Ban Ki-moon : un bilan en négatif, en paroles comme en actes

Ban Ki-moon
Faible avec les forts, et fort avec les faibles... la potiche Ban Ki-moon reçoit Netanyahu aux Nations Unies - Octobre 2015 - Photo : Nations Unies
Ramzy Baroud – Le second mandat de Ban Ki-moon en tant que secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) se termine en décembre. Pour les États-Unis et leurs alliés, c’était tout à fait l’homme qu’il leur fallait…

Bien sûr, il y aura toujours d’autres Ban Ki-moon. En fait, l’homme lui-même était une version relookée de son prédécesseur, Kofi Annan.

La règle tacite mais sans équivoque à propos des secrétaires généraux des Nations Unis, est qu’ils doivent paraître assez affables pour ne pas être la cause de controverses internationales, mais aussi suffisamment souples face à l’influence disproportionnée des États-Unis sur l’ONU, notamment au Conseil de sécurité .

Une fonction qui est tout sauf indépendante

A la fin de leur mandat, la « réussite » ou « l’échec » de ces secrétaires a été largement déterminée par leur volonté de respecter la règle précitée : Boutros Boutros-Ghali avait failli aux yeux des États-Unis, comme Kurt Waldheim avant lui. Mais tant Annan que Ban avaient compris la leçon et respecté le script jusqu’à la fin de leur mandat.

Il serait tout à fait injuste de rejeter sur un seul individu la faute de l’échec absolu des Nations Unies à résoudre les conflits mondiaux ou à obtenir quelque résultat notable que ce soit à l’échelle mondiale. Mais Ban a été particulièrement « bon » dans cette fonction. Ce sera un défi de lui trouver un remplaçant avec ces mêmes « qualités ».

Son admonestation d’Israël, par exemple, peut apparaître comme rédigée en termes forts et faite pour être bien reprise dans les médias, mais son inaction face aux perpétuelles violations israéliennes des nombreuses résolutions adoptées par l’ONU qu’il dirigeait, est sans égale.

Même ses soi-disant « mots fort » ont souvent été savamment sélectionnés, et en fin de compte avaient peu de signification.

Quand Israël a lancé sa guerre la plus longue et la plus dévastatrice sur Gaza à l’été 2014, un grand nombre d’experts en droit international et des organisations de la société civile ont signé une lettre accusant le chef de l’ONU de ne pas condamner clairement l’action illégale d’Israël dans les territoires occupés, son ciblage des habitations civiles et même le bombardement d’installations des Nations Unies qui ont tué et blessé des centaines de personnes.

Un appel à démissionner

Parmi les signataires de la lettre figuraient l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies Richard Falk qui, avec ses co-signataires, appelait Ban soit à se dresser pour la justice, soit à démissionner. Il n’ont obtenu ni l’un ni l’autre.

Les signataires l’ont critiqué, en particulier, pour le bombardement israélien d’une école gérée par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), dans laquelle dix civils ont été tués.

Dans sa « condamnation » de l’attaque israélienne, Ban avait été jusqu’à omettre de mentionner Israël par son nom comme étant l’attaquant, et avait appelé « les deux parties » à assurer la protection des civils palestiniens et du personnel des Nations Unies.

« Vos déclarations sont soit trompeuses, car elles approuvent et endossent les versions israéliennes mensongères des faits, soit contraires aux dispositions établies par le droit international et aux intérêts de ses défenseurs, car elles justifient les violations et les crimes d’Israël, » écrivaient-ils.

Et ils avaient raison. Telle est la politique typique de Ban Ki-Moon : une capacité à éviter habilement de critiquer Israël (et, bien sûr, les États-Unis ou d’autres) quand cette critique aurait pu, lorsque le besoin s’en faisait le plus sentir, imposer au moins une pause à ceux qui violent à volonté la loi internationale.

Servile jusqu’à la fin

Considérant cela, beaucoup ont imaginé que le discours d’adieu de Ban à la 71e session de l’Assemblée générale des Nations Unies le 15 septembre, serait pour lui une occasion de sortir de sa réserve. Entendu qu’il était à la fin de son mandat, il pouvait être prêt à montrer qu’il disposait au moins d’une colonne vertébrale, même tardivement… Malheureusement, cela n’a pas été le cas.

« Cela me peine que cette dernière décennie ait été perdue pour la paix. Dix années de perdues à cause de l’expansion des colonies illégales. Dix années de perdues à cause de la fracture intra-palestinienne, de la polarisation croissante et du désespoir », a-t-il asséné, comme si les deux parties – les occupés et l’occupant militaire – étaient également responsables de l’effusion de sang et que les Palestiniens sont également à critiquer pour leur propre occupation militaire par Israël.

« Ceci est de la folie », dit-il. « Remplacer une solution à deux États par la construction d’un seul État serait un drame : nier aux Palestiniens leur liberté et l’avenir qui leur revient, tout en poussant Israël loin de sa vision d’une démocratie juive et vers un plus grand isolement au niveau mondial. »

Une obsession : ne pas déplaire à Israël

Mais encore une fois, aucun engagement solide de pris… Qui donc « remplace une solution à deux États ? » Pourquoi une « réalité à un seul État » – ce qui serait d’ailleurs la solution la plus humaine et la plus logique au conflit – serait-elle « de la folie » ? Et pourquoi Ban est-il si précis la vision ethnique d’Israël de « démocratie juive » ? Est-ce l’obsession démographique d’Israël qui a poussé les Palestiniens à vivre sous occupation militaire ou à vivre sous une perpétuelle discrimination raciale en Israël même ?

Le fait est qu’il y a plus d’une confusion de la part de Ban lorsqu’il tente désespérément de trouver un équilibre dans les termes employés, voulant terminer sa mission sans causer de graves controverses ou provoquer la colère d’Israël et des États-Unis.

(Par ailleurs, l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Danny Danon, n’avait pas fini de fulminer contre le chef de l’ONU pour avoir qualifié dans son discours les colonies juives israéliennes « d’illégales ». D’autres commentateurs israéliens se sont enragés contre lui, le traitant de « menteur ». Il est étrange que le fait même de rappeler des faits anciens et irréfutables soulève toujours la colère d’Israël.)

Collaboration…

Encore une fois, le choix des mots n’est pas la question. Un document de WikiLeaks publié en août 2014, en est un excellent exemple.

Selon le document publié par WikiLeaks, Ban a collaboré secrètement avec les États-Unis pour saper un rapport rédigé par la commission d’enquête des Nations Unies sur le bombardement israélien des écoles de l’ONU à Gaza pendant la guerre de décembre 2008 et janvier 2009.

« Collaborer » est est un terme plutôt faible, car Susan Rice – alors conseiller à la sécurité nationale auprès de la Maison Blanche – avait fait appel à lui à plusieurs reprises pour enterrer le rapport, ne pas le porter au Conseil pour examen, et si possible effacer les fortes recommandations pour des enquêtes « plus poussées » et « impartiales » dans le bombardement des installations de l’ONU.

Lorsque Ban a expliqué à Rice qu’il était contraint par le fait que la commission d’enquête est un organisme indépendant, elle lui a dit de fournir une lettre d’accompagnement qui désavoue pratiquement les recommandations comme ayant « dépassé la portée des termes de référence [de la mission], et qu’aucune autre action n’était nécessaire. »

Ban Ki-moon va-t-il nous manquer ?

Lorsque le chef de l’ONU sera parti, il laissera sans doute un vide – mais certainement pas aux Palestiniens de Gaza ou aux réfugiés en Syrie, ou aux victimes de la guerre en Afghanistan. Il manquera probablement à Susan Rice, dont le travail a été rendu si facile puisque tout ce qu’elle avait à faire était de charger le chef de la plus grande organisation internationale sur terre de faire exactement ce qu’elle souhaitait.

Dans sa dernière visite en Palestine en juin dernier, Ban Ki-Moon a déclaré aux Gazaouis désemparés que « les Nations Unies seront toujours avec vous. »

Aux dizaines de milliers qui se tiennent encore devant les décombres de leurs propres maisons, sans liberté de partir ou de les reconstruire, sa déclaration est aussi vide de signification que l’est son bilan à la tête de l’ONU.

A1 * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

29 septembre 2016 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah