CPI : l’Autorité de Ramallah a trouvé son alter-ego « attentiste »

Photo : Miki Kratsman ActiveStills
Les manifestants évacuent Saba Abu Ubeid, décédé plus tard, après qu'il ait été mortellement blessé par balle par un sniper israélien lors d'une manifestation - contre l'occupation et en solidarité avec des prisonniers palestiniens en grève de la faim - dans le village de Nabi Saleh, en Cisjordanie, le 12 mai 2018 - Photo : Miki Kratsman ActiveStills
Ramona Wadi Au cours d’une énième réunion habituelle, cette fois la 17ième session de l’Assemblée des États parties de la Cour Pénale Internationale, le Ministre des affaires étrangères de l’Autorité Palestinienne, Riad Al-Maliki, s’est plaint que la CPI faisait traîner l’ouverture d’une instruction sur Israël pour crimes de guerre.

M. Al-Maliki aurait exprimé sa « déception » lors de sa rencontre avec la procureure générale Fatou Bensouda. « Tout retard pris dans l’ouverture de l’instruction retarde le moment où justice sera rendue, accorde à la puissance occupante l’impunité et lui donne plus de temps pour commettre ses crimes quotidiens », a-t-il souligné.

M. Al-Maliki n’est pas un novice lorsqu’il s’agit d’invoquer les dommages causés par de tels retards. En effet, l’AP est coupable de la même chose, et pas seulement en ce qui concerne la CPI. Il a utilisé des manœuvres dilatoires sur toutes les grandes questions relatives aux droits des Palestiniens, ouvrant la voie pour l’adoption par d’autres institutions de son approche. L’adhésion à la CPI a été brandie comme une « menace » à maintes reprises par le Président de l’AP Mahmoud Abbas. Au moment où l’Autorité a effectivement donné suite à la rhétorique de son dirigeant, Israël avait cependant commis encore plus de violations des droits de l’homme à l’encontre des Palestiniens.

Sur les conseils de pays comme la France, qui jouent un double jeu dans le « processus de paix », ou d’organisations comme le Quartet pour le Moyen-Orient, l’AP a mis en œuvre différentes formes de temporisation. Plus récemment, elle a également accordé aux États-Unis le bénéfice du doute sur l’ évasif « accord du siècle » de l’administration Trump, ce qui a conduit les États-Unis à déclarer leur acceptation de Jérusalem comme capitale d’Israël, d’autres pays à s’engager à déplacer leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem (comme l’ont fait les États-Unis), à la suspension de l’aide financière de l’UNRWA l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) et à la fermeture du bureau de l’OLP à Washington.

La réponse de l’Autorité palestinienne à tous ces revirements a été d’appeler à la protestation sur la question de Jérusalem et de mendier le soutien individuel de certains pays. Le seul grand geste de l’Autorité, considérant que la Ville Sainte faisait l’objet de nombreux débats dans le monde entier, a été d’appeler à une conférence internationale sur Jérusalem, invitant ainsi à une nouvelle ingérence extérieure dans une question palestinienne, ce qui n’est guère une idée nouvelle.

Ce qui est manifeste dans la stratégie de l’Autorité palestinienne, une fois de plus, c’est l’élimination du peuple palestinien du processus politique lorsque ces retards, occultés par Riad Al-Maliki, jouent un rôle important dans la violation continue et systématique des droits des Palestiniens par Israël, soutenu par ses complices internationaux.

La CPI va sans aucun doute faire traîner les choses et à chaque remarque diplomatique facile à anticiper, l’Autorité palestinienne continuera à exposer ses actions futiles, telles que vouloir à tout prix implorer la communauté internationale de s’en tenir au programme établi. Il y a des cris sur le terrain en Palestine de la part de familles qui continuent à vivre leur histoire lacérée, mais l’AP, comme d’autres acteurs politiques, se concentre sur un semblant de Palestine, en se limitant à faire des rapports et à demander à l’extérieur du respect, sans rien qui ressemble à l’exigence de droits légitimes.

Les institutions resteront d’abord et avant tout loyales à la bureaucratie. L’AP le comprend parfaitement. La référence permanente de M. Al-Maliki aux retards, ainsi que la stratégie de l’Autorité palestinienne elle-même consistant à différer tout et n’importe quoi jusqu’à la détérioration complète de toute possibilité d’affirmation politique, sont la preuve que les Palestiniens sont dépouillés de leur humanité dans ces débacles qui se font passer pour la protection des droits humains.

L’AP a trouvé en la CPI son homologue « attentiste ».

Ramona Wadi* Ramona Wadi est rédactrice au Middle East Monitor où cet article a été publié en premier. Elle contribue régulièrement au PalestineChronicle.com.




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10 décembre 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

1 Commentaire

  1. Quel Honte ! Pendant ce temps là, ls troupes de l’AP réprime les manifestants à Hébron, laisse l’armée Israélienne perquisitionner un de ses ministère, un média Palestinien.

    L’AP ressemble de plus en plus à l’État Français pendant la seconde guerre mondiale (1940-1944).

    L’AP doit être renversée, et après le peuple Palestinien pourra tourner ses armes et manifester contre l’apartheid d’Israël !

    Solidarité entre les peuples, Police partout justice nulle part !

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