Conférence du PSC au Royaume-Uni : Comme l’ont dit les Gazaouis, le retour c’est la clé !

La UK Palestine Solidarity Campaign (PSC) a tenu une conférence sur le droit au retour le 20 mai à Londres. (Photo : via Twitter)
Blake Alcott La UK Palestine Solidarity Campaign (PSC) [Campagne de Solidarité avec la Palestine du Royaume Uni] a tenu le dimanche 20 mai à Londres une conférence d’une journée sur le droit au retour, à laquelle ont assisté environ 150 personnes. L’événement est la concrétisation d’une motion adoptée lors de l’assemblée générale annuelle de la PSC en janvier 2017 pour commémorer les 70 ans écoulés depuis le début du nettoyage ethnique par le sionisme toujours en cours.

Le président du PSC, Hugh Lanning, a commencé par reconnaître que le PSC et le mouvement de solidarité au sens large ont accordé trop peu d’attention aux Palestiniens contraints de quitter leur foyer situé dans les territoires occupés en 1948 (Israël) – y compris leurs descendants, soit plus des deux tiers de tous les Palestiniens. Le groupe de solidarité s’était surtout concentré sur les Palestiniens qui vivent maintenant entre le fleuve et la mer.

Bien que poursuivant par un appel pour que le PSC concentre son attention, non pas après tout sur les réfugiés, mais sur le commerce des armes avec Israël, on espère que ce n’est que le début d’une reconnaissance accrue du caractère central de l’avenir des réfugiés. Et comme Hugh l’a souligné, les manifestations de la Grande Marche du retour d’avril et de mai ont remis sous les projecteurs le sort des exilés forcés.

Hazem Jamjoum, membre politique d’Al-Shabaka et doctorant en histoire du Moyen-Orient, a commencé avec une vision radicale bienvenue de la place des Palestiniens expulsés dans le droit international et peut-être plus important en politique puisque le droit résulte des relations de pouvoir. Selon lui, il s’agit beaucoup moins d’une question humanitaire.

Après avoir remarqué que l’Autorité palestinienne fait partie du problème plutôt que de la solution, puisqu’elle dirige un  » État policier  » pour le compte d’Israël et ses puissants partisans, Hazem a souligné que les Palestiniens ne réclament pas le droit au retour, puisqu’ils l’ont déjà au regard du droit international et des principes éthiques ; au contraire, ils réclament le retour réel et effectif.

Il a rappelé à l’auditoire que, historiquement, les Européens et les Nord-Américains – comme lors de la Conférence d’Evian en 1938 – ont toujours désigné la Palestine plutôt que l’Europe ou l’Amérique du Nord comme l’endroit où s’installer pour les Juifs persécutés en Europe (et non au Proche-Orient), plutôt que de leur ouvrir leur pays. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, un exemple attestant de la poursuite du nettoyage ethnique est l’expulsion probable des 250 000 Palestiniens vivant dans la zone C de Cisjordanie.

Ironiquement, le sionisme est d’accord avec les Palestiniens en soutenant également que ceux qui sont originaires (même seulement prétendument) d’un endroit ont le droit d’y retourner. Enfin, la solidarité doit recentrer son attention sur l’expulsion, le retour et la libération nationale.

L’avocate Salma Karmi a ensuite donné un aperçu des fondements immuables du droit au retour en droit international. Comme beaucoup d’autres orateurs, elle a décliné le « droit au retour » (RoR) ou « rapatriement » en retour physique réel, restitution des biens, indemnisation et rétablissement du droit de vote là où les Palestiniens avaient été des citoyens de la Palestine Mandataire jusqu’à ce qu’Israël leur retire leur citoyenneté.

Elle a souligné que, parce qu’un descendant d’un Palestinien expulsé ne peut « retourner » dans un lieu où il n’est jamais allé, le droit international parle plutôt de « droit d’entrée » ; il en résulte que les 6 à 7 millions de Palestiniens vivant en dehors de la Palestine historique, les quelque 3 millions de personnes expulsées vivant en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, ainsi que peut-être 300 000 personnes « déplacées de l’intérieur en Israël », jouissent tous du droit intégral de s’installer en Palestine.

Bien entendu, le paragraphe 11 de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 11 décembre 1948 (un jour après l’adoption par l’Assemblée générale de la Déclaration universelle des droits de l’homme) est l’affirmation fondamentale du droit des Palestiniens à retourner dans leurs foyers, et pas seulement en Palestine, et a été réaffirmée depuis chaque année par l’ONU.

Ainsi, la Résolution 194 est une résolution spéciale ayant le statut de jus cogens ; en d’autres termes elle est contraignante ou droit « coutumier ». Mais Salma a fait remarquer qu’il s’agissait en fait d’une réaffirmation du droit international déjà existant, fondé sur la loi de la nationalité qui fait obligation à Israël à l’égard des autres États de rapatrier les réfugiés, ainsi que sur la loi de la Succession des États qui exige d’un État, après un changement de souveraineté dans un territoire particulier, d’accorder le droit de vote à tous les résidents habituels antérieurs (et bien sûr le retour s’ils ont fui ou ont été expulsés).

Le droit humanitaire, ainsi que le droit des droits de l’homme, sont tous deux favorables au retour de toute personne ayant des « liens authentiques » avec un territoire, en l’occurrence la Palestine – soutien ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Salma s’est donné la peine d’exposer certains arguments sionistes ou israéliens contre le retour, comme par exemple, menace pour sa sécurité ou l’ordre public, ou mise en péril des droits des autres. Mais ceux-ci ne tiennent pas la route, et l’expulsion par la force demeure un crime comme elle l’était déjà en 1948. Le droit au retour, en outre, remet en cause la nature juive de l’État d’Israël. Enfin, tout « accord de paix » lié à une solution à deux États légitimerait le déplacement par la force, ce qui serait une mauvaise chose pour tous les réfugiés actuels et futurs, et pas seulement les réfugiés palestiniens.

Rania Madi, membre de longue date de BADIL, Centre de Ressources pour le Droit à la Résidence et le Droit des Réfugiés palestiniens a estimé à 7,8 millions le nombre de Palestiniens jouissant du droit au retour. Elle a fait remarquer la contradiction existant entre la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 29 novembre 1947, qui recommandait de céder une grande partie de la patrie palestinienne au peuple juif, et la résolution 194, qui exigeait un retour qui aurait mis les résidents juifs de cette partie de la Palestine en nette minorité.

En approfondissant l’histoire du déplacement des Palestiniens, elle nous a rappelé que la résolution 273 de l’AG de l’ONU du 9 mai 1949 admettait Israël comme membre de l’ONU à condition qu’il remplisse sa promesse d’honorer la résolution 194 ; le reniement de sa promesse a, bien sûr, des conséquences potentielles pour l’appartenance d’Israël à l’ONU à l’avenir. Enfin, elle a évoqué les expulsions post-1967 de 200 000 Palestiniens de Jordanie après le Septembre Noir en 1970, de dizaines de milliers du Koweït, de Libye et d’Irak, et très récemment ceux de Syrie.

Elle a également lié la question individuelle du retour et du rapatriement à celle du droit à l’autodétermination du peuple palestinien dans son ensemble, comme le stipule l’article premier du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.

Tout comme Rania et Kamel Hawwash, président du panel et vice-président du PSC, les orateurs d’un panel de Palestiniens exilés ont raconté leurs expériences personnelles sous le thème « Discours de retour ». Alors que ce panel était quelque peu académique et non ciblé, Mohammed Fahed du Liban a exprimé son opinion que, contrairement à une opinion souvent entendue, le fait d’avoir des droits au Liban renforcerait en fait la lutte des Palestiniens au Liban pour leur retour en Palestine. Il a caractérisé le retour non pas comme un devoir « patriotique » mais comme un droit de l’homme, a souligné que le retour n’impliquait pas du tout de se débarrasser des Juifs vivant actuellement en Palestine, et a déclaré qu’une solution à un seul État (démocratique) (ODS) serait plus propice à son retour qu’une solution à deux États.

Sarona Bedwan, comme Tamara Be Halim du même panel et membre du personnel de Makan, organisation caritative britannique visant à recadrer et à démystifier le conflit Palestine-sionisme, a relaté diversement que le déplacement des Palestiniens impliquait d’autres délits israéliens tels que le vol de livres et d’autres biens culturels, a davantage parlé de « créer une vision » que de « retourner », et a évoqué la tension entre l’ « égalité » palestinienne avec d’autres résidents de Palestine et la « libération » de la Palestine. Elle a également remarqué qu’il est devenu plus facile et plus courant de parler ouvertement de l’antisionisme.

Tareq Baconi, analyste à Al-Shabaka, a attesté qu’au moins en dehors des cercles de la « direction » palestinienne, un rééquilibrage de la discussion était en cours, pour revenir sur l’essentiel du conflit, à savoir le nettoyage ethnique des Palestiniens non-juifs et leur détresse ; les manifestations actuelles de la Grande Marche du retour à Gaza en sont la preuve.

Il s’est également déclaré contre l’idée de discuter de solutions (un État démocratique, deux États) en faveur d’une focalisation sur les valeurs, les droits et le démantèlement de la suprématie. Il a ensuite précisé que même si le retour pouvait très bien signifier le remplacement de l’État juif, il est stupide d’abandonner maintenant le cadre de deux États qui accorde à la Palestine une certaine reconnaissance à l’intérieur des frontières de 1967, lui assure un certain soutien politique extérieur et met certains outils juridiques entre les mains de l’Autorité palestinienne qu’elle peut utiliser dans des forums comme l’ONU et la Cour pénale internationale. Il a semblé soutenir que le fait de discuter de solutions pourrait mettre en danger certaines « sources de pouvoir » auxquelles les Palestiniens devraient renoncer s’ils abandonnaient explicitement la solution à deux États.

Ghada Karmi a alors implicitement contredit ce point de vue, affirmant qu’il n’y a pas de solution sans la justice que peut rétablir le retour, et que ce dernier est impossible dans le cadre de deux États, l’un de ces deux États étant vraisemblablement l’État juif d’Israël.

Elle a suggéré de manière controversée une voie permettant à terme d’obtenir un État palestinien réunifié, ouvert à tous les Palestiniens – garantissant une pleine égalité en tant que citoyens à tous ceux qui résident actuellement entre le fleuve et la mer (soit dit en passant, divisés à 50/50 entre Palestiniens et Israéliens juifs israéliens). Cela pourrait se faire sans nuire au droit au retour – en fait constituer une avancée dans la poursuite du droit au retour. Bien qu’il soit émotionnellement difficile pour de nombreux Palestiniens d’imaginer même devenir volontairement citoyens de l’État oppresseur d’Israël (défini qui plus est comme État juif), cette tactique a l’avantage d’abandonner le simulacre du contrôle palestinien de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et de présenter au monde une situation claire d’apartheid, situation que l’opinion mondiale a déjà réussi à vaincre.

Eitan Bronstein, fondateur de Zochrot et co-fondateur de De-Colonizer, était conscient de sa position unique à la conférence en tant que seul juif israélien, mais il va sans dire qu’il a été chaleureusement accueilli.

Il a relaté son travail et celui d’autres personnes aux vues similaires pour récolter des données et attirer l’attention sur des centaines de villages, de villes et de zones agraires dont l’ancienne identité palestinienne a été systématiquement effacée dans un processus de démolition, reconstruction, et replantation. Réhabiliter les noms de lieux et rendre visible l’histoire palestinienne est une étape fondamentale pour faire prendre conscience que le retour est littéralement un retour – dans un pays, dans des lieux et des foyers.

Trois questions ont été soulevées, qui nécessitent une discussion plus approfondie :

1) Devrions-nous continuer à mettre l’accent sur le statut juridique du droit au retour, ou nous concentrer davantage sur les raisons éthiques pour lesquelles le retour est en principe universellement accepté ?
2) Devrions-nous soutenir que les Palestiniens ont le droit de recouvrer le droit de vote (en tant que citoyens de l’État, quel qu’il soit, qui gouverne la Palestine), qu’ils reviennent ou non physiquement ?
3) Considérant qu’en 1948, environ 93 % des terres palestiniennes appartenaient à des Palestiniens ou au gouvernement, que signifie la restitution des biens pour ceux qui vivent aujourd’hui sur cette immense propriété foncière ?

Il est également important d’impliquer le Palestinian Return Centre (Centre palestinien du retour) dans les futures activités pour le Retour, ainsi que peut-être le jeune mouvement des Palestiniens à l’étranger, qui tiendra son deuxième grand congrès à Istanbul en juin. Les relations logiques et tactiques entre RoR et à la fois BDS et ODS devraient également être explicitées et développées au sein du mouvement de solidarité.

Le directeur de PSC, Ben Jamal, a prononcé un discours de clôture motivant, réaffirmant l’engagement de l’organisation à l’égard du retour et faisant observer que nous pouvons construire une solide argumentation sur la base de l’étude de 2017 de Richard Falk et Virginia Tilley, qui montre que le concept d’ « apartheid » ne s’applique pas seulement à ceux qui vivent en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et en Israël, mais aussi à ceux qui ne sont pas présents dans la Palestine historique. Il s’est réjoui également de la tenue d’une journée d’action le 5 juin et d’une grande conférence sur l’apartheid israélien en novembre.

De nombreuses causes ont semblé utopiques : la fin de l’esclavage, le suffrage des femmes, le remplacement de l’apartheid sud-africain par une démocratie normale, et même le sionisme ont d’abord été considérés comme irréalistes, mais ils se sont produits. Il peut en être de même pour le retour et les autres formes de réparation et de réintégration qu’il implique.

Tout commentaire ou correction de cet article sont les bienvenus.

* Blake Alcott est un économiste de l’environnement et le directeur de One Democratic State in Palestine (Angleterre).

2 juin 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

2 Commentaires

  1. Merci pour ce rapport de cette conférence. Que d’idées apportées dans cette conférence, les unes plus ou moins acceptables que d’autres ! Il manque la position du Juif de Thora pour qui l’existence d’une entité sioniste est inacceptable ; le sionisme est une attaque à l’identité Juive, et sa réalisation en tant qu’« Etat » et les crimes du régime sioniste par la colonisation et la politique d’apartheid transgresse la Thora et le Droit International. Je rappelle que les Juifs authentiques fidèles à la Thora se distancient de la politique sioniste et vivent en dehors de la Palestine Historique à cause du Décret Divin de l’Exil et Dispersion.

  2. J’avoue qu’il y a beaucoup trop de Juifs, même antisionistes ou non-sioniste qui sont installés en Palestine ; pour certains d’entre eux, ils y sont pour de bonnes motivations spirituelles, mais pour la plupart d’eux, ils furent entrainés par la propagande sioniste distillées chaque année dans les communautés Juives dans le monde où les dirigeants sont de gros sionistes religieux. Si j’avais été à cette conférence, j’aurai développé ces points.

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