Al-Aqsa : Israël multiplie les provocations pour déclencher un conflit religieux

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La mosquée du Dôme du Rocher - Site d'al-Ahram al-Sharif - Photo : MaanImages
Ahmad Melhem RAMALLAH, Cisjordanie – Lors d’une réunion à huit clos le 14 septembre, les autorités religieuses de Jérusalem, composées de quatre institutions islamiques, ont prévenu que des mesures seraient prises pour protester contre Israël, au cas où ce dernier ne revenait pas sur sa décision de fermer le bâtiment Bab al-Rahma qui se trouve à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa et de faire comparaître l’Islamic Religious Endowments (Fondation islamique des dotations) devant la Cour de justice israélienne, considérant qu’il s’agit d’une organisation terroriste.

Ekrima Sabri, le chef du Conseil suprême islamique à Jérusalem, a déclaré à Al-Monitor: « Israël prend délibérément des mesures de rétorsion contre les résidents de Jérusalem et l’Islamic Religious Endowments. La décision de la Cour de justice israélienne porte atteinte aux pouvoirs de l’Islamic Religious Endowment étant donné qu’elle n’est pas habilité à émettre une quelconque décision ayant trait à Al-Aqsa « .

Quant à l’éventualité de mobiliser les fidèles et les résidents de Jérusalem aux entrées d’Al-Aqsa, Ekrima Sabri a déclaré: « Tout est possible. Les autorités religieuses ont décidé le 14 septembre que des mesures seraient prises pour protester contre une telle décision, au cas où les autorités d’occupation ne reviennent pas sur leur décision. Toutefois, ces mesures seront décidées au moment opportun. Il y existe un consensus sur la nécessité que le bâtiment de Bab al-Rahma soit ouvert et que des prières s’y tiennent, car il est partie intégrante de la mosquée Al-Aqsa « .

Sur recommandation de la police israélienne de fermer définitivement le bâtiment, le tribunal d’instance israélien de Jérusalem a renouvelé le 30 août la décision de fermer jusqu’à nouvel ordre le bâtiment Bab al-Rahma à l’intérieur de la mosquée d’Al-Aqsa, qui comprend plusieurs bureaux et qui fut initialement fermé en 2003.

Le tribunal a également ordonné que l’Islamic Religious Endowments (Waqf) à Jérusalem, chargé de la gestion de la mosquée Al-Aqsa et affilié au ministère jordanien d’Awqaf, des affaires islamiques et des lieux saints, comparaisse en justice, considérant que c’est une organisation terroriste.

Le bâtiment de Bab al-Rahma remonte à la période omeyyade. C’est un complexe qui comprend plusieurs installations et bureaux, y compris les bureaux du défunt Comité du patrimoine islamique qui a fonctionné de 1992 à 2003, date à laquelle il fut dissous et le bâtiment fermé par Israël.

Israël semble vouloir se venger de l’Islamic Religious Endowments, qui a joué un rôle important dans la mobilisation du Mourabitoun devant la porte d’Al-Aqsa pendant la crise du 14 au 27 juillet. Finalement, Israël a cédé aux revendications des Palestiniens et a enlevé les portiques électroniques et les caméras de surveillance.

« La décision d’Israël de fermer le bâtiment Bab al-Rahma et de faire comparaitre l’Islamic Religious Endowments en justice empiète sur les lois et décisions internationales, et contrevient à l’accord de paix avec la Jordanie. Cette décision vise à trainer l’ Islamic Religious Endowments devant un tribunal israélien, étant donné que cette institution reconnait les tribunaux israéliens comme légitimes, pour donner l’impression qu’Israël exerce la souveraineté sur Al-Aqsa, « a déclaré à Al-Monitor le Cheikh Omar al-Keswani, directeur d’Al-Aqsa.

Les lieux saints à Jérusalem sont sous la tutelle officielle de la Jordanie depuis que les responsables palestiniens et arabes ont juré allégeance à Hussein ibn Ali al-Hashimi en 1924. La tutelle de la Jordanie a perduré au fil du temps et a été renouvelée lorsque le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie Abdullah II ont signé un accord le 31 mars 2013, réaffirmant la tutelle de la Jordanie sur les lieux saints à Jérusalem.

Il est probable que la décision israélienne détériore davantage les relations déjà tendues entre la Jordanie et Israël, en raison des mesures prises par Israël lors de la crise d’Al-Aqsa et de l’assassinat de deux citoyens jordaniens par un agent de la sécurité à l’ambassade d’Israël à Amman.

Dans un communiqué de presse du 12 septembre, le gouvernement jordanien a condamné la décision israélienne de fermer le bâtiment Bab al-Rahma.

Mohammad al-Momani, ministre d’État pour les médias et porte-parole du gouvernement jordanien, a déclaré à Al-Monitor: « Le pouvoir judiciaire israélien n’a pas compétence juridictionnelle sur les lieux saints de Jérusalem-Est, car la zone se trouve en territoire occupé soumis aux dispositions du droit international et du droit international humanitaire. Décider de faire comparaître l’Islamic Religious Endowments devant un tribunal en s’appuyant sur la loi antiterrorisme est une démarche très dangereuse qui ne présage rien de bon et qui aura des conséquences désastreuses ».

Keswani a déclaré: « La décision d’Israël est la manifestation d’une vengeance, car il n’a pas réussi à installer des portiques électroniques à l’entrée d’Al-Aqsa. l’Islamic Religious Endowments tient le ministère jordanien des affaires étrangères et le ministère d’Awqaf, des affaires islamiques et lieux saints informés sur la situation, afin de pouvoir impulser des efforts politiques et diplomatiques pour empêcher la mainmise sur Al-Aqsa et la souveraineté israélienne sur la mosquée ».

La poursuite en justice de l’ l’Islamic Religious Endowments constituera un défi pour les quatre autorités religieuses de Jérusalem: le Conseil islamique suprême, Dar al-Ifta, l’Islamic Religious Endowments, responsable de la gestion d’Al-Aqsa, et le Conseil des dotations et affaires islamiques. Ces organes doivent agir comme ils l’ont déjà fait lorsqu’ils ont mobilisé le Mourabitoun devant les entrées d’Al-Aqsa en juillet.

Suite à la décision israélienne, les autorités religieuses ont multiplié les réunions et ont publié une déclaration le 7 septembre réitérant leur opposition à la comparution de l’Islamic Religious Endowments devant un tribunal. En outre, ils ont demandé aux autorités israéliennes de se conformer au statu quo en vigueur depuis 1967. Selon Sabri, une autre réunion de ces autorités s’est tenue le 14 septembre à Jérusalem.

Le risque est plus grand de voir une escalade des tensions sur le terrain à Jérusalem si les fondations religieuses ou les autorités religieuses les suscitent. Il pourrait y avoir des affrontements entre les résidents de Jérusalem et les forces israéliennes ou la mobilisation des fidèles et des manifestants aux entrées d’Al-Aqsa.

Il se peut que la décision israélienne ouvre la voie à des poursuites judiciaires contre les autres conseils islamiques à Jérusalem. Sabri a ajouté: « Tout est possible, parce que l’occupant prend des décisions de représailles et veut prouver que c’est lui qui exerce la souveraineté sur Al-Aqsa ».

Au regard de la décision israélienne, l’Autorité palestinienne ne semble pas adopter une position allant au delà de la simple condamnation de cette décision ou les appels lancés aux institutions internationales à faire pression sur Israël pour qu’il revienne sur sa décision. Sans oublier les positions coordonnées avec la Jordanie, gardien d’Al-Aqsa, adoptées par le comité conjoint de crise qui a été formé en marge de la réunion du 7 août entre Abbas et Abdullah à Ramallah.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères a dit dans une déclaration du 10 septembre: « La décision de la police israélienne aura des répercussions calamiteuses sur le conflit, nécessitant que l’Organisation de la Coopération islamique exige promptement et vigoureusement que les Etats membres s’engagent à élaborer un plan d’action reposant sur la rupture des liens avec Israël ».

Adnan al-Husayni, le gouverneur de Jérusalem, a déclaré à Al-Monitor: « Israël maintient son emprise sur la mosquée d’Al-Aqsa, sans prêter attention à la position arabe, islamique et internationale. Pourtant, il faut qu’il sache que ses tentatives actuelles d’imposer sa souveraineté sur Al-Aqsa entraîneront un conflit religieux majeur, ce qui est extrêmement dangereux ».

Au vu de la décision israélienne de fermer le bâtiment de Bab al-Rahma et de faire comparaitre la Fondation religieuse islamique devant un tribunal, la situation est plus susceptible de s’aggraver et d’exploser à Jérusalem, d’autant plus que l’histoire de la ville souligne les nombreux soulèvements et affrontements survenus à chaque fois qu’Israël essaie d’exercer son contrôle sur Al-Aqsa ou de violer sa souveraineté.

* Ahmad Melhem est un journaliste et photographe palestinien de Al-Watan News basé à Ramallah. Il écrit pour un certain nombre de publications arabes.

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22 septembre 2017 – al-monitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB