Annexion et l’illusion des deux États : les Palestiniens jetés aux oubliettes

Photo : MEE/Mohammad Asad
Grande Marche du retour - Gaza - Photo : MEE/Mohammad Asad
Ramona WadiS’il est réélu, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis d’annexer certaines parties de la Cisjordanie occupée.

Et la communauté internationale de s’empresser de publier des déclarations indiquant qu’une telle mesure n’aurait aucun effet juridique. Pour Israël, bien sûr, de tels avertissements ne sont pas déroutants. Les avertissements selon lesquels l’annexion « compromet la viabilité de la solution à deux États et les perspectives d’une paix durable » ne le sont pas davantage, car l’UE a comme il se doit repris ces avertissements sans même une mise en garde sur la nécessité de rendre des comptes.

Entre-temps, lors d’une réunion à Ramallah avec le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré qu’il mettrait fin à tous les accords avec Israël si Netanyahu allait jusqu’au de son projet d’annexion. Il va sans dire qu’Abbas a salué l’UE d’avoir averti qu’une telle mesure « détruirait les fondements du processus politique ».

Israël, bien sûr, n’a que faire de ces avertissements. Loin de se préoccuper des Palestiniens, la communauté internationale, se soucie uniquement de comment sauver ce qui reste de sa diplomatie et de son influence dans le processus de colonisation de la Palestine, tout en maintenant un prétendu soutien aux Palestiniens et l’illusion de la construction d’un État. Ce n’est un secret pour personne que l’Autorité palestinienne apporte une contribution inébranlable à cette dernière – après tout maintenir l’illusion d’un État préserve son existence précaire.

Mais il ne faudrait pas que l’annexion et l’expansion d’Israël soient éclipsées par la diplomatie internationale ou les déclarations maladroites d’Abbas. Pas plus que l’annonce de Netanyahu ne devrait être circonscrite à la campagne électorale. Du fait de son agressivité, le président américain Donald Trump a mis à nu l’hypocrisie de la communauté internationale, ainsi que celle des États-Unis.

En l’absence d’un consensus sur la manière d’empêcher Israël de violer le droit international, Netanyahu saisit les occasions de coloniser d’autres territoires palestiniens. Comme on pouvait s’y attendre, la communauté internationale se préoccupe davantage de signaler la transgression des paramètres du droit international plutôt que de protéger les droits politiques du peuple palestinien.

Netanyahu a annoncé la légalisation d’un avant-poste de colonisation dans la vallée du Jourdain, déclarant que c’était « un pas vers la mise en pratique de la souveraineté ».

Comment la communauté internationale pense-t-elle pouvoir maintenir la pertinence du droit international et de ses propres institutions, alors qu’elle persiste à maintenir le décalage entre la rhétorique des droits de l’homme et une application concrète de la législation ?

Si le droit international reste soumis à considération, la communauté internationale permet à Israël d’expérimenter sa propre interprétation, tout en attendant du peuple palestinien qu’il adhère à une interprétation du droit international qui réprimande Israël sans offrir de protection aux colonisés.

La clémence internationale à l’égard d’Israël est un atout que Netanyahu reconnaît- la décision d’annexer certaines parties de la Cisjordanie occupée a été décrite comme un « processus progressif« .

Réciproquement, l’AP a accepté un processus progressif qui a dépossédé les Palestiniens. Alors que Netanyahu violait le droit international pour coloniser la Palestine avec une impunité croissante, l’AP tardait à réagir aux violations, affaiblissant ainsi même sa propre position au sein de la communauté internationale et, pire encore, asphyxiant les options palestiniennes pour une résistance légitime.

Pour Abbas, l’illusion des deux États a la priorité sur la vie et la terre des Palestiniens. Ce n’est pas le premier vol de terres commis par Israël ; les Palestiniens sont devenus synonymes de déplacement forcé et de statut de réfugié imposé. Par souci de ses obligations, la communauté internationale s’est acquittée de son devoir de pure forme. Quand à Abbas et l’AP, l’annonce d’annexion de Netanyahu leur a offert un autre petit coup de publicité en prétendant défendre le droit des Palestiniens à la libération.

Hors de cette cruelle mascarade, y a-t-il une marionnette politique qui se souvienne des Palestiniens ?

Ramona Wadi* Ramona Wadi est rédactrice au Middle East Monitor où cet article a été publié en premier. Elle contribue régulièrement au PalestineChronicle.com.


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12 septembre 201 – Middle East Monitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB