États-Unis : d’une guerre à l’autre

Falloujah 2004 - Archives
Un des nombreux massacres commis par l'armée américaine en Irak - Falloujah 2004 - Archives
Stanley L CohenL’expérience nous dit qu’il importe peu qu’un démocrate libéral ou un républicain autocratique siège à la Maison Blanche.

Eh bien, c’est fini … et bon débarras. Ce qui a commencé avec un prix Nobel de la paix sur commande et une conférence au Moyen-Orient, sous les yeux alors omnipotents de Hosni Moubarak, s’est terminé par un dernier coup de départ … encore une autre série de frappes aériennes massives des Etats-Unis en Libye et en Syrie.

Pardonnez-moi mon cynisme, mais si l’histoire est, en fait, un juste indicateur de ce qui est juste survenu, les tirs commandés par Barack Obama sur les camps dits « jihadistes » n’ont très probablement fait guère plus que d’abattre des civils … et ont aussi incité 10 fois plus de gens à saisir un pistolet ou une bombe et à frapper, si possible, partout où cela est s’y prête.

Il y a huit ans, le monde a retenu son souffle pour ce qui allait devenir un moment de trop court soulagement avec l’élection d’un « libéral » anti-guerre autoproclamé, au bureau le plus puissant et le plus meurtrier du monde.

En octobre 2002, le sénateur Obama, orateur d’un talent rare avec un esprit vif, une vigueur et une séduction juvéniles extraordinaires, a annoncé qu’il était « opposé aux guerres stupides ». Il allait être différent. Il l’a affirmé. Il a tout simplement menti…

Président en temps de guerre

Eh bien … pas tout à fait. Il était différent. Après tout, il est le seul président à deux mandats de l’histoire des États-Unis qui ait mené la guerre tous les jours de ses huit années de mandat. En effet, pour ne pas être surpassé par le vindicatif George W. Bush, Obama a mené des frappes aériennes sur sept pays: l’Afghanistan, l’Irak, le Pakistan, la Somalie, le Yémen, la Libye et la Syrie. C’est trois de plus que ce que Bush a bombardé.

Durant ses deux mandats, notre « président de la paix » a ordonné un total de 563 frappes aériennes « spéciales », en grande partie exécutées par des drones, qui visaient le Pakistan, la Somalie et le Yémen en particulier, par rapport aux 57 frappes sous Bush.

Bien qu’il soit impossible de savoir avec certitude le nombre total de personnes tuées par ces attaques supposées viser des « terroristes » – y compris des citoyens américains n’ayant pas fait l’objet d’une procédure régulière – elles ont entraîné la mort de près de 1 200 civils. En guise de geste de paix, Obama a laissé derrière lui des « Forces d’opérations spéciales » déployées dans plus de 130 pays, soit 70% des pays du monde.

D’autre part, nous allons donner un peu de crédit là où le crédit est dû. Obama a répandu autour de Benjamin Netanyahu 38 milliards de dollars, en grande partie en armements, avant de refuser d’opposer un veto à la résolution des Nations Unies sur les colonies.

L’Arabie saoudite, qui a obtenu plus de 100 milliards de dollars d’armes sous l’administration Obama, a dû avoir écho des « inquiétudes » du Président sur la façon dont les armes américaines étaient utilisées au Yémen, avant d’acheter un autre lot de 153 chars et des centaines de mitrailleuses dans le cadre d’un contrat pour une valeur de 1,15 milliard de dollars.

L’Égypte a également senti la pincée de la main pacifiste d’Obama quand celui-ci a exigé qu’elle fasse des « progrès crédibles vers la démocratie » avant de libérer des milliards d’aide militaire auparavant gelée depuis qu’Abdel Fattah el-Sisi était arrivé au pouvoir après le coup militaire qui a renversé le gouvernement élu du président Mohamed Morsi. Nous savons tous à quel point l’Égypte a progressé dans sa marche vers la démocratie…

Une guerre perpétuelle ?

Peut-être, curieusement, l’élection de Donald Trump, absédé par la chasse de l’argent et des femmes (dans cet ordre de priorité), pourrait être en fin de compte la meilleure des années passées pour les perspectives de paix au Moyen-Orient.

Contrairement à Obama – qui a passé sa vie à vouloir être aimé et qui a pensé que la meilleure façon de gagner était en prouvant à quel point il pouvait être cruel – Trump a passé sa vie à dire avec fierté qu’il n’y a rien à aimer et, apparemment, vous pouvez lui faire confiance.

Peut-être, quand il s’agit de la guerre, les mauvais esprits ont raison: ceux qui ont besoin de prouver combien ils peuvent être durs sont beaucoup plus dangereux que ceux qui s’en fichent. L’espoir est obstiné…

Mais attendez une minute. Ces types dans l’armoire Trump semblent terriblement familiers, n’est-ce pas? N’est-ce pas le général à la retraite James « Mad Dog » Mattis portant un costume Armani ? N’était-il pas le général qui a perdu son tour de service parce que Obama l’a trouvé trop hawkish (faucon) sur l’Iran alors qu’il poussait les militaires à agresser ce pays et ses alliés par des actions plus secrètes pour capturer et tuer des responsables iraniens et interdire ses navires de guerre ? N’a-t-il pas récemment supervisé les opérations de combat dans le Moyen-Orient ?

Et cet autre gars dans le coin – celui qui semble terriblement nerveux assis là sans sa poitrine pleine de médailles – peut-il être le retraité de la Marine, le général John Kelly? N’était-il pas responsable de Guantanamo ? Vous, savez, le gars qui a contesté Obama à chaque fois que le président avait la témérité d’évoquer le sujet de fermer cette prison ? N’a-t-il pas perdu un fils en Afghanistan dans un combat contre les Talibans ?

Et ce troisième type ? Il ressemble beaucoup au lieutenant-général à la retraite Michael Flynn, que Obama a expulsé de la Defense Intelligence Agency (la version du Pentagone de la CIA) en raison de sa description de l’islam comme d’un « cancer » et qui a dit que « la crainte des musulmans est justifiée ». Quel est le souci avec lui en tant que conseiller en sécurité nationale ? Pas de problème…

Personne ne pense vraiment que Trump peut – ou se soucie de – régner sur une collection de généraux misanthropes avec probablement un siècle ou plus de cicatrices de bataille … ces guerriers qui voient la paix comme un passe-temps pour les faibles … qui voient la modération comme une lâcheté, et pour qui les discussions sont toujours des préludes à une attaque ? Bien sûr que non.

Profits et plus

Qu’en est-il de Trump lui-même? Bien qu’il ait été plutôt opposé à la politique du « changement de régime » et ait engagé les alliés des États-Unis à assumer plus de leurs propres coûts militaires, il a souvent exprimé une position agressive sur le Moyen-Orient, spécialement en ce qui concerne l’état islamique d’Irak et du Levant (ISIL), et il voit presque partout d’autres menaces, réelles et imaginaires, contre les États-Unis.

Cela se traduit par de l’argent – beaucoup d’argent. En effet, Trump a réclamé des dizaines de milliers de troupes supplémentaires, une force marine de 350 navires, une force aérienne beaucoup plus importante, un programme anti-missile, pour l’espace (du style Star Wars), et une accélération du programme de « modernisation » du Pentagone d’un billion (mille milliards) de dollars pour son arsenal nucléaire.

La guerre signifie le profit, et c’est quelque chose qui fait fleurir un énorme sourire au visage du nouveau président. Les invasions américaines de l’Irak et de l’Afghanistan à elles seules, ont valu à l’industrie américaine de l’armement des milliards de dollars de contrats et de profits.

Ce n’est pas par hasard que dans les jours qui ont suivi l’élection de Trump, la valeur des actions pour les entreprises d’armement a grimpé: Lockheed Martin en hausse de 4,8%, Northrop Grumman en hausse de 5,1%, Raytheon en hausse de 6,2%, General Dynamics en hausse de 4,1%, L-3 Communications en hausse de 5,4%, Textron en hausse de 2,2%, Boeing en hausse de 0,76 pour cent, Huntington Ingalls en hausse de 6,5%.

Alors que l’espoir peut sembler éternel, la réalité découle d’une expérience amère. Ici, cette expérience devrait nous dire qu’il importe peu que siège à la Maison Blanche un démocrate libéral ou un républicain autocratique.

Dans l’histoire des États-Unis, le colonialisme a toujours trouvé un hôte « accueillant » au Moyen-Orient, avec ou sans son vieux réseau de substituts. Il ne connaît aucune restriction qui serait liée à un parti politique ou une allégeance.

Le profit et la folie militaire sont une bien mauvaise combinaison.Ce mariage continuera, huit années d’une guerre sans relâche se transformant certainement en douze.

Stanley L. Cohen * Stanley L Cohen est un avocat et militant des droits de l’homme, spécialisé sur le Moyen-Orient et l’Afrique.



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23 janvier 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine