre, elle ne serait pas devenue comme ça. Nous leur avons donné des recrues. »

Levy est persuadé que le plus grand mythe – celui qui pèse sur le Moyen-Orient comme un parfum vaporisé sur un cadavre – est l’idée des « pourparlers de paix » en cours dirigés sous l’égide des États-Unis. Il y avait un temps où lui aussi y croyait. Au plus fort des négociations à Oslo dans les années 1990, lorsque Yitzhak Rabin a négocié avec Yasser Arafat, « à la fin d’une visite, je me suis retourné et, d’un geste tout droit sorti d’un film, j’ai fait mes adieux à Gaza. Adieu Gaza occupée, adieu ! Nous ne devons plus jamais nous revoir, du moins pas dans votre état sous occupation. Quelle folie ! »

A présent il dit être convaincu que c’était une « arnaque » dès le départ, vouée à l’échec. Comment le sait-il ? « Il existe un test décisif très simple pour tout dialogue de paix. Une nécessité pour la paix est pour Israël de démanteler les colonies de peuplement en Cisjordanie. Donc, si vous allez bientôt démanteler des colonies de peuplement, vous arrêterez de construire dès maintenant, non ? Ils ont continué à les construire tout le temps d’Oslo. Et aujourd’hui, Netanyahu refuse de geler la construction, la plus petite des plus petites. Cela vous révèle tout ce qu’il faut savoir. »

Il a ajouté que Netanyahu s’était toujours opposé, comme les prétendues alternatives de gauche, Ehud Barak et Tzipip Livni, à de véritables pourparlers de paix et qu’il s’était même vanté de détruire le processus d’Oslo. En 1997, au cours de son premier mandat en tant que dirigeant israélien, il a insisté sur le fait qu’il ne poursuivrait les négociations que si une clause était ajoutée stipulant qu’Israël ne serait pas obligé de se retirer de « sites militaires » dont la liste n’était même pas donnée. Et il a ensuite été filmé en se vantant: « Pourquoi est-ce important? Parce qu’à partir de ce moment-là, j’ai mis fin aux accords d’Oslo. » S’il se vantait de « mettre un terme » au dernier processus de paix, pourquoi voudrait-il que celui-ci réussisse ? Levy ajoute: « Et comment pouvez-vous faire la paix avec seulement la moitié de la population palestinienne ? Comment pouvez-vous laisser de côté le Hamas et Gaza ? »

Ces faux pourparlers de paix sont pires que pas de pourparlers du tout, estime Levy. « S’il y a des négociations, il n’y aura pas de pression internationale. Du calme, nous sommes en discussion… La colonisation peut se poursuivre sans interruption. C’est pourquoi les négociations futiles sont des négociations dangereuses. Sous le couvert de telles discussions, les chances de paix s’éloigneront encore plus … L’essentiel est la volonté de Netanyahu d’obtenir le soutien américain pour bombarder de l’Iran. Pour ce faire, il pense qu’il doit au moins faire semblant de répondre aux demandes de négociations d’Obama. C’est pourquoi il joue ce jeu. »

Après avoir dit cela, il se tait et nous nous regardons pendant un moment. Puis il dit d’une voix plus calme: « Les faits sont clairs. Israël n’a aucune intention réelle de quitter les territoires ou de permettre au peuple palestinien d’exercer ses droits. Aucun changement ne se produira avec l’Israël auto-satisfait, violent et condescendant d’aujourd’hui. C’est le moment de mettre en place un programme de réhabilitation pour Israël. »

Brandir des drapeaux israéliens made in China

Selon les sondages, la plupart des Israéliens sont favorables à une solution à deux États – ils élisent pourtant des gouvernements qui étendent les colonies et rendent ainsi impossible une solution à deux États. Vous auriez besoin d’un psychiatre pour expliquer cette contradiction », dit Levy. « S’attendent-ils à ce que deux états tombent du ciel ? Aujourd’hui, les Israéliens n’ont aucune raison de changer quoi que ce soit », poursuit-il. « La vie en Israël est merveilleuse. Vous pouvez vous installer à Tel Aviv et avoir la belle vie. Personne ne parle de l’occupation. Alors, pourquoi prendraient-ils la peine [de changer] ? La majorité des Israéliens pensent aux prochaines vacances et à la prochaine jeep et tout le reste ne les intéresse plus. » Ils sont plongés dans l’Histoire, mais incapables de la comprendre.

En Israël, la « place publique de la nation est vide depuis des années. S’il n’y a pas eu de protestation importante lors de l’opération Cast Lead, il ne reste plus rien à dire. Le seul groupe qui milite pour autre chose que leurs petits intérêts personnels sont les colons, qui sont très actifs. » Alors, comment un changement peut-il se produire ? Il dit être « très pessimiste » et que l’avenir le plus probable est une société en train de se transformer en un « apartheid » de plus en plus évident. Il hoche la tête et déclare: « Nous avons maintenant deux guerres,[prenez la question de] la flottille – ça ne marche pas. Il semble qu’Israël n’ait appris aucune leçon et qu’Israël ne paie aucun prix. Les Israéliens ne paient aucun prix pour l’injustice de l’occupation. L’occupation ne finira donc jamais. Cela ne se terminera pas un instant avant que les Israéliens ne comprennent le lien entre l’occupation et le prix qu’ils seront obligés de payer. Ils ne s’en sortiront jamais de leur propre initiative. »

On dirait qu’il plaide pour le boycott d’Israël, mais sa position est plus complexe. « Tout d’abord, l’opposition israélienne au boycott est incroyablement hypocrite. Israël lui-même est l’un des boycotteurs les plus prolifiques au monde. Non seulement il boycotte, mais il prêche aux autres, parfois même les oblige à les suivre. Israël a imposé un boycott culturel, académique, politique, économique et militaire des territoires. Le boycott nu le plus brutal est bien sûr le siège de Gaza et le boycott du Hamas. À la demande d’Israël, presque tous les pays occidentaux ont adhéré au boycott avec un inexprimable enjouement. Ce n’est pas seulement un siège qui a laissé Gaza dans les pénuries depuis trois ans. C’est une série de boycotts culturels, académiques, humanitaires et économiques. Israël exhorte également le monde à boycotter l’Iran. Donc, les Israéliens ne peuvent pas se plaindre si cela est utilisé contre eux ».

Il bouge un peu dans son siège. « Mais je ne boycotte pas Israël. J’aurais pu le faire, j’aurais pu quitter Israël. Mais je n’ai pas l’intention de quitter Israël. Jamais. Je ne peux pas inviter les autres à faire ce que je ne ferai pas … Il faut aussi se demander si cela fonctionnera. Je ne suis pas sûr que les Israéliens établiraient le lien. Regardez la terreur qui s’est produite en 2002 et 2003 : la vie en Israël était vraiment horrible, les bus en train d’exploser, les kamikazes. Mais aucun Israélien n’a fait le lien entre l’occupation et la terreur. Pour eux, la terreur n’était que la ‘preuve’ que les Palestiniens sont des monstres, qu’ils sont nés pour tuer, qu’ils ne sont pas des êtres humains et c’est tout. Et si vous osez simplement faire le lien, les gens vous diront: ‘Vous justifiez de la terreur’ et vous êtes un traître. Je soupçonne que ce serait la même chose avec des sanctions. La condamnation après Cast Lead et la flottille ont seulement rendu Israël plus nationaliste. Si [un boycott] était perçu comme le jugement du monde, il serait efficace. Mais les Israéliens sont plus susceptibles de les prendre comme ‘preuve’ que le monde est antisémite et nous haïra toujours. »

Il pense que seul un type précis de pression ramènera Israël à la raison et à la sécurité : « Le jour où le président des États-Unis décidera de mettre fin à l’occupation, celle-ci cessera. Parce qu’Israël n’a jamais été aussi dépendant des États-Unis qu’aujourd’hui. Jamais. Non seulement économiquement, non seulement militairement mais surtout politiquement. Israël est totalement isolé aujourd’hui, à l’exception de l’Amérique. » Il espérait au départ que Barack Obama franchirait ce pas – il se souvient avoir eu les larmes aux yeux alors qu’il a prononcé son discours de victoire à Grant Park – mais il dit qu’il n’a fait que promouvoir « de très petits pas, presque rien, quand de grands pas sont nécessaires. » Ce n’est pas seulement mauvais pour Israël – c’est mauvais pour l’Amérique. « L’occupation est la meilleure excuse pour de nombreuses organisations terroristes dans le monde. Ce n’est pas toujours sincère, mais ils l’utilisent. Pourquoi les laissez-vous l’utiliser ? Pourquoi leur donner cette fureur ? Pourquoi ne pas résoudre [cette question] une fois pour toutes alors que la solution est si simple ?”

Pour qu’un progrès se produise, « les Juifs américains de droite qui sont chaque fois plus orgueilleux quand Israël tue et détruit » devraient être présentés comme des « ennemis d’Israël », condamnant le pays qu’ils soi-disant aiment à une guerre éternelle. « Ce sont les juifs américains de droite qui écrivent les lettres les plus dégoûtantes. Ils disent que je suis le petit-fils de Hitler, ils prient pour que mes enfants aient le cancer … C’est parce que je les touche nerveusement. Il y a quelque chose là-bas. » Ces personnes de droite se disent opposées à l’Iran, mais Levy souligne qu’elles s’opposent avec véhémence aux deux mesures possibles qui isoleraient immédiatement l’Iran et priveraient Mahmoud Ahmadinejadh de ses meilleures excuses de propagande: la paix avec la Syrie et la paix avec les Palestiniens, qui sont proposées mais rejetées par Israël.Ce serait le meilleur moyen de faire pression sur l’Iran. »

Il refuse de abandonner Israël à des personnes « qui agitent leurs drapeaux israéliens fabriqués en Chine et rêvent d’une Knesset purifiée des Arabes, et d’un Israël sans [organisation de défense des droits de l’homme] B’Tselem. » Il a l’air fâché, indigné. « Je ne partirai jamais. C’est ma place sur terre. C’est ma langue, c’est ma culture. Même la critique que je porte et la honte que je porte proviennent de mon appartenance profonde à ce lieu. Je ne partirai que si je suis obligé de partir. Ils devront m’arracher. »

Un coup de sifflet dans le noir

Croit-il que c’est une possibilité réelle – que sa liberté puisse lui être enlevée, en Israël même ? « Oh, très facilement », dit-il. « Elle m’a déjà été enlevée en m’interdisant d’aller à Gaza, et ce n’est qu’un début. J’ai une grande liberté pour écrire et paraître à la télévision en Israël, et ma vie est très facile, mais je ne prends pas ma liberté pour acquise, pas du tout. Si cette atmosphère actuelle nationaliste extrême perdure en Israël dans un, deux, trois ans… » Il soupire. « Il se peut qu’il y ait de nouvelles restrictions, Ha’aretz peut fermer – Dieu nous en préserve – je ne prends rien pour acquis. Je ne serai pas surpris si les partis palestiniens israéliens sont criminalisés aux prochaines élections, par exemple. Déjà, ils s’en prennent aux ONG [organisations non gouvernementales qui militent pour les droits des Palestiniens]. Il y a déjà une majorité dans les sondages d’opinion qui veulent punir ceux qui dénoncent les actes répréhensibles de l’armée, et qui veut restreindre les groupes de défense des droits humains. »

Il y a aussi le danger d’une attaque isolée. L’année dernière, un homme avec un gros chien s’est approché de Levy près de chez lui et lui a annoncé : « Je voulais te tabasser à mort depuis longtemps. » Levy n’a pu s’échapper que de justesse et l’homme n’a jamais été attrapé. Il dit maintenant: « J’ai peur mais je ne vis pas avec une peur permanente. Mais te dire que ma nuit de sommeil est comme la tienne … je ne suis pas sûr. A chaque bruit, ma première idée est « peut-être est-ce maintenant, ça arrive ». Mais il n’y a jamais eu de cas concret dans lequel j’ai vraiment pensé « ça arrive ». Mais je sais que ça pourrait venir.

A-t-il déjà envisagé de ne pas dire la vérité et d’édulcorer ses déclarations ? Il rit – et pour la seule fois de notre entretien, ses éloquents torrents de mots commencent à se bousculer. « SI seulement je pouvais! Impossible que je puisse. Je veux dire, ce n’est pas un choix du tout. Vraiment, je ne peux pas. Comment pourrais-je ? En aucune façon. Je me sens seul mais mon entourage privé – euh… ceux qui m’entourent – m’appuie, au moins en partie. Et il y a encore des Israéliens qui apprécient ce que je fais. Si vous marchez avec moi dans les rues de Tel-Aviv, vous verrez toutes sortes de réactions, mais aussi des réactions très positives. C’est difficile, mais je veux dire que c’est … c’est … mais quel autre choix ai-je ?

Il dit que son entourage privé est favorable « en partie ». Quelle est la partie qui ne l’est pas ? Au cours des dernières années, dit-il, il a fréquenté des femmes non israéliennes – « Je ne pourrais pas être avec une personne nationaliste qui a dit ces choses sur les Palestiniens » – mais ses deux fils ne lisent rien de ce qu’il écrit, « et ils ont une vision politique différente de la mienne. Je pense que c’était difficile pour eux, assez difficile. » Sont-ils dans les organisations de droite ? « Non, non, non, rien comme ça. En avançant en âgé, ils me font plus confiance. Mais ils ne lisent pas mon travail. Non, dit-il en baissant les yeux, « ils ne le lisent pas ».

La longue histoire du peuple juif a un cycle récurrent : tous les quelques siècles, un brave personnage juif se lève pour avertir son peuple qu’il s’est retrouvé dans une voie immorale ou folle qui ne peut que mener à la catastrophe, et les implore de changer de cap Le premier prophète, Amos, a averti que le Royaume d’Israël serait détruit parce que le peuple juif avait oublié le besoin de justice et de générosité – et il a été ignoré. Baruch Spinoza voyait au-delà du fondamentalisme juif de son époque dans un univers matérialiste qui pouvait être expliqué scientifiquement – et il était excommunié alors même qu’il ouvrait la voie aux grands génies juifs à venir. Levy pourrait-il, avec le temps, être considéré comme un prophète juif dans le désert improbable d’un État juif, rappelant son peuple sur une voie morale ?

Il acquiesce faiblement et sourit. « Noam Chomsky m’a écrit un jour que j’étais comme les premiers prophètes juifs. C’était le plus grand compliment que personne ne m’ait jamais adressé. Mais … eh bien … Mes adversaires diraient que c’est une longue tradition de juifs qui se haïssent eux-mêmes. Mais je ne prends pas ça au sérieux. Bien sûr, j’ai le sentiment d’appartenir à une tradition d’autocritique. Je crois profondément en l’autocritique. » Mais cela le laisse dans des situations ahurissantes : « Souvent, je me tiens parmi des manifestants palestiniens, offrant mon dos aux Palestiniens, mon visage aux soldats israéliens et ils tiraient dans notre direction. Ils sont mon peuple et ils sont mon armée. Les personnes avec lesquelles je me trouve sont supposées être l’ennemi. C’est … » Il secoue la tête. Je dois dire que vous devez parfois demander : qu’est-ce qu’un gentil bonhomme juif fait dans un État comme celui-ci ?

Mais ensuite, comme si cela le harcelait, il revient brusquement à une question précédente. « Je suis très pessimiste, bien sûr. La pression extérieure peut être efficace si elle est américaine, mais cela ne se produit pas. D’autres pressions provenant d’autres régions du monde pourraient ne pas être efficaces. La société israélienne ne changera pas d’elle-même et les Palestiniens sont trop faibles pour la changer. Cela dit, je dois dire que si nous étions assis ici à la fin des années 80 et que vous m’aviez dit que le mur de Berlin tomberait dans quelques mois, que l’Union soviétique s’effondrerait dans quelques mois, certaines parties du régime en Afrique du Sud tomberont dans quelques mois, je me serais moqué de vous. Le seul espoir que j’ai peut-être, c’est que ce régime d’occupation, si tout va bien, soit déjà si pourri qu’il tombera peut-être un jour. Vous devez être suffisamment réaliste pour croire aux miracles. »

Pendant ce temps, Gideon Levy continuera patiemment à documenter les crimes de son pays et à essayer de ramener son peuple sur une voie juste. Il fronce un peu les sourcils – comme s’il se représentait la jeune Najawa Khalif réduite en pièces devant son autobus scolaire, ou le père de celle-ci totalement brisé – et me dit : « Un coup sifflet dans le noir est toujours un coup de sifflet. »

24 septembre 2010 – The Independent – Traduction : Chronique de Palestine – MJB & Lotfallah