L’élue démocrate Rashida Tlaib refuse « d’être traitée comme une criminelle » par Israël

Photo : Medias sociaux
Rashida Tlaib, élue démocrate au Congrès américain pour le Michigan - Photo : Medias sociaux
Al-JazeeraL’élue au Congrès américain Rashida Tlaib, déclare qu’elle ne sera pas réduite au silence et traitée « comme un criminel » après avoir reçu une permission d’Israël d’entrer en Palestine.

La membre du Congrès américain Rashida Tlaib a déclaré qu’elle ne se rendrait plus en Cisjordanie occupée dans les « conditions d’oppression » imposées par le gouvernement israélien, qui avait déclaré, il y a quelques heures, autoriser son entrée pour des raisons « humanitaires ».

Rashida Tlaib, d’origine palestinienne, a tweeté sa décision vendredi, un jour après que le gouvernement israélien l’a interdite d’entrée, ainsi que sa collègue du Congrès, Ilhan Omar, sous le prétexte qu’elles apportent leur soutien à un mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions [BDS] cherchant à faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à ses violations des droits des Palestiniens.

En vertu d’une loi israélienne largement condamnée, les partisans du mouvement BDS peuvent se voir refuser l’entrée en Israël.

Le ministre israélien de l’Intérieur, Aryeh Deri, a annoncé qu’il avait décidé d’autoriser Tlaib à effectuer une « visite humanitaire à sa grand-mère » en Cisjordanie, mais seulement après lui avoir envoyé un engagement à signer de « respecter les conditions imposées par Israël ».

Tlaib avait « promis de ne pas promouvoir la cause du boycott d’Israël pendant son séjour », a prétendu le ministre, dans une lettre qu’il aurait reçu dans la nuit.

Mais dans un tweet ce vendredi, Tlaib a déclaré que sa grand-mère ne voudrait pas qu’elle se rende [en Palestine] dans ces conditions.

« Me faire taire et me traiter comme une criminelle n’est pas ce qu’elle attend de moi. Cela tuerait une part de moi-même. J’ai décidé que rendre visite à ma grand-mère dans ces conditions oppressives allait à l’encontre de tout ce en quoi je crois – la lutte contre le racisme, l’oppression et l’injustice, » dit-elle.

« Quand j’ai gagné [les élections], cela a donné au peuple palestinien l’espoir que quelqu’un finira par dire la vérité sur ces conditions inhumaines. Je ne peux pas permettre à l’État d’Israël d’éteindre cette lueur en m’humiliant et en utilisant mon amour pour ma grand-mère pour que je me plie à leurs politiques oppressives et racistes », a-t-elle également tweeté.

Tlaib, âgée de 43 ans et née aux États-Unis, est originaire du village palestinien de Beit Ur al-Fauqa, en Cisjordanie occupée. Sa grand-mère et sa famille éloignée vivent toujours dans ce village.

Ilhan Omar publie l’itinéraire initialement prévu

La décision largement condamnée d’Israël d’interdire la visite des élues au Congrès est intervenue après que le président américain Donald Trump, proche allié du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a attaqué Tlaib et Omar, affirmant qu’elles « haïssent Israël et tout le peuple juif, et que rien de ce qui peut être dit ou fait ne changera leur avis ».

« Cela montrerait une grande faiblesse » de la part d’Israël de les laisser entrer, a-t-il éructé sur Twitter.

Tlaib et Omar ont répété à plusieurs reprises que leurs critiques du gouvernement israélien reposaient sur des différents politiques et ne visaient pas le peuple juif.

Jeudi, après l’annonce par Israël de l’interdiction d’entrée, Rashida Tlaib a qualifié cette initiative de « signe de faiblesse », tandis que Ilhan Omar a parlé « d’une insulte aux valeurs démocratiques », mais sans surprise compte tenu de la politique de Netanyahu à l’encontre des Palestiniens et de son alignement sur des « Islamophobes » comme Trump.

Vendredi, Omar a tweeté ce qui devait être l’itinéraire du voyage annulé, qui comprenait des réunions avec des membres de la Knesset et des responsables de la sécurité israélienne, des exposés des Nations Unies sur les conséquences des coupes budgétaires et sur les communautés bédouines déracinées au milieu des constructions par Israël de colonies de peuplement illégales sur des terres palestiniennes, ainsi qu’une vidéoconférence avec des étudiants de la bande de Gaza soumise au blocus.

Elle a ajouté que les États-Unis devraient utiliser comme moyen de pression les plus de 3 milliards de dollars d’aide militaire fournie chaque année pour exiger d’Israël qu’il mette fin aux colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés et garantisse le plein respect des droits des Palestiniens.

« Refuser les visites à des membres du congrès dûment élus n’est pas compatible avec le fait d’être un allié ou une démocratie », a tweeté Omar.

Le mouvement BDS a également qualifié l’initiative israélienne de « mccarthyite », ainsi que les hommes politiques et les groupes de pression qui en sont à l’origine.

« Comme tous les prolifiques violeurs des droits de l’homme, Israël veut imposer un black-out sur la réalité de la Palestine occupée et empêcher les femmes élues au Congrès, Tlaib, Omar, d’avoir un contact direct avec le peuple palestinien qui est soumis à un régime cruel de colonisation, d’oppression et d’accaparement de terres par Israël, » a déclaré Miftah, le groupe palestinien co-parrainant le voyage prévu.

« Cette interdiction est un cas évident de discrimination et d’hostilité fondée sur des opinions politiques et des origines ethniques, qui mérite l’indignation morale et une condamnation sans équivoque en Palestine et aux États-Unis. »

16 août 2019 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine