Dakota : les manifestants « anti-pipeline » ont imposé l’arrêt du projet !

Photo : Democracy Now
Daniel Lak – Dernière nouvelle : le Corps des ingénieurs de l’armée américaine a annulé un permis pour un projet de gazoduc controversé en cours d’exécution dans le Dakota du Nord.
C’est une victoire pour les Amérindiens et tous les militants pour la défense de l’environnement qui ont protesté contre le projet pendant plusieurs mois. Le pipeline Dakota Access, d’une longueur de 1885 km et appartenant à Energy Transfer Partners LP, basé au Texas, était totalement réalisé sauf un segment prévu sous le lac Oahe, un réservoir formé par un barrage sur la rivière Missouri. « L’Armée de terre n’accordera pas d’autorisation pour traverser le lac Oahe à l’emplacement proposé sur les plans actuels, » fait savoir un communiqué de l’armée américaine.

Dakota : les manifestants anti-pipeline s’installent pour affronter l’hiver

Les manifestants anti-pipeline s’attellent à construire des camps permanents, alors que les « vétérans » arrivent et que le froid hivernal commence à faire sentir sa morsure.

Des mois après son lancement, la lutte contre le Dakota Access Pipeline se poursuit au confluent du Cannon Ball et du Missouri Rivers.

En descendant des hautes plaines jusqu’au campement sur les rives du fleuve, la vue est vaste et émouvante. Des cavaliers font trotter leurs chevaux tandis que des milliers de drapeaux colorés flottent dans le vent de la prairie.

Ce qui était un campement improvisé est en train de devenir un campement permanent que les manifestants – ils préfèrent le nom de « protecteurs de l’eau » – retranchent pour l’hiver. Il y a maintenant des bâtiments en bois solide, des yourtes mongoles et des murs de tentes avec des poêles à bois et même un dôme géodésique où des réunions et des formations ont lieu.

La nation de Sioux Rock, dont le territoire est tout alentour, dirige cette action et les aînés donnent le ton. Les nouveaux arrivants sont les bienvenus mais ils doivent suivre un cours d’orientation où ils apprennent la non-violence, la voie des Sioux et à respecter les feux de camp sacrés autour des terrains qui doivent être préservés, jamais photographiés et dont l’accès doit toujours être libre.

À l’extrémité nord, au-dessous d’une ligne de collines où les véhicules de la police et les projecteurs marquent la voie prévue pour le pipeline, il y a des cours quotidiens « d’action directe non violente » organisés par des manifestants expérimentés venus d’autres régions des États-Unis.

L’un d’eux se déroulait alors que nous allions à travers le camp, essayant surtout de rester au chaud sous la neige en rafale et les vents glacés.

Un groupe de personnes se tenait en terrain découvert et deux instructeurs, venus d’Hawaï et d’Alaska, leur montraient comment éviter une confrontation violente pendant les actions de protestation, tout en maintenant sa position et en soutenant fermement ses convictions.

« S’ils [la police] vous tirent de la ligne, laissez-les faire, et tout le monde doit alors se rapprocher, se serrer les bras et continuer à chanter, à prier, à crier des slogans ou quoi que ce soit. Ne hurlez jamais, ne les injuriez pas », expliquait l’instructeur. « S’ils vous arrêtent, nous avons des avocats et juristes qui peuvent vous aider. »

Ce sont des conseils utiles. Plus de 500 manifestants ont été arrêtés depuis la première installation du camp l’été dernier. Parmi eux se trouvent des célébrités, des journalistes et de nombreux militants amérindiens. Les journaux du Dakota du Nord ont rapporté que le système judiciaire local est soumis à une pression qui dépasse toutes ses capacités avec tous les procès et comparutions qui semblent généralement se terminer par un non-lieu ou une réduction des accusations.

Il y a eu des affrontements dont les deux parties s’accusent mutuellement. Au début de la manifestation, en septembre dernier, on a signalé des actes de vandalisme et des incendies délibérés, mais depuis, l’essentiel de la violence semble provenir des autorités.

Fin novembre, un groupe de manifestants essayant de traverser un pont bloqué par la police juste à l’extérieur du camp a fait face à des canons à eau et des gaz lacrymogènes. C’était une nuit glaciale et 17 personnes ont dû être traitées à l’hôpital, certaines pour hypothermie.

Depuis lors, le gouvernement de l’État et les départements sous l’autorité des shérifs locaux n’ont plus utilisé de telles tactiques, mais de larges groupes de manifestants n’ont pas encore approché les barricades comme cela avait été fait cette nuit de novembre.

« Nos moyens sont la prière, la non-violence, le respect de la terre et de l’eau », déclare le militant Dallas Goldtooth du Indigenous Environmental Network. « Nous ne voulons pas de problèmes, nous voulons simplement protéger l’eau et si nous ne l’avions pas fait, ce gazoduc serait juste en amont de la communauté de Standing Rock. Une fuite serait désastreuse pour tout le monde en aval. »

Les Sioux sont un peuple fier et résistant dont le territoire couvrait autrefois de vastes étendues du Midwest. Au 19ème siècle, eux et d’autres tribus ont signé des traités avec le gouvernement américain – certains après des guerres prolongées – mais aujourd’hui beaucoup estiment que ces accords n’ont pas été honorés par Washington.

Ils exhortent aussi à boycotter les entreprises locales, nationales et internationales qui soutiennent des projets contestés sur des terres autochtones, ici et ailleurs.

Dans les prochains mois cependant doit se mettre en place une nouvelle administration dirigée par le président élu Donald Trump, qui a déjà soutenu le projet de pipeline et qui jusqu’à récemment détenait des actions dans la société qui le construit.

S’il y a un espoir auxquels gens s’accrochent ici, devant les feux de camp et les barricades, c’est que l’administration sortante Obama bloque le projet une fois pour toutes.

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* Daniel Lak est correspondant d’Al-Jazeera au Canada

4 décembre 2016 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah