Comment Israël détruit méthodiquement la Palestine

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Faire de la Palestine une terre dénaturée où la population autochtone est emprisonnée, face à des colonies dont l’architecture évoque l'époque de Mussolini - Photo : ActiveStills
CJ WeaverEn 2018, il semble que les lignes séparatrices de l’occupation militaire israélienne se sont estompées à travers la Cisjordanie pour presque faire disparaître définitivement la vision de tout futur État palestinien.

Le projet de colonisation israélienne en Cisjordanie a surgi de containers grises, empilés au sommet des collines au-dessus des routes qui traversent la zone C reliant les villes palestiniennes dans la zone A, jusqu’à ces villas permanentes à toit rouge, du type des banlieues américaines.

Ces habitations sont maintenant construites à côté des containers des premiers jours de l’occupation militaire de la Cisjordanie, se transformant en lignes d’immeubles en béton inspirés de l’architecture italienne de l’époque de Mussolini. Elles avancent le long des anciennes collines en terrasses jusqu’aux bords de routes marqués par de hautes perches battant le drapeau israélien, positionnées à intervalles réguliers le long des autoroutes palestiniennes.

Le mouvement des colons de l’époque d’Ariel Sharon a commencé au mépris du droit international et s’est étendu au fur et à mesure que les banlieusards d’âge moyen se sont transformés en une population de colons illégaux.

Les Israéliens refusent de voir ou d’accepter leur statut d’occupants, et ils agissent en tant que force d’annexion, avec l’idéologie que cette terre sera un jour la leur – ou, pour beaucoup, qu’elle l’est déjà.

L’État israélien a construit un vaste programme de construction de routes dans la Cisjordanie palestinienne pour relier les colonies à Israël. Des routes qui séparent les villages palestiniens de leurs terres agricoles…

Actuellement, l’État israélien est en train de creuser un tunnel à travers les collines de la Cisjordanie pour construire un chemin de fer souterrain pour relier la colonie d’Ariel à Tel-Aviv. Cela va brouiller davantage les frontières de l’État d’Israël, absorbant davantage le territoire supposé réservé pour un futur État palestinien.

Les routes israéliennes et les programmes de construction de colonies provoquent toutes sortes de confusions dans une très petite zone géographique. L’utilisation et le contrôle de cet espace sont divisés selon les lignes ethniques par la partie la plus puissante du conflit : l’État israélien.

Alors que je regarde par la fenêtre de la voiture en traversant la Cisjordanie, je vois des panneaux de signalisation dans toute la zone C écrits en arabe et en hébreu. Mais les noms de lieux indiquent seulement des colonies de peuplement israéliennes et les panneaux d’affichage dans la zone C vantent des produits en hébreu.

Les projets de colonisation consistent aussi à planter des pins italiens non indigènes sur les pentes entourant les colonies, ce qui multiplie les risques d’incendies catastrophiques.

Un ancien olivier a été déraciné et repiqué sur un rond-point près de l’entrée de Ma’ale Adumim, juste au nord d’Al-Eizariya, une ville palestinienne divisée sur le papier entre les zones B et C par les lignes administratives d’Oslo.

L’olivier est supposé représenter l’ancienne connexion des Israéliens avec la terre de Palestine.

Nous quittons l’herbe verte brillante du rond-point et nous rendons à Al-Eizariya, qui est sur une route sinistre faite de casses-autos et de sites d’enfouissement, et très polluée avec toutes sortes de déchets toxiques.

C’est un environnement industriel semi-urbain où l’Autorité palestinienne n’a pas de mandat et les Israéliens ne s’impliquent que dans les questions dites de « sécurité ».

On dit que toutes sortes de métiers considérés illégaux en Israël et dans les zones sous l’autorité palestinienne, se déploient ici. C’est un no-man’s-land à certains égards, une frontière désordonnée marquée par les montagnes de voitures en pièces et les tas de ce qui ressemble à de l’amiante en morceaux.

C’est à l’extérieur de la ville que l’on m’a dit avoir été mis de côté pour la future « Jérusalem palestinienne » et cela comprend une vallée avec un canyon oùdles déchets toxiques sont déposés quotidiennement.

Depuis ma dernière visite en Cisjordanie en 2009, le trafic routier s’est multiplié. L’une des principales raisons est le crédit bon marché qui est mis à disposition pour acheter des voitures. Une des personnes que j’ai interrogées m’a dit que son mari avait contracté un emprunt parce que « c’est bien pour un homme d’avoir une voiture ». Elle a ajouté qu’avoir une voiture était utile pour les familles vivant dans des régions éloignées.

Mais à mesure que les routes se multiplient en Cisjordanie, la pollution et le trafic augmentent.

L’un des effets que je ressens lorsque je voyage sur les nouvelles routes est celui de la désorientation. Je me suis demandé comment ces nouvelles routes influent sur le commerce et les moyens de subsistance palestiniens.

Pour de nombreux Palestiniens, l’immobilier est leur seule sécurité, mais en raison des restrictions de construction dans la zone C, les espaces verts dans les zones B et A disparaissent rapidement sous de laids bâtiments de béton gris.

Au Musée palestinien d’histoire naturelle dans la région de Bethléem, je me suis retrouvé à montrer à un scientifique palestinien, à son mari et à ses enfants les expositions, les documents et les livres du fondateur du musée, le Dr Mazin Qumsiyeh.

Nous visitons le hibou gardé dans une volière sur le bord de la colline surplombant Bethléem et Beit Sahour. Le scientifique attrape une poignée de graine séchée d’une tige dorée et la jette dans l’air.

« Nous avions l’habitude de jeter des graines de gazon sur le dos des chemises de l’autre quand nous jouions dans les prairies autour de Bethléem », me dit-elle.

« Nous avions l’habitude de dire que la quantité de graines qui collait à notre dos était la quantité d’années que nous allions vivre.

« Mes enfants ne jouent pas à ce jeu. En fait, ils ne jouent pas beaucoup dehors, nous perdons tous nos espaces verts, c’est pourquoi j’ai amené les enfants au musée aujourd’hui, afin qu’ils puissent apprendre quelque chose à propos de la nature. »

* CJ Weaver est un chercheur et écrivain spécialisé dans les conflits au Moyen-Orient, actuellement basé en Cisjordanie occupée.

3 juillet 2018 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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