Des poignées de mains onusiennes pour récompenser les crimes de guerre israéliens

Photo : Mahfouz Abu Turk
Véritables tumeurs dans le paysage, les colonies israéliennes - construites sur des terres volées - défigurent cruellement la Palestine - Photo : Mahfouz Abu Turk

Par Maureen Clare Murphy

La position des Nations unies semble être la suivante : les crimes de guerre israéliens sont graves, mais nous n’allons rien faire pour les arrêter et nous allons saper les efforts significatifs pour l’obliger Israël à rendre des comptes.

On peut prendre pour exemple, le retard sans précédent dans la publication d’une base de données de l’ONU sur les entreprises impliquées dans les colonies israéliennes, dont la construction est un crime de guerre au regard du droit international.

Les groupes de défense des droits de l’homme ont encore soumis cette semaine un nouvel appel urgent aux organes de l’ONU, demandant une action qui garantirait la publication de la base de données.

« La publication de la base de données de l’ONU est une étape indispensable pour garantir la conformité, le contrôle et rendre compte quant au rôle joué par les entreprises dans l’expansion de la colonisation israélienne », ont déclaré les signataires de l’appel.

En 2016, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a voté en faveur de la production de la base de données, avec une date de publication en mars 2017. Mais le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, qui est chargé d’établir la liste, a différé sa publication à plusieurs reprises.

« Plusieurs organisations, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont déjà exprimé leur préoccupation quant au fait qu’aucun autre mandat donné au Haut-Commissariat aux droits de l’homme par le Conseil des droits de l’homme n’a fait l’objet d’un délai aussi long, sans fondement et inacceptable », indique l’appel.

Israël s’est engagé « à faire tout ce qui est en son pouvoir pour que cette liste ne voie pas le jour », comme l’a déclaré Danny Danon, son ambassadeur auprès de l’ONU, en 2017.
Israël craint que la publication de la liste ne nuise à son économie en poussant des entreprises à se retirer des colonies, en dissuadant d’autres d’y faire des affaires et en incitant les investisseurs à se défaire de leurs actions.

Elle pourrait également renforcer la base des campagnes de boycott en aidant à dévoiler les noms des entreprises complices des crimes israéliens.

En d’autres termes, elle imposerait un coût réel à Israël pour son mépris du droit international, un coût qui a jusqu’à présent été supporté par les Palestiniens.

Pourtant, les Nations unies sont en train d’enterrer la base de données alors même que la Cour pénale internationale est sur le point de lancer une enquête sur les crimes de guerre concernant la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Les dépenses pour les colonies montent en flèche

Pendant ce temps, les dépenses israéliennes pour les infrastructures des colonies de Cisjordanie ont grimpé en flèche suite à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis fin 2016.

Israël a avancé ou approuvé la construction de 22.000 unités de logement en Cisjordanie au cours de cette période.

L’administration Trump a donné son feu vert pour la construction des colonies et a rompu avec la politique étasunienne précédente et le consensus international en reconnaissant les revendications de souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan – territoire syrien occupé depuis 1967.

Netanyahu a promis cette semaine d’annexer unilatéralement toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie s’il remporte les prochaines élections.

Son rival, Benny Gantz, s’est engagé à annexer la vallée du Jourdain en Cisjordanie en coordination avec la communauté internationale s’il remporte les élections.

Nickolay Mladenov, l’envoyé de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, a déclaré mercredi que l’annexion des terres de Cisjordanie « porterait un coup dévastateur au potentiel de relance des négociations israélo-palestiniennes, à la progression de la paix dans la région, et à l’essence même de la solution à deux États ».

La résolution du Conseil de sécurité des Nations unies de 2016 condamnant les colonies israéliennes exige que Mladenov fournisse des mises à jour trimestrielles sur la mise en œuvre des dispositions de la résolution.

Ces mises à jour, comme l’ont observé les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme, ont « montré l’absence flagrante d’action de la part de la communauté internationale ».

Il est aussi flagrant que les mises à jour de Mladenov, y compris les appels à la publication de la base de données de l’ONU, ne contiennent aucune recommandation spécifique sur les responsabilités. Son approche a été de considérer les droits des Palestiniens non pas comme quelque chose à protéger, mais comme un sujet de négociation avec Israël.

Poignées de main avec les criminels de guerre

On pourrait accuser l’envoyé de l’ONU de ne rien faire, mais ce ne serait pas juste, car il a été occupé à serrer les mains du ministre israélien de la défense Naftali Bennett.

Une bonne discussion aujourd’hui avec le ministre de la défense d’#Israël @Naftali_Bennett centrée sur les tensions régionales au #Moyen-Orient et sur la nécessité d’éviter une escalade à #Gaza. pic.twitter.com/gItmh1C14k
– Nickolay E. MLADENOV (@nmladenov) 27 novembre 2019

Bennett a récemment soutenu des plans de construction de nouvelles colonies dans la zone dite H2 d’Hébron, la ville occupée de Cisjordanie dont le cœur a été vidé de sa population palestinienne au profit des colonisateurs israéliens.

Bennett, qui cherche à se faire réélire au parlement israélien, a récemment annoncé l’ouverture de « réserves naturelles » sur des terres de Cisjordanie confisquées aux Palestiniens.

Déclarer des biens palestiniens comme réserves naturelles est une vieille ruse israélienne visant à utiliser par la suite les terres pour des colonies exclusivement juives.

Mladenov a également été occupé à serrer la main de Kamil Abu Rukun, le chef du COGAT, le bras bureaucratique de l’occupation militaire israélienne qui a ouvertement déclaré les mesures de punition collective contre les deux millions de Palestiniens de Gaza.

Aujourd’hui, le GM du COGAT Kamil Abu Rukun a rencontré le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov. Ils ont discuté des récents développements, des derniers tirs de roquettes en provenance de Gaza et de leurs conséquences potentielles, ainsi que des moyens à mettre en œuvre pour parvenir à la stabilité dans la région. @nmladenov pic.twitter.com/R6bdIOp7Iz
– COGAT (@cogatonline) 15 janvier 2020

Des dizaines de Palestiniens sont morts parce que le COGAT leur a interdit de quitter Gaza pour recevoir des soins médicaux qui auraient pu leur sauver la vie.

La semaine dernière, Abu Rukun a également eu droit à l’étreinte chaleureuse de sa collègue Ursula Mueller, secrétaire générale adjointe des Nations unies pour les affaires humanitaires et l’aide d’urgence.

Hier, le GM du COGAT Kamil Abu Rukun a rencontré la Sous-secrétaire générale des Nations unies aux affaires humanitaires et Coordinatrice adjointe des secours d’urgence, Ursula Mueller. Ils ont eu une réunion constructive au cours de laquelle ils ont discuté des efforts visant à stabiliser la région et à améliorer l’économie. pic.twitter.com/5gZ8c5Z1ej
– COGAT (@cogatonline) 16 janvier 2020

Les avertissements de l’ONU, qui ont été ignorés, selon lesquels le siège d’Israël rendrait Gaza « invivable« , se sont réalisés.

Pourtant, Mueller a loué Israël en tant que « contributeur important » pour la gestion des catastrophes mondiales lors d’une conférence à Tel-Aviv, bien que ce soit le concepteur de la catastrophe humanitaire à Gaza.

Mueller a également « exprimé sa reconnaissance » au ministère israélien des affaires étrangères « pour son étroite collaboration et ses relations renforcées avec l’OCHA », l’organe de coordination des affaires humanitaires des Nations unies qu’elle supervise – et qui est chargé d’atténuer les dommages dévastateurs causés délibérément par le siège israélien.

Si c’est le traitement qu’Israël reçoit des fonctionnaires de l’ONU – malgré le bombardement des installations de l’organisme mondial à Gaza et le meurtre de ses étudiants et de son personnel – pourquoi changerait-il son comportement ?

Comme l’a récemment fait remarquer un observateur, le comportement d’Israël ne fait qu’empirer parce qu’il a les pleins pouvoirs pour le faire.

A1 * Maureen Clare Murphy est rédactrice à The Electronic Intifada (Arts, Musique et Culture). Elle vit à Chicago.

24 janvier 2020 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Fadhma Nsumer