En défense du Droit au Retour

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Scène de la Nakba, le nettoyage ethnique subi par les Palestiniens en 1948 - Photo : Archives
Shahd AbusalamaJe m’appelle Shahd Abusalama et je suis une réfugiée palestinienne de la troisième génération, née et élevée dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de Gaza.

Je me tiens ici avec tant de Palestiniens, nés en Palestine et en exil, pour dire aux sionistes fondateurs d’Israël, qui ont imaginé que les anciens mourraient et que les jeunes oublieraient, que nous n’oublierions pas la Palestine et que nous ne renoncerions jamais à nos droits fondamentaux, à nos droits d’exister, de résister et de rentrer chez nous. Nous représentons de nombreuses communautés autochtones qui ont fait face à diverses formes d’oppression au cours de l’histoire du colonialisme et de l’impérialisme européens, afin de rappeler au monde que le colonialisme des colons n’est pas une culture du passé, mais une réalité que nous avons vécue et défiée en Amérique, Australie, Irlande et en Palestine.

Ma grand-mère évoquait une enfance paisible dans les champs verdoyants d’agrumes et d’oliviers de notre village de Beit-Jirja. Cette vie, ses goûts, ses sons et ses odeurs n’ont survécu que dans ses souvenirs, Beit Jirja ayant été rasé aux côtés de 530 villages et villes vidés de leur population et détruits par les voyous sionistes en 1948. Pour les Palestiniens, la Nakba n’a jamais été un événement isolé. C’est ce qui s’est passé en 1948, mais l’oppression coloniale israélienne n’a jamais cessé et de nombreuses communautés palestiniennes en Israël [Palestine de 1948], dont la population de Khan Al-Ahmar, continuent de se battre contre leur nettoyage ethnique.

Mes grands-parents sont présents aujourd’hui plus que jamais alors que nous célébrons le 71e anniversaire du nettoyage ethnique de la Palestine, car ce qui m’est arrivé est la raison pour laquelle je suis née à Jabalia avec une arme à feu pointée sur la tête. Pendant le travail de ma mère, des soldats israéliens ont perturbé son transfert à la clinique de l’UNRWA à Jabalia en imposant un couvre-feu permettant d’abattre toute personne en mouvement. Tirer pour tuer était courant durant la Première Intifada quand je suis arrivée à la vie, et est une pratique courante aujourd’hui.

Nous l’avons vu lors des fusillades et des mutilations des manifestants de Gaza lors de la Grande marche du Retour, qui se tenaient sans armes contre les tireurs israéliens pour revendiquer leur humanité et faire valoir leur Droit au Retour, un droit qu’Israël a fermement rejeté au cours des sept dernières décennies pour des motifs racistes, et qui est au centre du débat politique. Leurs appels à la justice surviennent au milieu des tentatives américano-israéliennes d’effacer le Droit au Retour et d’extraire Jérusalem « de toute négociation ». Il est temps que nous appelions ces dirigeants mondiaux pour ce qu’ils sont : des trolls racistes. Il est temps de soutenir fermement le Droit au Retour des Palestiniens, car sans justice, il n’y aura pas de paix véritable.

Les Palestiniens de la bande de Gaza viennent de survivre à une autre attaque meurtrière israélienne de trois jours qui a coûté la vie à 25 personnes, dont deux femmes enceintes, deux enfants en bas âge et un enfant de 12 ans. Alors que les nouvelles du monde étaient rassurantes après l’annonce de la trêve, les Palestiniens de la bande de Gaza ont repris la lutte quotidienne pour leur survie alors que de nouvelles violences meurtrières sont à craindre à tout moment. C’est ainsi que ma famille a accueilli le Ramadan. À la suite de la trêve, j’ai entendu mes parents appeler des parents et des amis et leur dire « Je suis heureux que vous ayez survécu » avant de poursuivre « Ramadan Kareem ».

Imaginez vivre dans une prison à ciel ouvert où la mort est présente et où les murs s’effondrent. Cette incertitude à propos de quoi que ce soit, y compris votre propre vie, même chez vous, est terrifiante. C’est ce à quoi 2 millions de personnes ont été confrontées le week-end dernier alors qu’elles étaient sous le feu des armes israéliennes aériennes, terrestres et maritimes, transformant Gaza en un laboratoire pour ses armes meurtrières qu’Israël a mis sur le marché comme « testées sur le terrain » lors de foires aux armes notoires dans le monde entier, comme la DSEI que Londres accueille à nouveau cette année.

Ce n’est pas un hasard si Gaza fait encore et encore l’objet d’attaques lors des élections israéliennes. Ces élections sont organisées par des criminels qui utilisent le sang d’enfants palestiniens pour gagner le soutien de la population. Pendant ce temps, le monde est sur le point de célébrer l’Eurovision dans l’apartheid israélien une émission dont le seul but est de promouvoir la « face présentable » d’Israël tout en détournant l’attention mondiale de ses crimes quotidiens contre les Palestiniens. Honte à tous les pays candidats, à tous les participants et à tous les publics s’ils persistent à soutenir l’Eurovision en Israël alors que le sang de nos victimes n’a pas séché.

Ce n’est pas nouveau. C’est notre expérience de plusieurs décennies, déformée par un discours médiatique dominant qui trouve préférable d’éviter de s’attaquer au déséquilibre des forces entre occupants et occupants, réduisant le contexte du colonialisme à un « conflit », en diabolisant de manière efficace les Palestiniens et les peuples qui luttent légitimement contre leur déshumanisation systématique.

Notre injustice est également normalisée par les contribuables dont l’argent est versé à titre « d’aide » militaire à Israël par des politiciens qui s’abstiennent à chaque fois de prononcer des paroles de condamnation dès lors que l’auteur des abus est Israël, et aussi normalisée par des institutions internationales qui font des affaires avec Israël ou par des entreprises qui permettent des crimes israéliens, par des musulmans à travers le monde qui normalisent leurs relations avec Israël et achètent des dattes israéliennes alimentées avec notre douleur et dépossession, par des juifs sionistes et des chrétiens qui soutiennent au nom de Dieu le processus ininterrompu de nettoyage ethnique à l’encontre des peuples indigènes de la « terre promise ».

La meilleure réponse à une telle brutalité et à cette normalisation est la solidarité active !

Nous avons une belle manifestation de solidarité aujourd’hui avec des milliers de personnes qui s’unissent et qui appartiennent à des communautés, des religions, des sexes, des professions et des villes différentes, pour dire : nous ne tournons pas le dos au peuple palestinien. Nous savons trop bien, que la Palestine fasse la une des journaux ou non, qu’Israël perpétue la violence sans interruption.

À chaque minute, des âmes innocentes sont enterrées et des bâtiments qui devraient durer toute une vie sont aplatis. Il est urgent que les peuples de conscience du monde entier se joignent à la solidarité et s’opposent à la collusion de leurs gouvernements et de leurs institutions face à ce crime de longue date contre l’humanité.

* Shahd Abusalama est une artiste palestinienne, de Gaza . Elle est actuellement inscrite en Master auprès du département consacré aux Médias et au Moyen-Orient à l’Université de Londres. Elle dispose d’un blog : Palestine From my Eyes et peut être suivie sur Twitter.

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12 mai 2019 – Palestine From My Eyes – Traduction : Chronique de Palestine